« L'innovation comporte par nature de l'incertitude en termes de bénéfices comme de risques »
Entretien avec Claude Huriet, Sénateur honoraire et Président de l'Institut Curie - Le 4/2/2010
Suite à un passage en première lecture en 2009 (mars à l’Assemblée et novembre au Sénat), la proposition de Loi du député Olivier Jardé relative aux recherches sur la personne doit bientôt repasser devant les deux chambres parlementaires. Après avoir interrogé l’an dernier l’auteur du texte (cf. news Nextep mars 2009), nous avons cette fois rencontré le Sénateur Claude Huriet, co-auteur des Lois de 1988, fondatrices en la matière, pour recueillir son opinion quant aux modifications à apporter. Pour lui, il est urgent si ce n’est de retirer le texte, au moins de l’amender significativement.
Nextep : Vous avez appelé à une « définition précise de la recherche biomédicale » [1] ; estimez-vous que la proposition de Loi « Jardé » y répond ?
Claude Huriet : Pas du tout. Dans ce texte fourre-tout, on trouve diverses dispositions dont certaines n’ont pas trait à la recherche. Il manque notamment la référence essentielle à l’innovation, qui est l’objet même de la recherche. Or, l’innovation comporte par nature de l’incertitude en termes de bénéfices comme de risques, d’où la nécessité de protéger les personnes. A contrario, les « recherches » observationnelles et sur les soins courants – même si elles sont incontestablement utiles – n’ont pas leur place dans cet encadrement. On voit d’ailleurs que de nombreux juristes ont pris conscience des faiblesses des nouvelles dispositions ; ce qui a commencé à entraîner une mobilisation du CISS et de certains Comités de Protection des Personnes (CPP). Le nombre et la diversité des auditions au Sénat a d’ailleurs montré que tout le monde n’était pas d’accord avec la ligne proposée.
Cela risque en outre de créer un embrouillamini avec les Comités de Protection des Personnes (CPP) qui vont être amenés à se prononcer sur la nature de la « recherche » en question. En cas d’hésitation, ils pourront certes solliciter l’avis de l’AFSSAPS… mais ne seront pas obligés de le suivre ! La responsabilité pèsera donc sur les CPP. Ils auront de surcroît à se déterminer en ce qui concerne la balance bénéfice-risque ; leur décision étant opposable au promoteur. Par ailleurs, en ce qui concerne des risques modérés qui ne sauraient être estimés a priori, le consentement de la personne concernée pourra se faire sous quelque forme que ce soit ; au détriment de sa protection. Sans oublier que tout cela va nettement alourdir la charge de travail des Comités dont certains ont déjà beaucoup de mal à fonctionner. J’avais d’ailleurs suggéré dans mon dernier rapport sénatorial en avril 2001 qu’il serait nécessaire de procéder à leur évaluation mais cela n’a toujours pas été réalisé.
Une autre critique porte sur la façon dont s’est déroulé l’examen de cette proposition. Le texte a été rapidement introduit et adopté à l’Assemblée [2], après un nombre très limité d’auditions. Cela peut signifier que la proposition de Loi répond surtout au lobbying de certains chercheurs qui espèrent modifier la réglementation actuelle pour leur commodité. Dans ces conditions, la Loi de 1988 risque de se trouver vidée de sa finalité concernant la protection des personnes. De manière assez symbolique, il est d’ailleurs assez significatif que la notion de « protection des personnes » ait disparu du titre de ce texte.
Nextep : Quelles seraient, selon vous, les améliorations à apporter à la proposition ? Et y a-t-il tout de même certaines dispositions que vous conserveriez ?
C.Huriet : Le mieux serait sans doute que l’initiative parlementaire en reste là ! Toutefois, l’attribution aléatoire des dossiers aux CPP, introduite au Sénat, me paraît une bonne chose. Il existe en effet de grandes différences en matière de décisions prises par les Comités. Par ailleurs, la proximité entre celui qui réalise la recherche et les membres des CPP peut amener à s’interroger en termes d’indépendance et d’éthique. J’avais déjà constaté dans mon rapport d’avril 2001 une tendance à privilégier le dépôt de dossier dans certains Comités plutôt que d’autres. J’avais d’ailleurs évoqué la possibilité d’un guide Gault & Millau des Comités… Logiquement, l’attribution des dossiers devrait aller de paire avec l’évaluation des Comités, indispensable pour ensuite harmoniser, en améliorer le fonctionnement et la qualité. Il serait pertinent de l’inscrire dans la proposition actuellement en discussion… si elle doit aboutir. Mais le plus important reste de s’atteler à proposer une définition claire des différents types de recherche pour lesquelles il est nécessaire d’accorder une protection forte aux personnes qui y participent. Et cela passe avant tout par une définition de l’innovation.
Nextep : Olivier Jardé souhaitait à travers son texte « relancer la recherche médicale française » ; pensez-vous que cela sera suffisant ? Quelles recommandations supplémentaires formuleriez-vous ?
