" Nextep est un cabinet de conseil en stratégie
spécialisé dans les problématiques de santé. "
   
 
  > Accueil > Opinion Santé
 

Opinion Santé

<
« Le modèle économique de la répartition s?est construit autour des missions de service public »Entretien avec le Emmanuel Déchin, ...2013 sera l?année de la « preuve concrète » pour l?accès au marché des médicamentsEntretien avec le Pr. Félix Lobo, ...« Le CODEEM est le signe de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique »Entretien ...« L?efficacité d?un médicament, ce n?est pas la même chose que son utilité ! »Entretien avec le Pr Bernard Bégaud, ...« Proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne »Entretien avec Alain-Michel Ceretti, conseiller Droits des malades ...« L?hôpital n?est ni une entreprise ni une administration »Entretien avec Christophe Gautier, président du Syndicat des Managers Publics de ...?Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats?Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating ...Médecine : Les priorités pour le prochain quinquennatEntretien avec le Dr Michel Chassang, président de la CSMF
>

« Le modèle économique de la répartition s’est construit autour des missions de service public »<br><br>Entretien avec le Emmanuel Déchin, Secrétaire général de la Chambre Syndicale de la Répartition Pharmaceutique (CSRP)
« Le modèle économique de la répartition s’est construit autour des missions de service public »

Entretien avec le Emmanuel Déchin, Secrétaire général de la Chambre Syndicale de la Répartition Pharmaceutique (CSRP) - Le 4/2/2013

Nextep : Quelle est la situation aujourd’hui de la répartition pharmaceutique et quelles en sont les raisons ?

Depuis 2002, nos ressources n’ont cessé de diminuer. Nous avons perdu 20 % d’entre elles en 10 ans, dont 12% sur les 5 dernières années. A la fin 2012, nos ressources seront inférieures à ce qu'elles étaient en 2002. Et je ne tiens pas compte de l’effet de l’inflation sur la période. C’est une tendance extrêmement lourde. Nous avons pu compenser cette diminution de ressources continue par des efforts de productivité très importants et puis, et les grossistes répartiteurs en sont conscients et le regrettent, par une révision des conditions commerciales. Malheureusement, si on regarde les perspectives, on ne voit pas de facteurs qui soient susceptibles d’inverser la tendance. Cela signifie qu’à l’horizon 2014-2015, le secteur dans son ensemble sera passé sous son seuil de rentabilité. Sur son cœur de métier, à savoir la répartition des médicaments remboursables dans le cadre des missions de service public, la profession sera à très court terme, en pertes.


Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation :

- les mesures de régulation directes que sont les baisses de marges que nous avons subies régulièrement depuis 10 ans (il y en a eu en 2008 et en 2012) et les baisses de prix. Au même titre que les pharmaciens et que les industriels, nous avons également été touchés par les baisses de prix des médicaments.

- le niveau particulièrement élevé des ventes directes. Nous sommes une industrie de flux, c’est-à-dire qu’il nous faut un minimum de flux pour que l’activité soit économiquement viable. Il est clair qu’aujourd’hui quand une boîte sur trois ne passe plus par la répartition, c’est problématique !

- le développement des génériques, que nous avons particulièrement ressenti cet été, avec la mesure tiers-payant contre générique qui a très fortement impacté à la hausse les ventes de génériques. Pour nous le générique, c’est la triple peine : moins de chiffre d’affaires, moins de marge et moins de volume car 40% des génériques passent en vente directe.

La baisse de marge de 2012, c’est 85 millions d’€ de manque à gagner. Nous avions anticipé, il y a un an 60 millions d’€, mais l’évolution du marché et l’explosion du générique ont accentué la dégradation. En prenant des hypothèses tout à fait réalistes je pense, qu’on devrait en perdre à nouveau 75 millions d’€ sur 2013-2014.

 

Nextep : Quelles sont les mesures que vous appelez de vos vœux ?

A ce stade, nous n’avons pas encore de proposition aboutie. Nous devons d’abord faire un travail de pédagogie pour que les ministres comprennent et mesurent l’urgence de la situation. Nous allons donc les rencontrer pour leur décrire en détails comment on en est arrivé là et quelles conséquences pour notre activité. Nous avons toutefois deux pistes de réflexion.

La première concerne le générique : aujourd’hui de rémunération est identique, qu'il s'agisse de princeps ou de génériques. Or, il faut bien comprendre qu'il s'agit de deux marchés distincts. Nous n'avons aucun état d'âme à accompagner le développement du générique mais nous ne pouvons pas accepter de distribuer chaque boîte de générique à perte. Il faut donc qu’on réfléchisse à un système de rémunération qui intègre une compensation du manque à gagner sur le générique. C’est un premier point et c’est certainement le point le plus urgent.

