Interview with Thierry Moreau-Defarges, President of Cyclamed" class="titre2">
Interview with Thierry Moreau-Defarges, President of Cyclamed" class="image" alt=""Cyclamed is one of the most efficient eco-organism"
Interview with Thierry Moreau-Defarges, President of Cyclamed" class="image">
"Cyclamed is one of the most efficient eco-organism"
Interview with Thierry Moreau-Defarges, President of Cyclamed - The 3/6/2013
Nextep : Quelle est la
tendance actuelle en matière de collecte de médicaments usagés ? Et quels
sont les objectifs de Cyclamed ?
Thierry Moreau-Defarges : Nous
avons constaté un léger recul sur 2012 avec -1% par rapport à l’année
précédente. Mais ceci s’explique par plusieurs facteurs. En premier lieu, la
crise a eu des répercussions sur le marché et les comportements : il y a
eu une baisse significative des volumes de ventes de médicaments et les
Français ont également tendance à conserver leurs médicaments plus longtemps. Et
puis, la croissance ayant été très forte en 2011, probablement sous l’impulsion
des crises qui ont touché les produits de santé en 2010 et 2011 et qui ont donc
engendré de la méfiance envers le médicament, on peut considérer qu’il s’agit
encore d’un bon résultat pour Cyclamed. C’est d’ailleurs ce que l’on nous dit
du côté du Ministère de l’Ecologie. Il faut souligner qu’avec un taux de
récupération autour de 62%, nous faisons partie des éco-organismes les plus
performants.
En termes d’objectifs, notre
cahier des charges vise une progression de 2% par an. Mais, en outre les
facteurs précédemment mentionnés qui peuvent survenir, nous savons qu’il existe
un seuil qui sera difficile à dépasser. Nous pouvons en effet compter que jusqu’à
70% des Français rapportent régulièrement leurs médicaments usagés. Sur les 30%
restants, il faudrait investir des sommes très importantes pour un gain qui
risquerait de surcroît de s’avérer marginal et nous devons gérer avec la plus
grande attention notre association.
Nextep : Est-ce que l’on peut voir à travers
l’action de Cyclamed s’il existe beaucoup de gâchis et sur quels types de
produits ?
Thierry Moreau-Defarges : Tous
les ans, Cyclamed récupère environ 14 000 tonnes sur 175 000 vendues.
Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il y a 8% de médicaments
systématiquement gâchés car il peut rester plus ou moins de produits dans ce
qui est rapporté, le poids des emballages peut varier de façon importante
(sirops par exemple), etc. Il est donc impossible de tirer des conclusions en
matière de consommation et de bon usage à partir des chiffres globaux de
la collecte.
Par ailleurs, cela n’entre
pas dans notre mission d’étudier ce type de sujet. Et, même si cela nous était
demandé, nous n’aurions tout simplement pas les moyens de le faire. Cyclamed
remplit aujourd’hui sa mission avec un budget et une équipe tout à fait modestes
(6 millions d’euros dont les deux tiers rien que pour le transport et les
cartons). Ainsi, nous ne pourrions pas contrôler chaque carton récupéré chez
les officinaux pour faire un état des lieux et une analyse de l’ensemble des
produits collectés.
Nextep : Quelles sont les relations de Cyclamed
avec les pouvoirs publics ?
Nous sommes principalement en
lien avec le Ministère des Affaires sociales et de la Santé ainsi qu’avec le
Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. Et, comme je
le disais, Cyclamed bénéficie d’une très bonne image auprès d’eux. Nous avons
également initié des actions auprès des ARS pour des campagnes locales, même si
cela n’apparaît pas être dans leurs priorités actuelles.
Nextep : Quel est le rôle accordé
aux différents acteurs de la chaîne (officinaux, industriels,
patients…) et y a-t-il des actions spécifiques pour les impliquer ?
Thierry Moreau-Defarges : Nous avons engagé de nombreuses actions vis-à-vis
des professionnels de santé (Ordres, syndicats, presse spécialisée…), qui
assurent un relais important auprès des consommateurs. Pour l’approche directe
de ces derniers, nous avons lancé récemment une nouvelle campagne télévisée. Et
une réflexion est ouverte sur le recours aux nouveaux médias, notamment
Internet. Un travail particulier a également été réalisé auprès des officinaux afin
de les re-sensibiliser à l’importance de la collecte et de les rendre davantage
pro-actifs.
Il est par ailleurs important
de souligner que, si Cyclamed est financé par l’industrie (chacun des
laboratoires cotisant selon ses volumes de ventes), l’organisme bénéficie d’une
autonomie totale, qui a d’ailleurs été voulue et appuyée par le LEEM. Au niveau
individuel, certains laboratoires ont pu intégrer la question de la collecte
dans le cadre de la RSE et/ou du développement durable ; mais il y aurait
encore beaucoup à faire dans ces domaines. Cela peut pourtant s’avérer très
intéressant en termes d’implication sociétale et d’image.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Pharmacien
et diplômé de l’IEP de Paris, Thierry Moreau-Defarges a notamment été Pharmacien
Responsable et Vice-Président Affaires Pharmaceutiques & Economiques chez
Janssen-Cilag ainsi que membre du Bureau du LEEM Recherche, Administrateur du
GERS et de Tulipe avant de prendre la Présidence de Cyclamed en 2008.
Interview with Acting General Secretary for Professional, Scientific and External Affairs at International Pharmaceutical Federation (FIP)" class="titre2">
Interview with Acting General Secretary for Professional, Scientific and External Affairs at International Pharmaceutical Federation (FIP)" class="image" alt=""Drug stakes are now involving the whole provider supply chain"
Interview with Acting General Secretary for Professional, Scientific and External Affairs at International Pharmaceutical Federation (FIP)" class="image">
"Drug stakes are now involving the whole provider supply chain"
Interview with Acting General Secretary for Professional, Scientific and External Affairs at International Pharmaceutical Federation (FIP) - The 3/5/2013
Nextep : Assiste-t-on actuellement
à une mondialisation des enjeux autour du médicament ?