C.Huriet : Cette proposition ne sera pas suffisante, bien au contraire. L’industrie pharmaceutique est aujourd’hui assez soucieuse du risque de compliquer la Loi, contrairement aux intentions de l’auteur de la proposition de simplification. Sans compter que des analyses juridiques montrent des distorsions avec les Directives européennes sur les essais cliniques.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Docteur en médecine, médecin des hôpitaux et Professeur émérite de la faculté de médecine de Nancy, Claude Huriet est Président de l’Institut Curie depuis 2001. Il a siégé au Sénatde 1983 à 2001, où il a produit de nombreux rapports liés à la santé et la recherche biomédicale et a été notamment le coauteur et rapporteur des propositions de loi relatives à la protection des personnes dans la recherche biomédicale de 1988. Par la suite, Claude Huriet a été Vice-président de la Fédération hospitalière de France, dont il est toujours membre du Conseil d’administration ; président de la Conférence Régionale de Santé et du cancéropôle d’Ile-de-France ; premier Président de l’ONIAM. Il est par ailleurs membre du Conseil d’administration de l’Agence de Biomédecine ainsi que du Comité international de bioéthique de l’Unesco.
[1]Colloque au Sénat du 11/12/2008
[2] Le texte avait pour objet de reprendre une partie initialement prévue dans la Loi HPST et a été examiné concomitamment, alors que les propositions de Loi (d’origine parlementaire) ont souvent du mal à être inscrites et, encore plus, adoptées (NDLR)
Entretien avec le Dr. André Deseur, membre du Bureau de l'Ordre des Médecins (CNOM) - Le 5/1/2010
Quel bilan
faites-vous pour l’année 2009 et quelles perspectives identifiez-vous
pour 2010?
L’essentiel est le projet ARS-HPST qui est une révolution
du système de santé en France. Les perspectives 2010 sont la réussite
éventuelle de ce projet et surtout les amodiations nécessaires à celui-ci.
A propos des ARS,
qu’attendez-vous de ces nouvelles agences et quel type de relation voyez-vous
avec le Conseil national de l’Ordre des médecins ?
La loi HPST et la mise en place des ARS organise, théoriquement, une
régionalisation du système de santé ce qui devrait être une amélioration
profonde permettant de le décliner aux besoins spécifiques de chaque région. Il
ne faudrait pas que les différences de moyens d’une région à l’autre induisent
des différences de qualité de soins.
Ce que l’on constate au fil de l’étude de la loi et de la
rédaction des décrets, est que l’on met en place une hypercentralisation
régionale qui une hypercentralisation technocratique avec un aigle à deux
têtes, l’Etat et l’Assurance-Maladie.
Les grosses critiques que nous faisons aux ARS et à la loi HPST sont que l’on ne
voit au sein des ARS aucune place réelle pour la représentation des
professionnels de santé et tout particulièrement les ordres. Cela paraît
d’autant plus aberrant que ce sont les ordres qui connaissent la démographie de
la profession et les modalités pratiques d’exercice de chaque professionnel. De
plus, si l’on veut créer des coopérations entre les domaines libéral et public,
on ne peut que s’étonner de l’absence de participation des ordres puisque nous
sommes une structure commune à tous les modes d’exercice contrairement aux
syndicats.
On a le sentiment qu’on essaie de mettre en place un NHS version
française alors que l’on a constaté son échec. Nous voyons tout de même dans
les coopérations entre professionnels de santé de la loi HPST un élément
d’avenir à construire.
Quel regard
portez-vous sur la campagne de vaccination contre cette grippe A (H1N1) ?
Il faut être critique mais pas uniquement. A décharge, on
ne savait pas si on allait être confronté à la peste, le SRAS, une grippe
méchante ou une petite grippe et on n’avait aucune idée du moment auquel
l’épidémie allait se mettre en œuvre.
D’emblée, nous avions réclamé que les médecins d’exercice
pratique et d’exercice clinique puissent participer à la campagne de
vaccination au sein de leur cabinet en contractualisant avec les centres de
vaccination. Avec un peu d’organisation et sans dépenses énormes, on aurait pu
avoir un meilleur résultat car le taux de population vaccinée est faible. Nous
avons l’espoir de convaincre que, d’ici la mi-janvier, la vaccination puisse se
faire dans les cabinets médicaux.
Nous avons constaté que l’administration ne connaissait pas
les médecins du terrain et il faut en tirer les leçons. L’ordre a une vocation
de service public pour la population et la santé publique et, ne pas en tenir
compte, dans le cas de la
grippe A (H1N1) ou les ARS, c’est risqué de rencontrer des
déficits majeurs d’organisation et de conception.
Début décembre,
l’Assurance-maladie a annoncé le nombre de médecins ayant signé un CAPI
(12 600). Quel est votre sentiment à ce sujet ?
Initialement, nous avons pris position contre les CAPI car
nous sommes opposés aux récompenses individuelles et tous les médecins n’y ont
pas accès créant une discrimination.
Pourquoi un tel succès ? C’est la politique actuelle
de l’Assurance-maladie qui ne permet pas l’évolution du tarif des actes alors
que celui-ci est fait d’un acte intellectuel, du temps du praticien et un
ensemble de charges. Comme les recettes sont plafonnées, les charges augmentent
et les bénéfices diminuent, les médecins adhèrent aux compléments de
rémunération sur des objectifs chiffrés qu’on leur propose.
D’emblée, nous avions dit : « individuel non
mais, intégré à la convention oui ». Nous ne sommes pas contre d’avoir des
objectifs globaux ressemblant aux Acbus (accords de bon usage), des engagements
et des objectifs collectifs et de récompenser ce qui entre dans ce créneau.