Le deuxième point porte sur la mise en place d’un mécanisme de stabilisation de nos ressources. Aujourd’hui, il faut bien que les pouvoirs publics comprennent qu’ils ont créé le statut du grossiste répartiteur pour maîtriser le pilotage de la distribution du médicament, pour garantir le bon approvisionnement des officines et, in fine, l’accès des patients au traitement. Le modèle économique de la répartition s’est construit autour de ces missions de service public. Par conséquent, il faut que les deux soient en phase, il faut que le niveau de nos ressources ne soit pas en décalage avec nos missions sinon le système devient complètement incohérent et déséquilibré. Il faut donc rechercher des pistes du côté de la stabilisation de nos ressources, il y a certainement des moyens à explorer, nous allons y travailler au sein de la chambre et ensuite en discuter avec les pouvoirs publics.

 

Nextep : Voyez-vous des possibilités d’action conjointe avec les pharmaciens d’officine qui connaissent eux-aussi des difficultés économiques ?

Ce qui est évident c’est que nous partageons une communauté d’intérêt économique. Nous sommes dans le même système économique. Au-delà des initiatives que nous pouvons prendre ensemble, il y a certainement des comportements à éviter et qui consistent à s’affronter de manière brutale et systématique dès qu’on a un point de divergence.

Aujourd’hui, je pense qu’on doit expliquer à nos amis pharmaciens de manière précise et détaillée comment notre situation économique se dégrade, à quel point elle est dégradée et pourquoi. Il ne faut pas oublier le service que la répartition apporte chaque jour aux pharmaciens. Début 2011, une enquête avait été réalisée auprès des pharmaciens et il en ressortait des éléments extrêmement clairs sur l’intérêt que l’on présentait pour les officinaux. Interrogés sur le canal qui selon eux était le plus à même de garantir une mise à disposition optimale des produits aux patients, à 91 % des pharmaciens d’officine répondaient la répartition pharmaceutique. Pourriez-vous uniquement vous approvisionner auprès des grossistes répartiteurs, à 70 % oui. Pourriez-vous uniquement vous approvisionner en direct auprès des laboratoires, à 89 % non.

Autre sujet qui n’est pas souvent évoqué, mais est très important : l'aide apportée par le répartiteur quand le pharmacien est confronté à des problèmes de trésorerie. C'est d'abord le répartiteur qui aménage les conditions de paiement pour aider le pharmacien à franchir cette mauvaise passe. Dans ce contexte-là, nous avons beaucoup de points de convergence avec les pharmaciens.

 

Propos recueillis par Guillaume Sublet

 


Titulaire d’une maîtrise en droit public de l’Université Panthéon-Assas et diplômé de l’Ecole du Commissariat de la Marine, Emmanuel Dechin a notamment été DRH puis Responsable de la communication corporate chez L'Oreal. Il est depuis 2006 secrétaire général de la Chambre Syndicale de la Répartition Pharmaceutique (CSRP), organisation professionnelle patronale des entreprises de la répartition pharmaceutique.

2013 sera l’année de la « preuve concrète » pour l’accès au marché des médicaments<br><br>Entretien avec le Pr. Félix Lobo, Directeur du Département d’économie de la santé et de médecine de l’Université Carlos III de Madrid
2013 sera l’année de la « preuve concrète » pour l’accès au marché des médicaments

Entretien avec le Pr. Félix Lobo, Directeur du Département d’économie de la santé et de médecine de l’Université Carlos III de Madrid - Le 2/1/2013

Nextep : Si l’on revient sur 2012, quelles sont les principales problématiques à retenir s’agissant du secteur de la santé en Europe ?

2012 a indéniablement été une année charge pour le secteur de la santé, avec de nombreux changements. La crise économique a frappé durement l’ensemble de l’industrie pharmaceutique et biotechnologique. On retrouve dans la plupart des pays les affres des plans de restriction budgétaire, des évolutions des politiques de santé ainsi que le développement de la concurrence par les biosimilaires et les génériques mais aussi de la pression croissante sur les prix.

Et le redressement ne semble pas se profiler dans un futur proche. Notamment, les pays de l’Est et du Sud de l’Europe vont encore devoir affronter des périodes très dures. En Espagne, le Président de la firme catalane Grifols a parfaitement résumé la situation lors d’un récent meeting : il a ainsi déclaré que plutôt que d’investir à Madrid, il ferait mieux de le faire à Gibraltar, qui ne dépend pas d’un gouvernement central qui non seulement fixe les prix mais ensuite ne paye pas. Il y a encore beaucoup à faire en Espagne afin de résoudre les problèmes liés au système de santé et le dernier décret royal laisse encore beaucoup de choses sujettes à interprétation. Cependant, on peut dire que la voie est désormais ouverte pour davantage d’évaluations économiques dans les mécanismes de prix et de remboursement. Comme toujours, le diable sera dans les détails et, en Espagne (tout particulièrement lorsque l’on considère la forte décentralisation) comme dans beaucoup d’autres pays, cela dépendra de la manière dont les mesures seront mises en œuvre en pratique.