Luc Besançon : On
constate de plus en plus une composante internationale dans les enjeux qui
portent sur les médicaments. Jusque-là essentiellement cantonnés à la recherche
et au développement, on constate que ces enjeux touchent désormais la chaine
d'approvisionnement dans son sens le plus large, y compris sur la disponibilité
des médicaments.
Par ailleurs, les politiques
pharmaceutiques vont de plus en plus être influencées à la fois par des
recommandations d’organisations internationales (UE, OMS...) mais aussi par les
échanges d'expériences et de solutions entre gouvernements.
Mais, déjà aujourd’hui, on
peut voir des problématiques importantes liées à la mondialisation : qualité
des médicaments et contrefaçon, couverture sanitaire universelle (OMS),
pénuries de médicaments, manque de personnels de santé, place des nouvelles
technologies (vente en ligne par exemple)...
Cette mondialisation pousse d’ailleurs
les secteurs de la distribution et de la dispensation à se consolider ;
comme on peut le voir à travers le récent exemple de la fusion entre Alliance
Boots et Walgreens qui conduit à l’apparition d’un géant de la répartition et
des chaines de pharmacie au niveau mondial.
Nextep : Dans ce contexte,
quelle est la place et quels sont les nouveaux défis pour les pharmaciens ?
Indéniablement, le
pharmacien est amené à développer :
·
un rôle accru en tant que porte d'entrée dans le système
de santé, notamment à travers le conseil officinal et l’orientation des
patients
·
une collaboration interprofessionnelle (avec les médecins
notamment)
·
de nouveaux services pour assurer un usage
responsable des médicaments ; ce qui doit, entre autres, conduire à une
plus grande attention s’agissant de l’observance des patients et la mise en
place d’un véritable suivi des résultats atteints par le traitement médicamenteux.
Pour faciliter et aider à l’essor de ces nouveaux rôles, la formation devra être
ajustée voire reformée. Mais il paraît également indispensable d’envisager des
mécanismes d'incitations (notamment par la rémunération) pour soutenir ces
services additionnels.
Nextep : Quel est le rôle
de la (Fédération Internationale Pharmaceutique) FIP par rapport à ces
tendances ?
Le rôle majeur de la
FIP est avant tout, et comme son nom l’inidique, fédérateur. Nous regroupons
127 associations et représentons 3 millions de pharmaciens et scientifiques
pharmaceutiques à travers le monde. Dans ce cadre, la FIP participe à
l’établissement de normes mondiales grâce à des guidelines professionnelles et
scientifiques, des prises de position politiques ainsi qu’à travers sa
collaboration avec d'autres organisations internationales, notamment l'OMS.
La FIP travaille ainsi
à faire avancer de nombreuses problématiques, telles que la lutte contre la
contrefaçon, la réduction des inégalités d’accès aux soins, etc. De manière
générale elle œuvre, au niveau mondial, pour la construction des bonnes
pratiques liées au métier de pharmacien (dans ses différentes formes) et le bon
usage du médicament.
Ainsi, nous sommes là
pour rappeler que les pharmaciens et les scientifiques du médicament assument
leurs obligations et leurs responsabilités, que ce soit dans leur métier de
tous les jours mais aussi dans l’amélioration de la santé mondiale.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Luc Besançon est
Docteur en Pharmacie et titulaire d’un master en Relations Publiques et
Europénnes de la Sorbonne.
Il a assuré l'enseignement de la Chimie et de la Physique au Cours
Galien puis a notamment été Responsable des affaires pharmaceutiques et
internationales de l’Ordre des
Pharmaciens de 2004 à 2008.
Il rejoint la Fédération Internationale Pharmaceutique
en 2008 où il a notamment été conseiller du Président avant d’être nommé
Secrétaire général exécutif aux affaires professionnelles, scientifiques et
extérieures en 2012.
« China has realized the necessity to be involved in rare diseases and orphan drugs »
Interview with Ping Guo, Ph.D., Vice President of Beijing YuanTang Institute of Gene Science, Ministry of Health in China - The 4/4/2013
Nextep: What
commitment is the Chinese government making to provide orphan drugs to treat
critical illnesses?
Ping
Guo: China has realized
the necessity to be involved in rare diseases and orphan drugs. There are 4
main streams that can be underlined in that context:
1. National
Foundation (Reimbursement), Health Insurance, Third Party Insurance;
2. Identify
urgent, short supplied orphan drugs as priority in the approval process,
encourage local research and development of generic drugs or biosimilars which
targets major rare diseases;
3. Encourage
rare disease research, especially fund academia and industry alliances;
4. Establish
a national-aided rare disease organization, launch a patient registry, and
provide patients easier access to orphan drugs.
Nextep: What
can be the role of drug companies in helping support the Chinese government‘s
initiatives?
It
is important to emphasize what has been doing over the last 10 years in China. Companies
have provided important treatments in China via proper channels. I believe this
approach is well appreciated by patients and healthcare providers in China. Our
government is fond of this kind of approach.
With
regard to government initiatives, I am afraid there are not enough in China as
there are in the United States or the European Union. However, it does not
imply China will not have similar or slightly different initiatives as long as
it is acceptable to its healthcare budget.
There
are a few ways where the pharmaceutical industry can help:
1.
Though launched this year China’s National Patient registry may still need
financial support from the industry. It will help identify the incidence and
prevalence of the disease burden distribution;
2.