Médecin généraliste en Seine-et-Marne, le Dr André
Deseur est Président
de la section « Exercice Professionnel » au Conseil national de
l’Ordre des médecins (Cnom) et délégué à la communication.
Bilan et perspectives pour la biologie médicale
Entretien avec Jean Benoît, Président du Syndicat des Biologistes - Le 5/1/2010
Avec le recul, quel bilan
tirez-vous de la Loi HPST pour
la biologie médicale ?
La Loi
HPST n’a aujourd’hui plus beaucoup de supporteurs. En ce qui
concerne la biologie médicale, un certain nombre d’éléments apparaissent
néanmoins satisfaisants. Il en va ainsi de la reconnaissance en tant que
spécialité médicale à un moment où existe un risque fort de la faire passer
comme de la prestation de service. Ce point est évidemment très important et
représente un vrai succès. Les biologistes ont également acquis davantage de
responsabilité sur l’analyse des résultats et la prescription.
Suite à la campagne menée et aux arguments soulevés, nous
avons également obtenu l’interdiction de reprise des laboratoires par des
groupements privés. Cela est fondamental car la responsabilité du choix ainsi
que la liberté médicale n’est pas envisageable dans les mains des financiers.
Plusieurs autres mesures ont été prises gênant les
financiers, comme celle ne permettant pas de céder des parts d’un laboratoire
avant trois ans, l’obligation de présence d’un biologiste au moins aux heures
d’ouverture d’un laboratoire ou encore la restriction de laboratoires multi-sites
à un territoire de santé ou à des territoires adjacents.
Il était également important d’ouvrir la faculté aux
laboratoires de se restructurer et de se réorganiser. Un champ plus encadré
voire restreint aurait été probablement préférable, mais la possibilité de
regroupements multi-sites est déjà intéressante, en particulier pour mutualiser
des investissements qui deviennent de plus en plus lourds et les compétences
qui deviennent de plus en plus pointues. En outre, la réforme étant extrêmement
ambitieuse et difficile pour les petites structures, cela va accroître la
nécessité de se regrouper.
Quels sont les
points qui nécessitent encore d’être travaillés ? Quels vont être les enjeux en
2010 ?
Il apparaît nécessaire d’encadrer encore davantage. Car,
même si cela est plus compliqué, il est aujourd’hui théoriquement toujours
possible de constituer des chaînes de laboratoires. Cela résulte de
dispositions d’une Loi (dite loi Murcef) qui donne la possibilité de contourner
la restriction à 25% des non-professionnels de santé dans le capital d’une SEL
(société d’exercice libéral). L’article 5-1 de la Loi Murcef prévoit
pourtant la possibilité de dérogations mais nécessite des décrets pour exclure
certaines professions. Les biologistes souhaitent que leur profession soit
exclue de ces dispositions Murcef. Si le Gouvernement a fait montre d’une
certaine ouverture sur ce sujet, il reste aujourd’hui dans l’attente de la
décision de la Cour européenne. Il convient pourtant d’assainir la situation au
plus vite et cela constituera l’une de mes demandes principales lors de ma
rencontre avec la Ministre de la Santé, le 7 janvier.
Dans le projet d’ordonnances, il n’est désormais plus
prévu l’exclusion de la possibilité d’acquisition de laboratoires par des
cliniques. Cela nous pose problème puisqu’il existe évidemment un fort risque
de conflit d’intérêts, accru par le fait qu’elles appartiennent souvent à des
groupements privés.
L’accréditation va par ailleurs être très lourde à mettre
en place et très coûteuse, y compris dans les hôpitaux publics. Cela va
nécessiter du matériel, du personnel dédié et des investissements importants en
temps et en argent, notamment pour les audits (dont il faudrait au passage que
les tarifs soient fixés par l’Etat et non par le COFRAC). Nous demandons donc
que cette procédure ne soit pas calquée sur le secteur industriel mais soit
adaptée au domaine de la
santé. Nous souhaiterions aussi un organisme auprès duquel il
serait possible de faire appel en cas de refus d’accréditation car sans elle,
il sera tout simplement impossible d’exercer.
Enfin, il n’est pas possible de vouloir une biologie
d’excellence et continuer à baisser les tarifs, comme cela a encore été
récemment le cas. Dans ce domaine, l’Etat doit faire face à ses responsabilités.
Qu’en est-il des
procédures en cours au niveau européen ?
Sur celle qui est en attente au niveau de la CJCE,
attendue pour fin 2010 voire début 2011, il y a une position claire du
Gouvernement français sur le caractère médical de la biologie. Alors
que cela semblait très mal parti au premier abord, il y a aujourd’hui davantage
d’espoirs, notamment au vu des décisions qui ont été rendues dans le domaine
des officines.
Ce qui pose cependant le plus de problème reste l’action
menée par la Commission européenne qui vise l’Ordre des Pharmaciens. Le groupe
LABCO considère en effet que l’Ordre est un regroupement d’entreprises qui a
procédé à des entraves au niveau de l’accès au marché de nouveaux entrants. Les
amendes pourraient être ici colossales, sans compter que l’appel ne serait pas
suspensif.
Les ARS devraient
être opérationnelles avant la fin du premier semestre 2010. Quel va en être
l’impact pour la biologie ?