En 2012, nous avons également eu un bon aperçu de ce que peut être la méthodologie de l’IQWIG en Allemagne. Mais, nous n’avons pas vu jusqu'à présent ce que les conclusions des évaluations économiques produiront en cas de désaccord sur les négociations de prix.

La France est également en train de renforcer les obstacles à la mise sur le marché et, là également, le train de la médico-économie – quoi qu’il advienne en pratique – est désormais en marche.

En revanche, je me demande si quelqu’un au Royaume-Uni comprend actuellement ce qui est train de s’y passer. De nombreuses discussions ont été entamées concernant le « value based pricing » et les méthodes d’évaluation des médicaments orphelins mais il semble y avoir beaucoup de flou autour de ces questions.


Quels types d’enjeux identifiez-vous pour l’accès au marché des médicaments en 2013 ?

Le référencement des prix à l’international reste une problématique récurrente ; de nombreuses firmes essayant de la résoudre en améliorant leurs capacités et en mettant en place de meilleurs outils analytiques. De même, le développement d’accords de partage de risque (risk-sharing) devrait se poursuivre en 2013.

2012 aura indéniablement été l’année du terme « market access ». Mais j’ai le sentiment qu’en 2013, ce sera celui de « preuve concrète » (“real world evidence”). En effet, de plus en plus d’acteurs réalisent que les données complémentaires en vie réelle nécessitent d’être révélées et que l’évaluation d’un nouveau médicament ne s’arrête pas à son lancement mais devrait plutôt commencer à ce stade. Beaucoup de grandes firmes ont ainsi commencé à se préparer à rentrer dans cette voie. A priori, il reste beaucoup d’aspects techniques et méthodologiques à régler mais je suis convaincu que c’est un sujet dont nous entendrons de plus en plus parler à l’avenir.

Par ailleurs, je ne sais pas encore précisément comment, mais je suis persuadé que la clé du succès dans ce domaine viendra de l’internet et des technologies de l’information. Pour avoir suivi différentes études observationnelles, je peux dire à quel point la manière dont la mise en place et la réalisation de la collecte de données est dépassée et la façon dont la technologie moderne peut permettre d’innover, pour aller vers une pratique bien plus efficiente et rapide. Je pense que certains réseaux de patients en ligne, par exemple pour les maladies rares (comme www.patientslikeme.com) sont dans la bonne voie et qu’ils ont même une longueur d'avance. Il y a aussi des chercheurs qui, je l’espère, vont aider à surmonter les potentielles limites méthodologiques, telles que les bais dans la sélection, et à analyser la validité des données.

A coup sûr, ce sera un enjeu crucial pour 2013… en espérant que tous les acteurs, y compris les gouvernements, en seront également convaincus.

 

Propos recueillis par Guillaume Sublet


Félix Lobo est professeur au Département d’économie de l’Université Carlos III de Madrid, où il dirige le séminaire d’études sociales sur la santé et les médicaments. Il a été auparavant Directeur général en charge des médicaments et dispositifs médicaments au Ministère de la Santé espagnol. Il est également conseiller pour des organisations internationales telles que l’ONUDI, l’OMS, la PAHO (Organisation panaméricaine de la santé), World Bank et l’Union européenne et membre du Panel d’experts de l’OMS sur les politiques du médicament.

« Le CODEEM est le signe de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique »<br><br>Entretien avec Yves Medina, Président du Comité de Déontovigilance des Entreprises du Médicament (CODEEM)
« Le CODEEM est le signe de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique »

Entretien avec Yves Medina, Président du Comité de Déontovigilance des Entreprises du Médicament (CODEEM) - Le 4/12/2012

Nextep : Quels sont les grands principes qui ont conduit à la mise en place du CODEEM par les représentants de l’industrie pharmaceutique ? Yves Medina : Ce qui est intéressant avec la mise en place de cet outil, c’est que c’est la profession elle-même qui fait le pari de l’autorégulation. L’idée est de voir ce qu’il est possible de faire au plan déontologique sans le recours à la Loi ou au décret. Ainsi, le CODEEM est-il véritablement le symbole de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique. Certes, l’affaire Servier a accéléré les choses mais il faut reconnaître que la réflexion avait commencé bien avant.

Par ailleurs, l’indépendance indispensable du CODEEM est garantie par le fait que ses membres, soumis à déclarations d’intérêts, sont désignés pour une durée de trois ans renouvelable, mais que leur mandat n’est pas révocable. Il faut également rappeler qu’il y a seulement 3 représentants de l’industrie sur les 11 membres du Comité ; ils sont donc largement minoritaires au sein de cette instance tripartite. Et que le CODEEM bénéfice d’un budget important lui permettant d’être autonome par rapport à l’institution.