Diagnostics, next generation sequencing and pharmacogenetic testing for
predictive adverse reactions;
3.
Disease awareness, so that patients agree to participate in disease screening
processes;
4.
Further professional education – to educate and support healthcare professional
in rare diseases identification and its related available treatment, in
addition to psychological support and nutritional care. A Sino-American
symposium on rare diseases and orphan drugs will be held throughout this year.
This is to promote research, and discuss ethics, policies and actions in rare
diseases.
5.
Risk and benefit for distributing healthcare budget toward rare disease
treatment.
Nextep: What
are some good first steps for companies who seek to partner with the Chinese
government to bring orphan drugs to market?
I
think this is a very delicate question, usually most of the government
employees will tell you, “just follow the book”; I will ignore the cliché, and
get to the point.
Help
them understand the significance of your products, grapple with a long-standing
relationship and perspective, and to work on overcoming the cultural boundaries
by putting themselves in our shoes; then things will be clearer.
Ping Guo, Ph.D., is the current Vice President
of Beijing YuanTang Institute of Gene Science, Ministry of Health in China. He
is responsible for several international collaborations such as Human Variome
Project (HVP), Orphanet, System Biology global consortium etc.
Previously as a Ph.D. candidate, he had
experience working with industrial colleagues on the research of novel CNS
drugs. When he first got back to mainland, Dr. Guo became a clinical research
physician and adviser in stem cell therapy areas, specifically targeting ALS,
autism, Parkinson's disease, type II diabetes and so on.
He personally assisted the first national
genomic database of type II diabetes in southern Han groups with several
academic collaborators, for that achievement Chinese Health Industrial Alliance
embraced him to be a Professional on their genetic and genomic committee board.
He is now an advisor and volunteer of China TSC Together. He helped his
colleagues from both ministry of health and ministry of civil affairs to
establish a national organization of rare disease sponsored by the Chinese
government, also a domestic patient advocacy program for all patient groups.
His Team recently initiated the first nationwide patient registration system.
« We have to mobilize all ressources et energies to benefit from the France's opportunities »
Interview with Hervé Gisserot, Chairman of Leem (The French Drug Companies Association) - The 4/3/2013
Nextep : Dans un contexte toujours tendu sur le plan
médiatique, comment les entreprises du médicament se préparent-elles à la mise
en œuvre du « Sunshine Act » à la française ?
Hervé Gisserot : Je
voudrais rappeler, comme le LEEM l’a toujours dit, que les industriels
souscrivent entièrement au besoin de transparence. Cela dit, notre secteur ne
peut être au rendez-vous de l’innovation sans être connecté à son
environnement, notamment scientifique. Dès lors, il ne doit pas y avoir la
moindre confusion entre le lien d’intérêt (nécessaire à tous) et le conflit
d’intérêt qui doit être le souci de chacun. Notre compréhension de la Loi
Bertrand est justement que les liens puissent exister sans pour autant être
condamnés. Nous voulons être extrêmement pédagogiques sur ce point.
Les entreprises du médicament se sont mises en mouvement
très tôt, dès juillet 2012. Nous n’avons pas attendu et, voyant que le décret
de mise en application tardait, nous avons cherché à accompagner nos adhérents
pour qu’ils puissent se préparer aux futures déclarations.
Nous souhaitons par contre que le décret reflète un juste
équilibre entre la transparence visée et la lourdeur administrative qui
pourrait peser sur nos entreprises. Car le vrai enjeu est d'aider le citoyen à comprendre la nature des relations qui
nous lient au monde extérieur tout en gardant à l'esprit que trop d’information
tue l’information. Il faut donc se concentrer avant tout sur une information
utile et de qualité.
Nextep : Quelles sont vos positions par rapport au
développement prévu pour la médico-économie ? Quels sont les principaux
risques identifiés ?
Hervé Gisserot : Nous
sommes davantage dans une logique de construction que de contestation. Nous
considérons que la médico-économie a sa place dans la logique d’aujourd’hui. Ce
qui est beaucoup plus important est de savoir quelle doit être précisément
cette place. Nous estimons qu’elle devrait être limitée en primo-inscription
car difficile à réaliser à ce stade et finalement très théorique. Le tout
médico-économique a d’ailleurs montré ses limites dans d’autres pays comme le
Royaume-Uni, créant notamment un retard considérable dans l’accès des patients
aux innovations en oncologie. Par ailleurs, il faudra veiller à ce que le temps
d’évaluation ne soit pas rallongé, car ce serait au détriment d’un accès rapide
et raisonnable aux nouveaux traitements pour les patients.
A l’inverse, nous pensons que la médico-économie a toute sa
place dans l’évaluation du médicament en vie réelle, afin de s’assurer que le
médicament (qui représente une dépense) soit bien considéré comme un
investissement et pas seulement un coût. Dans un monde à ressources
contraintes, il apparaît ainsi utile d’associer, à l’évaluation scientifique, une
évaluation médico-économique.
Par contre, il faudra s’assurer que les études demandées en
complément de ce qui peut déjà exister soient réalisables, coordonnées (pas une
multitude de demandes émanant de différentes agences) et que l’investissement
ainsi sollicité soit supportable pour les entreprises et utile en termes de
résultat pour l’aide à la décision. A ce titre, nous en appelons à une
concertation poussée - afin de partager notre vision et notre expertise - car
ce sont des enjeux extrêmement importants.
Dans ce contexte, il faut souligner que le débat en cours
sur l’ouverture de l’accès aux bases de données publiques est important car ce
serait un très bon moyen d’accompagner le médicament en vie réelle et de
s’assurer que nous avons les bonnes données à disposition afin que les
décisions nécessaire puissent être prises rapidement dans l’intérêt du patient.