Les Agences régionales de santé vont avoir un rôle
extrêmement prédominant. Toutes les décisions importantes (installations,
fermetures…) seront du ressort du DG de l’ARS. Ainsi, le SROS va même devenir
opposable pour la biologie, alors qu’il n’est pas censé l’être au départ. Par
ailleurs, secteurs publics et privés seront inévitablement considérés comme une
offre globale, sous la coupe des Agences. Le poids de l’administration risque
donc de se faire largement ressentir sur nos activités.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Bilan et perspectives pour les pôles de compétitivité
Entretien avec Philippe Archinard, Président de Transgene et de Lyon Biopôle - Le 5/1/2010
Plus de 4 ans après le lancement des pôles de
compétitivité, quel bilan tirez-vous ? Le rapport Claeys, Gorges et Lasbordes
estimait notamment que les partenariats public-privé étaient encore trop
faibles ; qu'en est-il pour Lyonbiopôle ?
Le bilan est très positif et toutes les parties prenantes se
réjouissent de cette initiative. Lyon Biopôle a ainsi permis de construire de
nombreux partenariats, et participe notamment au financement des PME, dont le
développement économique est au cœur du plan d’action. Et nous travaillons
également à l’émergence de la dimension académique.
Les pôles ont permis de marquer le soutien des collectivités locales
comme des pouvoirs publics. Cela s’est traduit par de très bons résultats, que
ce soit en termes de nombre de projets, de leur qualité mais aussi de la
capacité à faire travailler ensemble des acteurs qui ne faisaient que se
côtoyer. Et les meilleures preuves de réussite sont les retours qui nous sont
faits par nos membres, notamment à travers le développement de leurs sociétés.
Le monde académique est par ailleurs récipiendaire de la moitié des
fonds. Nous ne sommes donc pas sur un financement exclusif des industries comme
certains détracteurs ont pu le mettre en avant ; et encore moins des seuls
grands groupes puisque notre politique est avant tout réfléchie et axée sur le
développement des PME. Or, avant, il y avait très peu d’opportunités pour les
structures de cette taille.
Quelles
améliorations attendez-vous, par rapport notamment à la volonté de
réorganisation affichée par le Ministre de l'Industrie ?
Il ne faut surtout pas rompre la dynamique qui a été instaurée, tout
particulièrement au niveau du financement, que ce soit à travers le FSI ou
l’OSEO. S’agissant de Lyon Biopôle, nous avons de ce point de vue un modèle
tout à fait équilibré et sain avec un partage à 50/50 entre l’abondement public
de l’Etat et celui des collectivités locales et des subventions européennes .Pour
le budget d’animation qui reste clé nous sommes prés de l’objectif 50/50 privé/public.
Je comprends la démarche de M. Estrosi d’adosser les petits aux grands
pôles afin d’obtenir une taille plus critique. Cependant, il faudrait que les
pôles n’y perdent pas leur âme et que ce ne soit pas contradictoire par rapport
aux contrats d’objectifs déjà définis. En outre, cela n’est pas encore très
clair sur le champ et les modalités de mise en œuvre.
Les initiatives telles que le CSIS, le SNRI, le grand emprunt vont dans
le bon sens au niveau macro-économique et national. Les directions et les
volontés sont bonnes. Reste au quotidien à savoir comment faire avancer tout
cela ensemble. Et cela pose notamment la
question de la gouvernance locale à mettre en place. Nous souhaitons être
moteur dans les projets de campus d’excellence et d’IRT. Cependant, l’échéance
des régionales fait qu’il risque de ne plus y avoir beaucoup d’initiatives ni
de visibilité pendant au moins 6 mois à ce niveau. Et il y a aussi le problème
de la nature juridique des structures amenées à se monter : nous n’avons
pas forcément tous les outils au niveau local. Les liens avec les futurs IHU
seront importants. Mais la mise en musique entre les différents projets sera
assez lourde. Pourtant il faudrait pouvoir aller très vite.
Les pôles sont constitués de petites équipes, fortement sollicitées et
qui gèrent de nombreux chantiers en même temps. Il est à ce titre
particulièrement importante de ne pas oublier le budget d’animation, qui reste
aujourd’hui très faible par rapport au poste projets, mais qui s’avère tout
aussi indispensable.
Les budgets annuels posent en outre des problèmes en terme de
visibilité, notamment lorsqu’il s’agit d’attirer de grands professionnels. L’Etat
est certes sur un engagement tri-annuel mais il faudrait qu’il en aille de même
au niveau des collectivités territoriales, ce qui n’est actuellement pas
possible en raison de leurs statuts. Ces
questions budgétaires rendent finalement les choses toujours compliquées, même
si – heureusement - la motivation est présente au niveau des équipes.
Lyon Biopôle a adopté un positionnement très fort
sur les vaccins. Que pensez-vous de la campagne menée actuellement sur la grippe A et des critiques
qui ont porté sur ce type de produits ?
Il y a une fâcheuse tendance à revisiter tous les apports des vaccins
dès qu’il y a un certain nombre d’effets secondaires ou même des problèmes
logistiques, comme cela a pu être le cas dans la campagne actuelle. On assiste
au final à une oscillation entre deux extrêmes, où personne ne veut se faire
vacciner avant le véritable déclenchement de l’épidémie et l’explosion de la
demande ensuite. En tout cas, les apports ne devraient pas être remis en cause
ainsi pour quelques aléas. Les couacs dans la communication au départ et
l’emballement médiatique par la suite, avec un certain manque de recul, n’ont
certes pas aidé. Mais ce serait un comble que la France soit le seul pays où la
vaccination ne soit pas correctement menée.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
« Le niveau de sécurité des vaccins n'a jamais été aussi élevé ». Entretien avec Philippe Chêne, Président de Baxter France - Le 3/12/2009
Il y a eu
beaucoup de défiance par rapport à la vaccination et peu de parole laissée aux
industriels. Que répondez-vous aux détracteurs ?