Tout cela constitue un véritable gage d’impartialité. Il s’agit là d'un dispositif tout à fait original et je ne connais pas de structure analogue dans les autres organisations professionnelles


Quels sont les principaux objectifs et missions du CODEEM ?

Le CODEEM est prévu dans les statuts du LEEM. Il est envisagé comme un outil d’accompagnement et de promotion des bonnes pratiques comportementales des laboratoires. Il est chargé parallèlement d’une mission de sanction et de médiation en cas de manquements. La priorité est ainsi donnée au respect et à la promotion des règles de bon comportement.

L’autre mission majeure du Comité est d’adresser des recommandations au Conseil d’administration du LEEM, pour qu’il les entérine et fasse ainsi évoluer certaines dispositions ou qu'il en adopte de nouvelles. A l’image par exemple de la Cour des comptes, nous adressons dans un premier temps au Conseil d’administration du Leem une proposition de recommandation provisoire puis, compte tenu des commentaires et des observations en retour des administrateurs, nous adoptons dans un deuxième temps une recommandation définitive qui est rendue publique. Le Conseil d’Administration du LEEM prend alors ses responsabilités en décidant d’adopter ou non la règle proposée


Est-ce que le CODEEM a déjà eu à intervenir depuis son installation ?


Nous sommes effectivement intervenus suite à la décision de fermeture d’un laboratoire par l’AFSSAPS (désormais ANSM) et nous avons, à partir de ce cas, recommandé une suspension automatique de tout adhérent qui se trouverait dans cette situation. Le Conseil d’administration a adopté cette recommandation et a même fait rajouter ce point dans les statuts de l’organisation professionnelle. Il s’agit par contre d’une suspension temporaire, le temps que le litige soit jugé, car nous n’avons naturellement pas à nous immiscer dans une procédure administrative ou judiciaire. Notre action relève de l’action disciplinaire.


Quelles sont les principales problématiques sur lesquelles vous avez commencé à travailler ?

Nous travaillons actuellement sur la dimension déontologique de l’information médicale qui paraît dans la presse spécialisée. Il s’agit de s’assurer que c’est une information fiable et pas par exemple de la promotion déguisée.

Il y aura également très prochainement la publication d’une recommandation sur les congrès et l’hospitalité offerte aux participants. Nous devrions aller vers une hospitalité - c’est à dire l’invitation gratuite des professionnels de santé - qui soit à minima, un renforcement du caractère véritablement scientifique de ces congrès et la volonté d’éviter les aspects festifs et touristiques qui ont parfois cours lors de ces congrès. La recommandation devrait également inviter le Leem à une rencontre avec les autres acteurs (c’est-à-dire les organisateurs de congrès et les sociétés savantes), afin de repenser certaines modalités techniques et comptables d’organisation des congrès. Il faut reconnaître que ce mouvement est déjà assez largement engagé par le secteur mais notre intervention devrait conduire à renforcer encore plus les exigences en la matière.

Nous avons également la volonté de mettre en place un véritable système de déontovigilance. En effet, pour assurer une fonction de veille sur les pratiques et les dérives collectives, il est nécessaire de réfléchir à un dispositif organisé. Cela peut apparaître assez compliqué techniquement et requiert que les professionnels de santé et associations de patients soient dans la boucle et participent à la réflexion. Mais nous sommes en train de faire un benchmark sur ce type de dispositif à l’étranger et avons la volonté d’aboutir dès 2013.

Actuellement, nous disposons d’un recueil de dispositions déontologiques professionnelles (DDP) qui portent sur plusieurs sujets importants (VM, information sur Internet, relations avec les médecins…). Ce qui nous manque, c’est une réflexion globale sur les grands principes éthiques du secteur qui se traduirait par l’établissement d’une sorte de « plate-forme éthique commune ». Cela devrait permettre d’abord de faciliter nos missions car pour sanctionner ou faire une médiation, il vaut mieux pouvoir s’appuyer sur une telle base doctrinale. Et, vis à vis de l’extérieur, cela aurait vocation à devenir une véritable charte des valeurs des entreprises du secteur.

Nous avons aussi lancé une enquête sur ces DDP, qui fait ressortir que ce recueil est connu des laboratoires mais qu’il reste peu utilisé. Notamment, les petites structures, qui représentent plus des deux tiers des membres du LEEM, n’ont pas vraiment les moyens humains et financiers de faire un suivi précis de ces dispositions et de prévoir des procédures internes spécifiques. Une des missions du CODEEM sera de les aider et c’est pourquoi nous allons mettre en place un programme d’information et de soutien déontologique aux PME du secteur.