Nextep : Quelles sont les priorités que le LEEM
voudrait voir aborder en matière d’attractivité, notamment dans le cadre du
CSIS et du Comité stratégique de filière santé ?
Hervé Gisserot : Cela fait des années que l’on parle
d’attractivité. Il y a d’ailleurs eu des succès, comme le crédit-impôt
recherche. La priorité des priorités, qui est la mienne comme celle du secteur,
est que l’attractivité doit réconcilier les politiques publiques du court terme
par rapport aux politiques du moyen-long terme. La déconnexion entre les
politiques de régulation et d’attractivité commence à poser de vrais problèmes
à l'économie de nos entreprises et à l'attractivité de notre pays. Il faut donc
redonner de la cohérence. Il est plus que jamais important de retrouver la voie
du dialogue pour donner les impulsions requises alors que les entreprises
vivent dans une situation à court terme difficile, avec un marché en récession
pour la première fois de son histoire et une visibilité et une prédictibilité
de l’accès au marché qui se sont érodées. Nous ne pouvons pas continuer à vivre
des printemps enchanteurs (avec les CSIS et Comité de filière) auxquels succèderaient
des automnes meurtriers avec un PLFSS qui nous amènerait à une politique
contraire à la stratégie affichée d’attractivité.
Le Gouvernement a des
défis importants à relever; notre secteur en est conscient et prêt à
l’accompagner ; à condition de ne pas être la variable d’ajustement avec
près de 50% de contribution aux économies pour seulement 15% des dépenses de
santé. Il faut donc réconcilier CSIS, Comité stratégique de filière et PLFSS
car, sans cela, nous n’irons pas dans la bonne direction.
Il y a cependant des
signes encourageants. Nous pensons que le Comité stratégique de filière va
pouvoir nourrir le CSIS qui lui-même pourra enrichir les travaux du Comité.
C’est probablement ce qu’il manquait au CSIS pour avoir un impact dans la
durée. Et nous nous réjouissons d’ailleurs que Thierry Tuot ait été nommé pour
assurer la coordination de ces deux instances. Le rapport Gallois est
également intéressant avec une partie dédiée à la santé. Il y a également
les mesures annoncées par le Gouvernement, par exemple le Pacte national
de croissance ou encore la pérennisation du crédit-impôt recherche qui
s’inscrit dans le cadre d’une logique d’écosystème et non d'opposition
artificielle entre petites et moyennes entreprises.
Nous voulons, sur le
plan industriel, être un grand pays de la production génériques mais aussi
rattraper notre retard dans le domaine des biotechnologies. Nous voulons
également développer un vrai marché de l’automédication responsable ; ce
qui nous semble être une opportunité pour le patient mais aussi pour les
comptes de l’Assurance-maladie et pour notre secteur. Et bien sûr, il faut
aller vers une logique de filières car nous avons véritablement des domaines
d’excellence en France, notamment en cancérologie, maladies rares, vaccins…. Il
nous faut ainsi mobiliser toutes les ressources et les énergies pour exploiter
ces opportunités. Par ailleurs, il est important de soutenir la recherche
clinique dont la France est un grand pays. Et le meilleur moyen de le faire est
de continuer à simplifier les procédures administratives, notamment en termes
de temps nécessaire à la contractualisation avec les centres investigateurs.
Enfin, d’énormes progrès ont été faits ces dernières années sur les
partenariats public-privé à travers la création d’AVIESAN, ARIIS, les pôles de
compétitivité, IHU, investissements d’avenir…. La France a ainsi beaucoup
progressé mais les autres pays ont également avancé; il faut donc continuer à
investir, au sens à la fois humain et financier.
Enfin, il existe une
espèce de paradoxe en matière de politique fiscale pour l’industrie
pharmaceutique. Alors que la volonté est d'alléger la charge des entreprises
pour leur redonner de la compétitivité, nous continuons à voir les taxes
s’empiler et s'alourdir dans notre secteur. Nous avons 11 taxes et cela peut
conduire à des écarts de 7 à 60 points avec les autres pays européens en
matière de taux d’imposition. Il y a d’ailleurs un rapport sur le sujet qui dort
dans les tiroirs de Bercy, car confirmant visiblement nos dires, et que nous
souhaiterions voir ressorti pour le prochain CSIS, afin d’aller vers une
politique fiscale plus compétitive.
De nature optimiste,
j’ai la conviction qu’il y a une fenêtre d’opportunité dans les six prochains
mois qui nous permettrait d’aboutir à un contrat de mandature afin d’inscrire
notre secteur dans la logique stratégique des pouvoirs publics pour notre pays.
Si nous nous pensons légitimes pour participer aux discussions, il ne fait
aucun doute que c’est le Gouvernement qui prend les décisions. Mais nous
souhaitons vivement participer et nous inscrire ainsi dans une logique
gagnant-gagnant offrant au patient le meilleur accès au progrès. Car, au final,
la santé du patient est plus importante que celle de nos entreprises mais il ne
faut pas oublier que les deux sont étroitement liées.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
« Le modèle économique de la répartition s’est construit autour des missions de service public »
Entretien avec le Emmanuel Déchin, Secrétaire général de la Chambre Syndicale de la Répartition Pharmaceutique (CSRP) - The 4/2/2013
Nextep : Quelle est la situation aujourd’hui de
la répartition pharmaceutique et quelles en sont les raisons ?
Depuis 2002, nos
ressources n’ont cessé de diminuer. Nous avons perdu 20 % d’entre elles en 10
ans, dont 12% sur les 5 dernières années. A la fin 2012, nos ressources seront
inférieures à ce qu'elles étaient en 2002. Et je ne tiens pas compte de l’effet
de l’inflation sur la période. C’est une tendance extrêmement lourde. Nous
avons pu compenser cette diminution de ressources continue par des efforts de
productivité très importants et puis, et les grossistes répartiteurs en sont
conscients et le regrettent, par une révision des conditions commerciales.