Ce sont les
autorités de santé qui définissent les objectifs de santé publique et mettent
en place la stratégie vaccinale visant à y répondre. C’est donc naturellement
aux pouvoirs publics à défendre la vaccination.
Baxter
développe et produit des vaccins. Dans le cadre du contrat que nous avons signé
avec les autorités, nous fournissons des doses de notre vaccin contre la grippe H1N1 qui bénéficie
d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) européenne depuis le 7 octobre
2009.
Les
laboratoires ont été accusés de faire d’énormes profits grâce à la pandémie. Qu’en
est-il réellement ?
Face à la
problématique de santé publique liée au risque de pandémie H1N1, les pouvoirs
publics se sont mis en relation avec les laboratoires producteurs de vaccins
afin de conclure des accords relatifs à la fourniture.
Le vaccin
de Baxter est produit à partir de la technologie innovante de culture sur
cellules Vero. L’Etat Français nous a sollicités car notre technologie
permettait d’avoir un accès plus rapide à des doses de vaccin que la culture
traditionnelle sur œufs. Nous avons mobilisé nos équipes de R&D et notre
outil industriel afin de répondre à cette demande.
En août
2009, Baxter a signé un contrat avec l’EPRUS portant sur la livraison de 50.000
doses seulement de vaccin H1N1. Dans un souci de transparence, les deux parties
ont par la suite décidé d’un commun accord de lever la clause de
confidentialité et de rendre public le contrat. En définitive, au prix unitaire
de 10€ par dose, les quantités livrées représentent moins de 1% du budget
total.
Beaucoup
de gens s’interrogent sur la rapidité de la découverte d’un vaccin quand il est
annoncé habituellement qu’il faut au moins une dizaine d’années pour mettre au
point un nouveau traitement. Comment cela s’explique-t-il ?
L'enregistrement par
l’EMEA des vaccins pandémiques s’est déroulé selon un processus accéléré :
il existe au sein de l’UE un mécanisme de procédures visant à prédéfinir le
processus d’approbation d’un vaccin dans une situation de pandémie. Ce
mécanisme permet à l’European Medicines Agency (EMEA) de revoir de manière
accélérée les données venant étayer l’approbation d’un produit. Baxter a déposé
sa demande de permis d’exercice du CELVAPAN H1N1 en se fondant sur les lignes
directrices en matière d’autorisation de commercialisation d’un vaccin
pandémique publiées par l’EMEA.
En début d’année,
l’EMEA avait accordé une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) à un prototype du
vaccin CELVAPAN produit à partir d’une souche différente présentant elle aussi
un potentiel pandémique – vaccin qui a été testé dans le cadre de cinq essais
cliniques impliquant plus de 1 300 personnes à l'échelle mondiale. En
outre, plus de 3 500 personnes ont été vaccinées au moyen de cette même
souche dans le cadre d’une étude de Phase III, actuellement en cours.
L’obtention d’une AMM pour un vaccin prototype est une exigence réglementaire
appliquée aux vaccins pandémiques et mise en place par l’EMEA en 2004. Cette
exigence permet de développer, d’évaluer et d’enregistrer un vaccin pandémique
prototype en utilisant une souche disponible d’un virus potentiellement
pandémique. Une fois la pandémie déclarée et la souche virale à l’origine de
cette pandémie de grippe identifiée, l’AMM du vaccin prototype permet
d’accélérer l’obtention de l’AMM pour le vaccin pandémique produit à partir de
la souche pandémique délivrée.
Début mai, le Centre
américain de contrôle et de prévention des maladies (centre collaborant avec
l’OMS) a fourni à Baxter la
souche A(H1N1) destinée aux procédures de test et
d’évaluation. Baxter a alors entrepris de soumettre la souche virale aux tests
et évaluations préalables à la production afin de déterminer son potentiel de
croissance et sa capacité à s’adapter à la technologie de culture sur cellules
Vero propre à Baxter.
Baxter a lancé, début
juin, sa production commerciale ; les premiers vaccins commerciaux ont été
produits en 12 semaines à compter de la réception de la souche virale. Le
vaccin CELVAPAN est produit en vrac sur le site de production de Baxter à
Bohumil, en République tchèque, avant d’être envoyé à Vienne, en Autriche, en
vue de sa formulation finale et de son conditionnement avant distribution. Baxter
a terminé la production des premiers lots de CELVAPAN fin juillet et a commencé
la livraison des premières doses dans les deux semaines suivantes. Ces
livraisons aux Autorités de Santé nationales se poursuivent à un rythme
régulier.
En juillet, Baxter a
initié sa demande d’AMM pour CELVAPAN conformément aux directives publiées par
l’EMEA relatives aux demandes d’AMM pour les vaccins pandémiques. L’entreprise
a soumis le vaccin fabriqué à partir du virus H1N1 à des tests rigoureux et a
complété son dossier de demande d’AMM avec des données spécifiques à cette
souche relatives au développement du vaccin, à la qualité du produit ainsi
qu’aux procédés de production mis en œuvre. D’autres pays en dehors de l’Union
européenne peuvent décider d’évaluer le dossier déposé par Baxter auprès de
l’EMEA et d’utiliser ces informations comme base pour l’AMM nationale en vue de
l’utilisation du vaccin.