Sur la transparence des liens, la Loi a déjà fait beaucoup, même si l’on est toujours en attente de la publication des textes d’application du fameux Sunshine Act (notamment sur la question des seuils et des modalités de déclarations). C’est donc déjà bien bordé. La situation est plus nouvelle s’agissant de la VM collective et nous pourrions réfléchir aux bonnes pratiques à promouvoir dans le cadre de cet exercice. En 2013, il serait vraiment intéressant de travailler également sur les relations des laboratoires avec les associations de patients. Cela fera partie des premières demandes que le CODEEM adressera à Hervé Gisserot, nouveau Président du LEEM.

Au total, la première année du CODEEM aura été un peu difficile car nous étions en  période d’apprentissage de nouvelles procédures et de rodage. Nous entrons maintenant dans l’année de la maturité.


  Propos recueillis par Guillaume Sublet





Yves Medina est Conseiller-maître honoraire à la Cour des comptes. Diplômé de HEC, de Sciences-Po et de l’ENA, il a participé de 1977 à 1981 aux cabinets de Simone Veil à la Santé (conseiller technique santé) et de Monique Pelletier à la Famille (directeur de cabinet). De février 1999 à novembre 2010, il a été associé du cabinet PricewaterhouseCoopers, en charge des questions d’éthique professionnelle, de RSE et de gouvernance d’entreprise. Il a été vice-président fondateur de l’Observatoire sur la Responsabilité sociétale des entreprises (ORSE) créé en 2000 et est l’auteur de l’ouvrage « La déontologie : ce qui va changer dans l’entreprise » (2003). En 2010, il est nommé par le Premier Ministre membre de la Commission de déontologie de l’Etat et, dernièrement, de la Commission pour la transparence financière de la vie politique. Il est également Président à la Cour Nationale du Droit d’Asile et Président du Cercle d’éthique des affaires. Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE

« L’efficacité d’un médicament, ce n’est pas la même chose que son utilité ! »<br><br>Entretien avec le Pr Bernard Bégaud, pharmaco-épidémiologiste, Inserm-Université de Bordeaux
« L’efficacité d’un médicament, ce n’est pas la même chose que son utilité ! »

Entretien avec le Pr Bernard Bégaud, pharmaco-épidémiologiste, Inserm-Université de Bordeaux - Le 2/10/2012

Nextep : Que vous inspire le nouvel ouvrage des professeurs Even et Debré : le "Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux" ?

Bernard Bégaud : Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes du médicament, de la santé publique ou de la pharmaco-épidémiologie, mais ils ont une certaine légitimité à s’exprimer. Pour autant, on sent quelques lacunes à la lecture du livre. Il reprend d’ailleurs des idées développées depuis longtemps – non sans raison – par Philippe Even : les médicaments ont des AMM trop permissives, on n’étudie pas assez leur rapport bénéfices/risques... Mais il y a dans leur analyse un gros biais : l’efficacité d’un médicament, ce n’est pas la même chose que son utilité ! C’est là un débat très important, qui suscite souvent des réactions ultra-violentes...


Nextep : Quelle est justement cette distinction entre efficacité et utilité d’un médicament ?


Bernard Bégaud : Même si un médicament n’est pas doté d’une efficacité évidente, démontrée par l’evidence based medicine (la preuve issue des essais cliniques), il peut avoir une certaine utilité. Si ce médicament a une efficacité modeste ou que le patient y croit, ce dernier n’est pas traité par un autre principe actif, certes être plus efficace, mais aussi doté de plus d’effets indésirables et plus coûteux... Prenons l’exemple de l’Euphytose, cet extrait de plantes très utilisé contre l’anxiété ou les troubles du sommeil légers : il a été déremboursé en 2005. Une bonne part des patients sous Euphytose sont alors passés aux benzodiazépines, beaucoup plus chères et avec de nombreux effets secondaires... Ni la santé publique ni l’assurance maladie n’y ont gagné ! Au final, une ânerie monumentale...

Nextep : Que pensez-vous des montants d’économies avancés ?


Bernard Bégaud : Les auteurs nous disent : « on va économiser 10 milliards d’euros en déremboursant les médicaments inutiles ». Mais si on les dérembourse, cela revient à les tuer – parce que le patient n’y croit plus. Et si l’on supprime ces médicaments, dont certains sont très prescrits, les patients qui les prenaient vont très souvent, nous l’avons vu, se voir prescrire d’autres molécules – souvent plus efficaces, mais aussi plus dangereuses et plus chères. C’est pourquoi l’analyse doit être macro-économique : quelles vont être les conséquences sanitaires et économiques de la suppression d’un ou plusieurs médicaments ?