Malheureusement, si on regarde les perspectives, on ne voit pas de facteurs qui
soient susceptibles d’inverser la tendance. Cela signifie qu’à l’horizon
2014-2015, le secteur dans son ensemble sera passé sous son seuil de
rentabilité. Sur son cœur de métier, à savoir la répartition des médicaments
remboursables dans le cadre des missions de service public, la profession sera
à très court terme, en pertes.
Plusieurs
facteurs sont à l’origine de cette situation :
- les mesures de
régulation directes que sont les baisses de marges que nous avons subies
régulièrement depuis 10 ans (il y en a eu en 2008 et en 2012) et les baisses de
prix. Au même titre que les pharmaciens et que les industriels, nous avons
également été touchés par les baisses de prix des médicaments.
- le niveau
particulièrement élevé des ventes directes. Nous sommes une industrie de flux,
c’est-à-dire qu’il nous faut un minimum de flux pour que l’activité soit
économiquement viable. Il est clair qu’aujourd’hui quand une boîte sur trois ne
passe plus par la répartition, c’est problématique !
- le
développement des génériques, que nous avons particulièrement ressenti cet été,
avec la mesure tiers-payant contre générique qui a très fortement impacté à la
hausse les ventes de génériques. Pour nous le générique, c’est la triple peine
: moins de chiffre d’affaires, moins de marge et moins de volume car 40% des
génériques passent en vente directe.
La baisse de
marge de 2012, c’est 85 millions d’€ de manque à gagner. Nous avions anticipé,
il y a un an 60 millions d’€, mais l’évolution du marché et l’explosion du
générique ont accentué la dégradation. En prenant des hypothèses tout à fait
réalistes je pense, qu’on devrait en perdre à nouveau 75 millions d’€ sur
2013-2014.
Nextep : Quelles sont les mesures que vous
appelez de vos vœux ?
A ce stade, nous
n’avons pas encore de proposition aboutie. Nous devons d’abord faire un travail
de pédagogie pour que les ministres comprennent et mesurent l’urgence de la
situation. Nous allons donc les rencontrer pour leur décrire en détails comment
on en est arrivé là et quelles conséquences pour notre activité. Nous avons
toutefois deux pistes de réflexion.
La première
concerne le générique : aujourd’hui de rémunération est identique, qu'il
s'agisse de princeps ou de génériques. Or, il faut bien comprendre qu'il s'agit
de deux marchés distincts. Nous n'avons aucun état d'âme à accompagner le
développement du générique mais nous ne pouvons pas accepter de distribuer
chaque boîte de générique à perte. Il faut donc qu’on réfléchisse à un système
de rémunération qui intègre une compensation du manque à gagner sur le
générique. C’est un premier point et c’est certainement le point le plus
urgent.
Le deuxième point
porte sur la mise en place d’un mécanisme de stabilisation de nos ressources.
Aujourd’hui, il faut bien que les pouvoirs publics comprennent qu’ils ont créé
le statut du grossiste répartiteur pour maîtriser le pilotage de la
distribution du médicament, pour garantir le bon approvisionnement des
officines et, in fine, l’accès des patients au traitement. Le modèle économique
de la répartition s’est construit autour de ces missions de service public. Par
conséquent, il faut que les deux soient en phase, il faut que le niveau de nos
ressources ne soit pas en décalage avec nos missions sinon le système devient
complètement incohérent et déséquilibré. Il faut donc rechercher des pistes du
côté de la stabilisation de nos ressources, il y a certainement des moyens à
explorer, nous allons y travailler au sein de la chambre et ensuite en discuter
avec les pouvoirs publics.
Nextep : Voyez-vous des possibilités d’action
conjointe avec les pharmaciens d’officine qui connaissent eux-aussi des
difficultés économiques ?
Ce qui est
évident c’est que nous partageons une communauté d’intérêt économique. Nous
sommes dans le même système économique. Au-delà des initiatives que nous
pouvons prendre ensemble, il y a certainement des comportements à éviter et qui
consistent à s’affronter de manière brutale et systématique dès qu’on a un
point de divergence.
Aujourd’hui, je
pense qu’on doit expliquer à nos amis pharmaciens de manière précise et
détaillée comment notre situation économique se dégrade, à quel point elle est
dégradée et pourquoi. Il ne faut pas oublier le service que la répartition
apporte chaque jour aux pharmaciens. Début 2011, une enquête avait été réalisée
auprès des pharmaciens et il en ressortait des éléments extrêmement clairs sur
l’intérêt que l’on présentait pour les officinaux. Interrogés sur le canal qui
selon eux était le plus à même de garantir une mise à disposition optimale des
produits aux patients, à 91 % des pharmaciens d’officine répondaient la
répartition pharmaceutique. Pourriez-vous uniquement vous approvisionner auprès
des grossistes répartiteurs, à 70 % oui. Pourriez-vous uniquement vous
approvisionner en direct auprès des laboratoires, à 89 % non.
Autre sujet qui
n’est pas souvent évoqué, mais est très important : l'aide apportée par le
répartiteur quand le pharmacien est confronté à des problèmes de trésorerie.
C'est d'abord le répartiteur qui aménage les conditions de paiement pour aider
le pharmacien à franchir cette mauvaise passe. Dans ce contexte-là, nous avons
beaucoup de points de convergence avec les pharmaciens.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Titulaire d’une maîtrise en droit public de l’Université Panthéon-Assas
et diplômé de l’Ecole du Commissariat de la Marine, Emmanuel Dechin a notamment
été DRH puis Responsable de la communication corporate chez L'Oreal. Il est
depuis 2006 secrétaire général de la Chambre Syndicale de la Répartition
Pharmaceutique (CSRP), organisation professionnelle patronale des entreprises
de la répartition pharmaceutique.