Le 7 octobre la
Commission européenne a accordé une AMM au vaccin CELVAPAN contre la grippe
pandémique H1N1, vaccin développé en utilisant la technologie Baxter
de production sur cellules Vero.
Quel est le
niveau de sécurité des vaccins aujourd’hui ? Serait-il possible de produire un
vaccin « 0 effet secondaire » ?
Le niveau de sécurité
des vaccins n’a jamais été aussi élevé. C’est ce qui a permis aux autorités
d’enregistrement d’octroyer l’AMM aussi vite en considérant notamment le
rapport bénéfice/risque favorable.
Il y aura toujours des
effets secondaires compte tenu de leur définition même. A titre d’exemple, la
douleur liée à l'injection est elle-même considérée comme un effet secondaire.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
« Le PLFSS 2010 ne peut pas faire de miracles »
Entretien avec Muguette Dini, Présidente de la Commission des Affaires sociales du Sénat - Le 2/11/2009
Dans le
contexte actuel de crise, quelles sont pour vous les orientations à donner au
PLFSS à venir ?
La situation actuelle est très préoccupante car les
ressources dont dispose la Sécurité sociale dépendent très largement des
cotisations sociales et prélèvements assis sur les salaires. Dès lors que le
chômage progresse et que le niveau moyen des salaires n’évolue que très
faiblement, la masse salariale se rétracte, entraînant mécaniquement des pertes
de ressources pour le budget social. On les estime à au moins 25 milliards
d’euros pour les années 2009 et 2010. C’est tout à fait considérable.
Par conséquent, la crise économique affecte très
profondément l’équilibre des comptes sociaux en 2009 et il est désormais
évident que le retour à un taux de croissance moins défavorable ne suffira pas,
à lui seul, à combler les déficits. Ceux-ci atteignent des niveaux jamais
égalés par le passé : près de 24 milliards d’euros pour le régime
général, toutes branches confondues, en 2009 ; plus de 30 milliards
en 2010. Or, la sortie de crise conduira, au mieux, à stabiliser les comptes à
ce niveau. Il convient donc d’engager les réflexions nécessaires pour permettre
la survie de notre système de protection sociale, auquel nos concitoyens sont,
à juste titre, attachés.
Dans ce contexte, le projet de loi de financement de
la sécurité sociale pour 2010 ne peut pas faire de miracles. Je le tiens
néanmoins pour un bon texte, sérieux, qui affiche clairement la réalité des
choses et ne prétend pas au retour à l’équilibre à court terme sur le fondement
d’hypothèses fantaisistes. Il s’assigne pour cap le contrôle de la dépense,
comme en témoigne la fixation de l’Ondam, l’objectif national de dépenses de
l’assurance maladie, à 3 %, soit 0,7 point de moins que le rythme
d’évolution spontanée des dépenses d’assurance maladie observé ces dernières
années. Il renforce la lutte contre tous les types de fraude aux allocations,
ce qui me semble une priorité essentielle. Il poursuit, comme le Sénat l’avait
lui-même prôné les années passées, la traque des niches sociales désormais
injustifiées, afin de procurer de nouvelles recettes au système social. Je pense
d’ailleurs, sur ce point, que nous pourrions aller plus loin. Nous avions par
ailleurs proposé, l’an dernier, dans le même souci, l’instauration d’une taxe
précisément ciblée sur les produits alimentaires facteurs d’obésité et qui ne
répondent pas aux besoins de première nécessité. Cette suggestion aurait pour
double mérite d’apporter des ressources nouvelles à l’assurance maladie et
d’afficher notre souci de prévention des troubles alimentaires.
La question qui me paraît la plus préoccupante,
aujourd’hui, est celle de la dette sociale, qui ne cesse de croître et qui va
encore s’alourdir du déficit annuel attendu à 30 milliards d’euros. Elle
est actuellement de l’ordre de 93 milliards, et je trouve très inquiétant,
pour les générations futures qui seront amenées à la supporter, de la laisser
grossir sans envisager, dès maintenant, les moyens d’y faire face. La question
de l’augmentation des prélèvements obligatoires, et notamment de la CRDS, me
paraît devoir désormais se poser.
Quoi qu’il en soit, la commission des affaires
sociales du Sénat se montrera très vigilante sur tous ces points, afin que ceux
qui souffrent déjà de difficultés d’emploi ne soient pas également confrontés à
la dégradation de leur protection sociale. Nous avons notamment demandé au Gouvernement
la tenue prochaine, le 10 novembre au Sénat, d’un débat sur les conditions
dans lesquelles sera organisé le rendez-vous sur les retraites de 2010, promis
par le Président de la République, car l’évolution des comptes de la branche
vieillesse et les perspectives démographiques du régime appellent des réponses
urgentes et constructives pour préserver l’avenir.
Sera-t-il
question de financer ce qui a été prévu dans le cadre de la loi HPST, et notamment de
donner des moyens aux ARS ou à l’éducation thérapeutique ?