Nextep : Pensez-vous qu’il y ait réellement trop de médicaments sur le marché ?
Bernard Bégaud : Sur les 4500 principes actifs de notre pharmacopée, on pourrait facilement en enlever la moitié sans conséquences thérapeutiques. Le Royaume-Uni ou les pays du nord, par exemple, ont une pharmacopée beaucoup plus réduite que nous. L’idéal serait d’avoir 1000 à 1200 médicaments sur le marché, reconnus efficaces ou utiles et peu dangereux. Même un médecin très bon, avec une patientèle très variée, ne peut prescrire et connaître plus de quelques centaines de médicaments ! Mais si l’on voulait supprimer beaucoup de médicaments, il faudrait le faire avec intelligence et progressivement – sinon les effets pourraient être catastrophiques, les gens se précipitant sur des alternatives aussi dangereuses sinon pires...

Un autre message important : les médicaments « sacralisés », parce que reconnus efficaces, sont-ils bien utilisés ? N’y a-t-il pas un gaspillage énorme, supérieur à celui généré par les médicaments « sans efficacité » ? La France est très pauvre en études sur l’usage des médicaments. Si la moitié des gens traités pour dépression, par exemple, arrêtent leur traitement beaucoup trop tôt, c’est inefficace mais aussi dangereux – avec un risque vital – et bien plus cher, car les rechutes seront itératives. Le grand défi concerne ces « grands médicaments efficaces », souvent très chers et parfois risqués. Toute prescription inadéquate, tout traitement prolongé indûment ou arrêté trop tôt génèrent des impacts médico-économiques énormes. Mais personne n’en parle...


                                                           Propos recueillis par Guillaume Sublet




Bernard Bégaud (PU-PH) est professeur de Pharmacologie à l'Université de Bordeaux. Il a dirigé le Département Hospitalo-Universitaire de Pharmacologie de Bordeaux de 1995 à 2003 et a été doyen de la Faculté de médecine de Bordeaux de 1997 à 2002. Le Pr Bégaud a ensuite été élu Président de l'Université de Bordeaux2 de 2002 à 2008. Il est à présent Directeur de l'Unité de Recherche INSERM U657 "Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l'impact des produits de santé sur les populations". Il est aussi Président du Département du transfert de la recherche et des finances de l'Université de Bordeaux.

« Proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne »<br><br>Entretien avec Alain-Michel Ceretti, conseiller Droits des malades au Défenseur des Droits
« Proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne »

Entretien avec Alain-Michel Ceretti, conseiller Droits des malades au Défenseur des Droits - Le 3/9/2012

Nextep : Au vu notamment de votre position de conseiller santé au Défenseur des droits, pensez-vous qu’il serait temps d’élaborer une nouvelle Loi de santé publique et/ou de protection des patients ? Et selon quels grands principes ?

Alain-Michel Ceretti : Le Défenseur des droits, s’attache davantage aux questions liées à la protection des droits des personnes malades qu’aux questions de santé publique à proprement parler. Notre mission est notamment d’informer les personnes sur leurs droits en leur facilitant un certain nombre de démarches qui apparaissent difficiles a priori, que ce soit sur les aspects médico-économiques du soin ou sur les questions autour de l’indemnisation des accidents médicaux.

Ainsi, il y a évidemment du grain à moudre sur l’amélioration des droits individuels de la personne malade. Il serait ainsi bon de toiletter la Loi Kouchner et de la rendre plus effective. J’ai pour ma part remis un rapport l’an dernier au Ministre de la santé[1]. Le Défenseur des droits de son côté a récemment insisté sur la nécessité de revoir certaines modalités du droit d’accès au dossier médical.

Nous menons également une réflexion sur la sécurité des soins. Nous sommes en effet extrêmement sollicités s’agissant d’accidents médicaux, alors que d’après les autorités sanitaires, un accident sur deux apparaît évitable. Le premier droit d’une personne malade n’est-il pas de recevoir des soins appropriés et parfaitement maitrisés ? Pour nous, cette question renvoie aussi à celle de la pertinence de soins. Il s’agit in fine de proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne. Or, trop souvent, les accidents médicaux apparaissent liés à un problème d’organisation dans la chaine de soins. Entre autres, la répétition des actes suscite un risque inutile pour le patient. Mais il faut également voir la dimension médico-économique de la démarche ; l’amélioration de la pertinence des actes doit aboutir à une situation « gagnant-gagnant » pour tout le monde : comptes publics, professionnels de santé et bien entendus personnes malades.

L’action du Défenseur des Droits dans la sphère de la santé, consiste aussi à faciliter le règlement amiable des conflits, et d’éviter les conflits inutiles, en amont comme en aval des soins. Ainsi, dans cette perspective, un protocole d’accord a été signé en juin dernier entre le Défenseur des droits et l’Assurance-maladie afin de faciliter dans le respect des rôles de chacun le règlement amiable des réclamations avec les assurés. Il s’agit de rétablir une relation de confiance avec l’assuré, soit en le rétablissant si besoin est dans ses droits, soit en faisant un travail d’explication et de pédagogie. Que l’administration mette tout en œuvre afin que les réclamations et insatisfactions des usagers soient correctement prises en compte, apparait d’autant plus important pour ceux et celles qui sont actuellement touchés de plein fouet par la crise. Ce travail, participe pour nos concitoyens au renforcement de l’amortisseur social.