2013 will be the year of “real world evidence” regarding drug market access
Interview with Pr. Félix Lobo, Director of the Department of Health and Medicine Economics at Madrid Carlos III University - The 2/1/2013
Nextep: Looking
back at 2012, what are the main issues to keep in mind regarding the health
sector in Europe?
2012 certainly has been a busy year in the health
sector and one with many changes. The economic crisis has hit hard on all parts
of the pharmaceutical and biotech industry. Many countries are affected with
severe cost containment measures, health policy changes and increased
competition through biosimilars and generics as well as by mounting pricing
pressures. The recovery does not seem on the horizon so quickly. Especially the
CEE Region as well Southern European are going through some very tough times.
In Spain, the president of the Catalan company Grifols summed up the situation
quite drastically in a recent meeting. He stated that before investing in
Madrid, he’d rather going to Gibraltar, one cannot depend on a central
government that fixes prices and then does not pay. There is a lot to be done
in Spain to fix the problems in the healthcare system and the latest Royal
decree leaves a lot open to interpretation. But it seems the way is paved for
more economic evaluations as part of P&R approvals. As always the devil
will be in the detail and in Spain (particularly, if considering the strong
decentralized structures and decision making of the 17 communities), like in
many other countries, it will depend in the way that it will or can be
implemented in practice.
In 2012 we also have gotten a good flavor of
what the IQWIG process in Germany is like. Nevertheless, we didn’t taste of
what the outcome of economic evaluations will bring in case of disagreements on
the pricing negotiations.
France is equally increasing hurdles to market
access and, also here, the train of medico economic evaluations - whatever that
will be in practice - has left the station.
I am wondering if someone in the UK is actually
understanding what is going on, a lot of talk about value based pricing and
different processes for the assessment of orphan drugs but there seems to be a
lot of haze around these issues.
What kind of stakes do
you see for market access in 2013?
International price referencing remains a
persistent issue, many companies trying to tackle this by improving capabilities
and better analytical tools to manage the situation as well as the
implementation of risk sharing agreements is expected to continue to increase
throughout 2013.
This year has undoubtedly been the
year of the term "market access"; although I have the feeling the
winner of 2013 will be “real world evidence” (RWE). Indeed more and more
stakeholders came to realize that additional real life data needs to be created
and that an assessment of a new medicine does not stop at launch but rather
seems to begin at that point. Many of the big pharmaceutical companies have
geared up and dedicated capabilities toward this topic. Obviously many
methodological and technical aspects are to be resolved and the area is still
in its infancy but I am convinced that this is an area we will hear much more
about.
I don't know
yet exactly how but I can’t help the feeling the key to success on this front
is the internet and IT. Having followed various observational research studies
myself, I can’t help wondering the way the implementation and the making of
data collections is an outmoded way of going about that and with the technology
at hand these days we should be able to innovate and do that very different,
much more efficient and faster. I think some of the online patient networks
that exist, for example for rare diseases (thinking here of sites like
www.patientslikeme.com), are going into the right direction and are already
somewhat ahead of the curve. They are now employing outcomes research
scientists that I suppose will help to overcome some of the potential
limitations on the methodological side (e.g. selection bias etc.) and to
analyze the wealth of data.
For sure,
this will be a crucial issue for 2013… hoping all stakeholders, including
governments, will be convinced about that.
Interview realized by Guillaume Sublet
Dr. Félix Lobo is Professor in the Department of
Economics at Universidad Carlos III de Madrid where he is Director of Seminar
of Social Studies on Health and Medicines. He previously was General Director
for Pharmaceuticals and Medical Devices at Spanish Ministry of Health and
Consumers Affairs. He also is advisor to international organizations such as UNIDO,
WHO, PAHO, World Bank and the European Union as well as member of WHO Expert Advisory
Panel on Drug Policies and Management.
« Le CODEEM est le signe de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique »
Entretien avec Yves Medina, Président du Comité de Déontovigilance des Entreprises du Médicament (CODEEM) - The 4/12/2012
Nextep : Quels sont les grands
principes qui ont conduit à la mise en place du CODEEM par les représentants de
l’industrie pharmaceutique ?
Yves
Medina : Ce qui est intéressant avec la mise en place de cet outil, c’est que
c’est la profession elle-même qui fait le pari de l’autorégulation. L’idée est de
voir ce qu’il est possible de faire au plan déontologique sans le recours à la
Loi ou au décret. Ainsi, le CODEEM est-il véritablement le symbole de la prise en main par
le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique. Certes,
l’affaire Servier a accéléré les choses mais il faut reconnaître que la
réflexion avait commencé bien avant.
Par ailleurs, l’indépendance indispensable du
CODEEM est garantie par le fait que ses membres, soumis à déclarations
d’intérêts, sont désignés pour une durée de trois ans renouvelable, mais que
leur mandat n’est pas révocable. Il faut
également rappeler qu’il y a seulement 3 représentants de l’industrie sur les
11 membres du Comité ; ils sont donc largement minoritaires au sein de
cette instance tripartite. Et que le CODEEM bénéfice d’un budget important lui
permettant d’être autonome par rapport à l’institution.
Tout cela constitue un véritable gage d’impartialité.
Il s’agit là d'un dispositif tout à fait original et je ne connais pas de
structure analogue dans les autres organisations professionnelles
Quels sont les principaux objectifs
et missions du CODEEM ?