La commission des affaires sociales du Sénat s’est
beaucoup investie, au printemps dernier, dans l’élaboration de la loi HPST à laquelle elle
a consacré plusieurs mois de travail et apporté de très nombreuses
améliorations. C’est dire l’attention avec laquelle elle suivra sa mise en
œuvre.
Pour ce qui concerne les ARS, le Sénat avait bien
accueilli la création de cette nouvelle structure, dès lors qu’elle permettra
de décloisonner les différents aspects des politiques de santé : soins
ambulatoires, gestion hospitalière, secteur médico-social. On peut légitimement
en attendre des améliorations dans le parcours de soins et la conduite des
regroupements nécessaires au plus près du terrain.
L’article 34 du projet de loi de financement prévoit
que les régimes d’assurance maladie contribueront au financement des ARS,
contribution qu’annonçait déjà l’article 118 de la loi HPST elle-même. Cette
participation est double : une contribution exceptionnelle aux frais
d’installation des agences, pour lesquelles des préfigurateurs ont été
récemment nommés en Conseil des ministres ; une seconde contribution,
pérenne celle-ci, pour abonder l’enveloppe de fonctionnement des ARS, et
notamment couvrir les frais de rémunération des personnels qui leur seront transférés.
Compte tenu des incertitudes qui demeurent sur les paramètres à retenir pour
déterminer le montant de cette contribution, son montant sera, pour cette toute
première année, fixé ultérieurement par arrêté interministériel mais son
principe est bien acté.
Pour ce qui concerne l’éducation thérapeutique, le
projet de loi de financement n’en fait pas mention, et c’est normal car,
conformément à la loi organique du 2 août 2005, ce type de texte ne peut
contenir que des mesures affectant de façon significative les comptes sociaux.
Cette question relève plutôt de la future loi de santé publique.
Il est
question de discuter une nouvelle loi de santé publique dans les prochains
mois ; que jugez-vous important d’y faire figurer ?
La présentation d’une nouvelle loi de santé publique
n’est pas seulement hypothétique : c’est une obligation figurant dans la
loi précédente de 2004 qui annonçait qu’elle devra être réévaluée tous les cinq
ans. Le dépôt de ce texte devrait donc être imminent.
Par nature, ce projet de loi pourra couvrir
l’ensemble des questions de santé publique. J’y vois notamment l’intérêt de
faire le point sur les moyens de lutter plus efficacement contre les
différentes pathologies qui se développent dans notre société : le cancer,
toutes les formes de diabète dont la prévalence ne cesse d’augmenter, les
troubles du comportement alimentaire, comme l’anorexie ou l’obésité, les
addictions à l’alcool, au tabac ou aux drogues, la politique de vaccination qui
suscite, tout particulièrement en ce moment, des polémiques et des débats et,
plus largement, nous devrons réfléchir aux mesures de prévention à engager,
notamment à destination des jeunes, pour protéger les bien portants
d’aujourd’hui et les contributeurs de demain.
J’ajoute qu’il me semble tout aussi important
d’élaborer un projet de loi de santé mentale car la psychiatrie me paraît être
le parent pauvre de notre politique de santé publique et qu’elle mérite qu’on
s’en préoccupe davantage.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Enseignante de formation, Muguette Dini est sénatrice depuis 2004, affiliée au groupe de l'Union centriste. Elle a été élue Présidente de la Commission des Affaires sociales en juillet 2009, prenant la succession de Nicolas About. Elle est également depuis plusieurs années membre de la Mission d'Evaluation et de Contrôle de la Sécurité sociale (MECSS) du Sénat mais aussi de la Mission commune d'information sur la prise en charge de la dépendance et de la création d'un cinquième risque.
PLFSS 2010 : « Il va falloir une nouvelle fois trouver des solutions pour limiter les dépenses et augmenter les recettes »
Entretien avec Jean-Marie Rolland, Député membre de la Commission des Affaires sociales et rapporteur de la Loi HPST - Le 1/10/2009
Dans le contexte actuel
de crise, quelles sont pour vous les orientations à donner au PLFSS à
venir ?
Il va manifestement s’agir d’un PLFSS intermédiaire dans une situation de
crise économique qui a largement diminué les recettes. Il va tout de même
falloir une nouvelle fois trouver des solutions pour limiter les dépenses, même
si elles n’ont pas explosées en 2009, et augmenter les recettes.
Sera-t-il question de
financer ce qui a été prévu dans le cadre de la Loi HPST, dont vous avez été le rapporteur, et notamment
donner des moyens aux ARS ?
Cela va être le dernier PLFSS avant la mise en place des ARS mais ce
n’est pas celui-ci qui abordera la question de leur financement. Par contre,
cela sera traité dans le PLFSS 2011 qui devrait être du coup particulièrement
intéressant.
En attendant, les préfigurateurs viennent d’être nommés et ils auront à
s’occuper de nombreux dossiers, dont celui des schémas régionaux d’organisation
sanitaire (SROS) par exemple. Leur mise en place s’annonce cependant très
compliquée. Mais, au prix d’un effort collectif, il devrait déjà être possible de publier
l’ensemble des décrets d’application pour la fin du premier trimestre 2010,
ainsi que l’a annoncé la Ministre de la Santé. Je rendrais pour ma part mon rapport sur
l’application de la Loi HPST
en janvier prochain.
Il est question de
discuter une nouvelle Loi de Santé publique dans les prochains mois ; que
jugez-vous important d’y faire figurer ?