La Loi a conféré davantage de pouvoirs au Défenseur des droits que ce dont disposait le Médiateur de la République. Nous en usons en partant du principe que les usagers et l’administration doivent se parler et que nous sommes là pour construire des ponts entre les services publics et nos concitoyens et rétablir le dialogue quand celui-ci est rompu . Il y à ce titre un travail important avec les conseils de l’Ordre des professionnels de santé . Nous travaillons par exemple actuellement sur les médicaments génériques, car nous sommes de plus en plus sollicités sur le sujet « générique contre tiers payant », alors que le médecin prescripteur précise sur l’ordonnance le caractère « non substituable » du médicament en question. Cette disposition peut apparaitre injuste aux yeux des assurés qui se trouvent pénalisés au travers d’une décision purement médicale de leur médecin.


Nextep
: Avez-vous eu des saisines concernant la question du Mediator ? Quel est votre rôle par rapport à celui de l’ONIAM[2] ?

Effectivement, nous avons été sollicités sur ce sujet. En fait, comme souvent, les personnes qui entament des démarches de réclamations s’adressent à de nombreux interlocuteurs (Présidence de la république, Ministre de la santé et donc Défenseur des droits), afin de maximiser leurs chances.

Par rapport à l’ONIAM (Office Nationale d’Indemnisation des accidents Médicaux), dans le cadre de l’affaire Médiator, la loi donnant à l’office la possibilité d’indemniser les victimes avant de se retourner contre le laboratoire, le Défenseur des Droits peut intervenir auprès de cet établissement public s’il est saisi d’une réclamation. La plupart du temps, les personnes ont besoin avant tout d’être informés car, sur ces sujets aussi, la règlementation est complexe. Je rappelle enfin que le Défenseur des Droits n’intervient pas dans le cadre d’un conflit entre personnes privés (laboratoire/patient en l’occurrence). Et qu’il ne prend pas position à la suite d’une décision de justice. Cependant, il est susceptible de pouvoir intervenir auprès de l’institution judiciaire si un disfonctionnement du service public de la justice apparait. Par ailleurs la loi permet au Défenseur des Droits de présenter des observations devant les juridictions civiles, administratives et pénales ; procédure qu’il met en œuvre sur, des sujets d’importance d’une portée particulière.


Nextep : Lors des Assises du médicament, vous avez présidé le groupe de travail sur l’information sur les produits de santé. Que pensez-vous des dispositions relatives à la visite médicale prévues[3] par la Loi relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé dite Loi Bertrand?

Alain-Michel Ceretti : A titre personnel, en tant qu’ancien Président du groupe 4 des assises du médicament et bien entendu en aucun cas sans que cela engage l’institution du Défenseur des Droits,ces dispositions législatives m’apparaissent très insuffisantes. La seule proposition d’une visite médicale (VM) collective en établissements de santé, ne répond pas aux problèmes posés, centrés sur les questions de la promotion du médicament. Il faudrait peut-être commencer par arrêter de baser la rémunération variable des visiteurs médicaux exclusivement sur les volumes des ventes en officines. Pendant les assises, un certain nombre de laboratoires semblaient être prêts à y renoncer, et mettre en place, comme les Américains s’apprêtent à le faire, un observatoire de la VM permettant de disposer d’indicateurs individuels de qualité des visiteurs médicaux. En tout cas, il faut noter que lorsque j’ai proposé un vote à main levée pour une éventuelle suppression de la visite médicale, pas une voix – même parmi les plus réfractaires – ne s’est prononcée en faveur de cette voie. Le sujet de la promotion du médicament, est donc encore loin d’être réglé. 

Enfin, la question cruciale de l’indépendance des experts apparait réellement complexe. On voit par exemple que les Etats-Unis (pays d’origine du « Sunshine Act ») sont en train de marquer le pas car, à vouloir laver plus blanc que blanc, les agences rencontrent des difficultés majeures pour recruter des experts de qualité n'ayant aucun lien d’intérêt avec l’industrie. Pour autant , en France, il faut tenir bon et parvenir à mettre en place un système transparent et intransigeant garantissant l’absence de conflits d’intérêts des experts qui participent à la décision publique en faisant bien la distinction entre conflit et lien d’intérêt. Une bonne mise en œuvre de la loi relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé améliorera certainement la situation antérieure.