Le CODEEM est prévu dans les statuts du LEEM. Il
est envisagé comme un outil d’accompagnement et de promotion des bonnes pratiques comportementales des
laboratoires. Il est chargé parallèlement d’une mission de sanction et de médiation en
cas de manquements. La priorité est ainsi donnée au respect et à la promotion des
règles de bon comportement.
L’autre mission
majeure du Comité est d’adresser des recommandations au Conseil
d’administration du LEEM, pour qu’il les entérine et fasse ainsi évoluer
certaines dispositions ou qu'il en adopte de nouvelles. A l’image par exemple de
la Cour des comptes, nous adressons dans un premier temps au Conseil d’administration du Leem une
proposition de recommandation provisoire puis, compte tenu des commentaires et
des observations en retour des administrateurs, nous adoptons dans un deuxième
temps une recommandation définitive qui est rendue publique. Le Conseil
d’Administration du LEEM prend alors ses responsabilités en décidant d’adopter
ou non la règle proposée
Est-ce que le CODEEM a déjà eu à
intervenir depuis son installation ?
Nous sommes
effectivement intervenus suite à la décision de fermeture d’un laboratoire par
l’AFSSAPS (désormais ANSM) et nous avons, à partir de ce cas, recommandé une suspension
automatique de tout adhérent qui se trouverait dans cette situation. Le Conseil
d’administration a adopté cette recommandation et a même fait rajouter ce point
dans les statuts de l’organisation professionnelle. Il s’agit par contre d’une
suspension temporaire, le temps que le litige soit jugé, car nous n’avons naturellement
pas à nous immiscer dans une procédure administrative ou judiciaire. Notre
action relève de l’action disciplinaire.
Quelles sont les principales problématiques sur
lesquelles vous avez commencé à travailler ?
Nous travaillons actuellement sur la dimension déontologique
de l’information médicale qui paraît dans la presse spécialisée. Il s’agit de s’assurer
que c’est une information fiable et pas par exemple de la promotion déguisée.
Il y aura également
très prochainement la publication d’une recommandation sur les congrès et l’hospitalité
offerte aux participants. Nous devrions aller vers une hospitalité - c’est à
dire l’invitation gratuite des professionnels de santé - qui soit à minima, un renforcement
du caractère véritablement scientifique de ces congrès et la volonté d’éviter
les aspects festifs et touristiques qui ont parfois cours lors de ces congrès. La
recommandation devrait également inviter le Leem à une rencontre avec les autres
acteurs (c’est-à-dire les organisateurs de congrès et les sociétés savantes), afin
de repenser certaines modalités techniques et comptables d’organisation des
congrès. Il faut reconnaître que ce mouvement est déjà assez largement engagé
par le secteur mais notre intervention devrait conduire à renforcer encore plus
les exigences en la matière.
Nous avons également
la volonté de mettre en place un véritable système de déontovigilance. En
effet, pour assurer une fonction de veille sur les pratiques et les dérives collectives,
il est nécessaire de réfléchir à un dispositif organisé. Cela peut apparaître assez
compliqué techniquement et requiert que les professionnels de santé et
associations de patients soient dans la boucle et participent à la réflexion. Mais
nous sommes en train de faire un benchmark sur ce type de dispositif à
l’étranger et avons la volonté d’aboutir dès 2013.
Actuellement, nous disposons
d’un recueil de dispositions déontologiques
professionnelles (DDP) qui portent sur plusieurs sujets importants (VM, information sur Internet, relations avec
les médecins…). Ce qui nous manque, c’est une réflexion globale sur les grands
principes éthiques du secteur qui se traduirait par l’établissement d’une sorte
de « plate-forme éthique commune ». Cela devrait permettre d’abord de
faciliter nos missions car pour sanctionner ou faire une médiation, il vaut
mieux pouvoir s’appuyer sur une telle base doctrinale. Et, vis à vis de
l’extérieur, cela aurait vocation à devenir une véritable charte des valeurs
des entreprises du secteur.
Nous avons aussi lancé
une enquête sur ces DDP, qui fait ressortir que ce recueil est connu des
laboratoires mais qu’il reste peu utilisé. Notamment, les petites structures,
qui représentent plus des deux tiers des membres du LEEM, n’ont pas vraiment
les moyens humains et financiers de faire un suivi précis de ces dispositions et
de prévoir des procédures internes spécifiques. Une des missions du CODEEM sera
de les aider et c’est pourquoi nous allons mettre en place un programme
d’information et de soutien déontologique aux PME du secteur.
Sur la transparence des
liens, la Loi a déjà fait beaucoup, même si l’on est toujours en attente de la
publication des textes d’application du fameux Sunshine Act (notamment sur la
question des seuils et des modalités de déclarations). C’est donc déjà bien
bordé. La situation est plus nouvelle s’agissant de la
VM collective et nous pourrions réfléchir aux bonnes pratiques à promouvoir
dans le cadre de cet exercice. En 2013, il serait vraiment intéressant de
travailler également sur les relations des laboratoires avec les associations
de patients. Cela fera partie des premières demandes que le CODEEM adressera à Hervé Gisserot, nouveau Président du LEEM.
Au total, la première
année du CODEEM aura été un peu difficile car nous étions en période
d’apprentissage de nouvelles procédures et de rodage. Nous entrons maintenant dans
l’année de la maturité.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Yves Medina est Conseiller-maître honoraire à la Cour des
comptes. Diplômé de HEC, de Sciences-Po et de l’ENA, il a participé de 1977 à
1981 aux cabinets de Simone Veil à la Santé (conseiller technique santé) et de
Monique Pelletier à la Famille (directeur de cabinet). De février 1999 à
novembre 2010, il a été associé du cabinet PricewaterhouseCoopers, en charge
des questions d’éthique professionnelle, de RSE et de gouvernance d’entreprise.