Il était en effet prévu qu’une
Loi de Santé Publique intervienne dans les 5 ans suivant la précédente (en 2004 – NDLR). Et la Loi HPST n’a abordé que
de manière circonstancielle le champ de la santé publique dans son titre III, à
travers notamment les questions d’alcool chez les jeunes ou d’obésité. Cependant,
au vu du calendrier parlementaire surchargé, cela sera techniquement impossible. Il sera même difficile d’entamer les discussions sur ce texte avant le
deuxième semestre 2010, et probablement au prix de nouvelles sessions
extraordinaires.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Jean-Marie Rolland est député de l’Yonne dont il est également le Président
du Conseil général. Médecin généraliste, il est membre de la Commission des affaires
sociales de l’Assemblée nationale et a notamment été
rapporteur pour la Loi Hôpital Patients
Santé et Territoires adoptée en juillet 2009 et sur la partie santé des Projets
de Lois de Finances pour 2008 et 2009.
Grippe A H1N1 : « Il est logique d'essayer d'arrêter et de limiter cette pandémie si on a un vaccin efficace »
Entretien avec le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'Institut de Microbiologie et Maladies Infectieuses - Le 1/9/2009
Faut-il réellement craindre une pandémie en France s’agissant de la grippe A H1N1 alors que
certains experts en minimisent la portée ?
On s'attend à une pandémie au
Nord durant l'automne 2009. Le niveau de cette pandémie est encore très
difficile à chiffrer. Le virus H1N1 n'est pas très virulent et il devrait donc
s’agir d'une grippe, somme toute, assez banale. Mais il est particulier par sa
grande contagiosité, ce qui laisse supposer un risque de vraie pandémie en
France. Il est donc logique d'essayer d'arrêter et de limiter cette pandémie,
si on a un vaccin efficace, suffisamment tôt.
A l'heure actuelle le virus n'est
pas grave, il n'y pas de raison qu'il mute et devienne dangereux. C’est un
risque de désorganisation plus sociétale que médicale qui est surtout possible durant
l'automne voire l’hiver. Mais, si le gouvernement actuel ne prenait pas
l'ensemble des mesures qui sont en train d'être discutées, on lui reprocherait
d'être inactif. Beaucoup de choses sont encore inconnues, y compris par les
meilleurs experts. Le risque de pandémie est bien là, sans oublier qu’il existe
des formes graves du virus H1N1 qui sont – pour le moment - peu fréquentes.
Qu’en est-il de la fourniture de vaccins ? Seront-ils prêts à
temps et seront-ils sûrs ?
Le vaccin actuellement en cours
de préparation est dirigé contre le virus H1N1 qui est isolé, tant au Nord
qu'au Sud. Et comme je le disais, ce virus n'a, pour l'instant, pas muté. Les
premiers essais vaccinaux avec le vaccin anti H1N1 ont débuté aux Etats-Unis et
Europe, il y a 15 jours. Nous attendons les premiers résultats de tolérance et
d'immunogénéicité (capacité à induire une réponse immunitaire) pour fin
septembre. Par contre, beaucoup de tests vaccinaux avaient été réalisés par les
mêmes compagnies avec le vaccin H5N1, avec une bonne tolérance. Et nous avons
déjà beaucoup de recul avec le vaccin antigrippal classique.
D'ici mi-octobre, on peut
considérer qu'il y aura des résultats chez quelques milliers de volontaires,
avec les différents types de vaccins. Les vaccins contre le virus H1N1 ne
seront disponibles en large quantité qu'à partir de fin octobre, début
novembre. Les recommandations françaises sur qui vacciner en priorité font
l'objet d'une réflexion actuelle par un groupe d'experts, et devraient être
présentées dans la première quinzaine de septembre par la ministre de la Santé.
Selon vous, la stratégie de vaccination qu’envisage le
Gouvernement français sera-t-elle vraiment efficace ? Quelles devraient en être
les orientations ?
Pour l'instant, aucune décision
n'a été prise sur une vaccination de masse. Il serait illusoire de penser qu'en
vaccinant, par exemple, la majorité d'un pays, on serait protégé contre la grippe H1N1, car les
échanges entre les différents pays ne vont pas s'arrêter du jour au lendemain,
et le virus continuera à passer à travers les frontières, si la politique n'est
pas la même d'un pays à un autre.
Les inconvénients d'une
vaccination de masse résident dans le fait que le vaccin est une « forme de
médicament », et comme tout médicament, sur une large population, il y aura des
effets secondaires. La décision va donc être difficile à prendre, c'est ce
qu'on appelle en médecine « évaluer le bénéfice/risque ». Cela oppose dans une
certaine mesure l'intérêt de santé public au sein d'une population et le
problème individuel.
Jean-François
Delfraissy est chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital du
Kremlin-Bicêtre et dirige l'Institut de Microbiologie et Maladies Infectieuses
à l’INSERM. Il est également Directeur de l’Agence Nationale de Recherche sur
le Sida et les hépatites virales (ANRS) depuis juillet 2005. Depuis début mai,
à son initiative, plusieurs équipes de recherche pluridisciplinaires se sont
réunies pour organiser les différents thèmes de recherche sur la nouvelle grippe
A et essayer de répondre aux nombreuses questions qui restent posées sur la
progression de l'épidémie, les cas graves, les vaccins, les tests rapides ou
encore les risques de résistance.