Il a été vice-président fondateur de l’Observatoire sur la Responsabilité
sociétale des entreprises (ORSE) créé en 2000 et est l’auteur de l’ouvrage « La
déontologie : ce qui va changer dans l’entreprise » (2003). En 2010, il est
nommé par le Premier Ministre membre de la Commission de déontologie de l’Etat
et, dernièrement, de la Commission pour la transparence financière de la vie
politique. Il est également Président à la Cour Nationale du Droit d’Asile et Président
du Cercle d’éthique des affaires.
Normal
0
21
false
false
false
FR
X-NONE
X-NONE
« Effectiveness of a medicine is not the same as its utility »
Interview with Pr Bernard Bégaud, pharmaco-epidemiologist, Inserm-Bordeaux University - The 2/10/2012
Nextep : Que vous inspire le nouvel ouvrage
des professeurs Even et Debré : le "Guide des 4000 médicaments
utiles, inutiles ou dangereux" ?
Bernard Bégaud : Ni l’un ni l’autre ne sont des
spécialistes du médicament, de la santé publique ou de la
pharmaco-épidémiologie, mais ils ont une certaine légitimité à s’exprimer. Pour
autant, on sent quelques lacunes à la lecture du livre. Il reprend d’ailleurs
des idées développées depuis longtemps – non sans raison – par Philippe Even :
les médicaments ont des AMM trop permissives, on n’étudie pas assez leur
rapport bénéfices/risques... Mais il y a dans leur analyse un gros biais :
l’efficacité d’un médicament, ce n’est pas la même chose que son utilité !
C’est là un débat très important, qui suscite souvent des réactions
ultra-violentes...
Nextep : Quelle est justement cette
distinction entre efficacité et utilité d’un médicament ?
Bernard Bégaud : Même si un médicament n’est pas doté
d’une efficacité évidente, démontrée par l’evidence based medicine (la preuve
issue des essais cliniques), il peut avoir une certaine utilité. Si ce
médicament a une efficacité modeste ou que le patient y croit, ce dernier n’est
pas traité par un autre principe actif, certes être plus efficace, mais aussi
doté de plus d’effets indésirables et plus coûteux... Prenons l’exemple de
l’Euphytose, cet extrait de plantes très utilisé contre l’anxiété ou les
troubles du sommeil légers : il a été déremboursé en 2005. Une bonne part des
patients sous Euphytose sont alors passés aux benzodiazépines, beaucoup plus
chères et avec de nombreux effets secondaires... Ni la santé publique ni
l’assurance maladie n’y ont gagné ! Au final, une ânerie monumentale...
Nextep : Que pensez-vous des montants
d’économies avancés ?
Bernard Bégaud : Les auteurs nous disent : « on va économiser 10 milliards d’euros en
déremboursant les médicaments inutiles ». Mais si on les
dérembourse, cela revient à les tuer – parce que le patient n’y croit plus. Et
si l’on supprime ces médicaments, dont certains sont très prescrits, les
patients qui les prenaient vont très souvent, nous l’avons vu, se voir
prescrire d’autres molécules – souvent plus efficaces, mais aussi plus
dangereuses et plus chères. C’est pourquoi l’analyse doit être macro-économique
: quelles vont être les conséquences sanitaires et économiques de la
suppression d’un ou plusieurs médicaments ?
Nextep : Pensez-vous qu’il y ait
réellement trop de médicaments sur le marché ?
Bernard Bégaud : Sur les 4500 principes actifs de notre
pharmacopée, on pourrait facilement en enlever la moitié sans conséquences
thérapeutiques. Le Royaume-Uni ou les pays du nord, par exemple, ont une
pharmacopée beaucoup plus réduite que nous. L’idéal serait d’avoir 1000 à 1200
médicaments sur le marché, reconnus efficaces ou utiles et peu dangereux. Même
un médecin très bon, avec une patientèle très variée, ne peut prescrire et
connaître plus de quelques centaines de médicaments ! Mais si l’on voulait
supprimer beaucoup de médicaments, il faudrait le faire avec intelligence et
progressivement – sinon les effets pourraient être catastrophiques, les gens se
précipitant sur des alternatives aussi dangereuses sinon pires...
Un autre message important : les médicaments « sacralisés »,
parce que reconnus efficaces, sont-ils bien utilisés ? N’y a-t-il pas un
gaspillage énorme, supérieur à celui généré par les médicaments « sans
efficacité » ? La France est très pauvre en études sur l’usage des médicaments.
Si la moitié des gens traités pour dépression, par exemple, arrêtent leur
traitement beaucoup trop tôt, c’est inefficace mais aussi dangereux – avec un
risque vital – et bien plus cher, car les rechutes seront itératives. Le grand
défi concerne ces « grands médicaments efficaces », souvent très chers et
parfois risqués. Toute prescription inadéquate, tout traitement prolongé
indûment ou arrêté trop tôt génèrent des impacts médico-économiques énormes.
Mais personne n’en parle...
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Bernard Bégaud (PU-PH) est
professeur de Pharmacologie à l'Université de Bordeaux. Il a dirigé le
Département Hospitalo-Universitaire de Pharmacologie de Bordeaux de 1995 à 2003
et a été doyen de la Faculté de médecine de Bordeaux de 1997 à 2002. Le Pr
Bégaud a ensuite été élu Président de l'Université de Bordeaux2 de 2002 à 2008.
Il est à présent Directeur de l'Unité de Recherche INSERM U657
"Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l'impact des produits de santé
sur les populations". Il est aussi Président du Département du transfert
de la recherche et des finances de l'Université de Bordeaux.