                                                                    Propos recueillis par Guillaume Sublet




Chef d’entreprise dans l’industrie électronique depuis 1986, Alain-Michel Ceretti, a créé en 1997 l’association des victimes du Xénopi (affaire de la Clinique du Sport), puis, en mars 1998, l’association Le Lien : Lutte Information Etudes des infections Nosocomiales. En 1999, Le Lien intègre le CISS et Alain-Michel Ceretti devient porte-parole du CISS pendant la période préparatoire au vote de la loi Kouchner des droits des malades du 4 mars 2002. En mars 2006, il se voit confier par le Ministre de la Santé la présidence du dispositif expérimental de médiation et de signalement par les patients des accidents médicaux (Midiss), rattaché à la HAS et qui préfigurera le Pôle santé et Sécurité des Soins du Médiateur de la République. Alain-Michel Ceretti devient alors conseiller santé auprès du Médiateur de la République, devenu Défenseur des droits en 2011.




[1]Rapport sur "le bilan et les propositions de réformes de la loi du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé" (Loi Kouchner) - Alain-Michel Ceretti et Laure Albertini ; remis à l’occasion de l’année du patient.
[2] Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales
[3] Expérimentation d’une visite collective à l’hôpital, pour certains types de produits ; un rapport-bilan devant être rendu au 1er juin 2013

« L’hôpital n’est ni une entreprise ni une administration »<br><br>Entretien avec Christophe Gautier, président du Syndicat des Managers Publics de Santé (SMPS)
« L’hôpital n’est ni une entreprise ni une administration »

Entretien avec Christophe Gautier, président du Syndicat des Managers Publics de Santé (SMPS) - Le 1/8/2012

Nextep: Dans quel état d’esprit prenez-vous la Présidence du SMPS ?

Christophe Gautier : En ce qui me concerne, je souhaite ouvrir une nouvelle page pour notre organisation syndicale. Toute institution est soumise à des cycles de vie. Nous devons nous projeter vers l’avenir. Je n’aurai donc pas de regard critique sur ce qui a été réalisé dans un contexte difficile où il fallait digérer une avalanche de réformes. De plus les pouvoirs publics n’ont toujours respecté la parole donnée.


Nextep :
Quelles vont être les relations avec le nouveau Gouvernement en place ?

Christophe Gautier :
L’indépendance du syndicat est une question primordiale. C’est ce qui fait notre force. Nous avons d’ailleurs vocation à accueillir toutes les sensibilités en tant que syndicat professionnel. Notre unité repose sur nos valeurs, à savoir l’attachement au service public hospitalier. Cela sera un axe prioritaire de mon action. Il faudra notamment revenir sur le contenu de l’article premier de la loi, avec le rattachement des missions de service public à l’hôpital public. Par ailleurs, l’hôpital public doit être résolument moderne et s’adapter aux nouvelles exigences. Pour autant, l’hôpital n’est ni une entreprise, ni une administration.


Nextep : Quel regard portez-vous sur la loi HPST et le rôle joué au quotidien par les ARS ?

Christophe Gautier : Une évaluation, lucide, exigeante et objective, est nécessaire. Le sentiment qui domine exprime un investissement insuffisant des ARS dans le champ de la régulation, des coopérations, de la permanence des soins dans les territoires. En revanche, certaines agences manifestent parfois une ingérence dans la gestion au quotidien de nos établissements. C’est une tendance relevée sur l’ensemble de l’Hexagone. Il nous faut progresser dans le respect des prérogatives des uns et des autres.


Nextep : Sur quels critères souhaiteriez-vous être jugé à l’issue de votre mandat ?

Christophe Gautier :
Il y a des critères objectifs comme le résultat aux prochaines élections professionnelles ou l’évolution du nombre d’adhérents. Nous serons également sensibles, paramètre plus subjectif à l’audience, à la visibilité de notre organisation.


Nextep: Face à la crise économique, comment trouver de nouvelles ressources ?

Christophe Gautier :
Nous appelons à une évolution des modes de financement de l’hôpital public avec l’arrêt de la convergence tarifaire intersectorielle, une meilleure reconnaissance de la valorisation des missions d’intérêt général. Nous n’appelons pas à un abandon de la T2A mais à un rééquilibrage des modèles. Enfin nous refusons la fusion des directeurs des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux (D3S) et des directeurs d’hôpitaux. Ces métiers ont des vocations partagées mais aussi des spécificités qui doivent être valorisées.



Propos recueillis par Guillaume Sublet

“Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats”<br><br>Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations à l’Université d’Oxford
“Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats”

Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations à l’Université d’Oxford - Le 3/7/2012

Nextep : Quels sont, selon vous, la situation et les principaux problèmes concernant l’innovation thérapeutique dans le monde, à l’heure de la crise financière ?

Richard Barker :
Quand on regarde à la santé, il ne faut pas seulement se focaliser sur les deux ou trois prochaines années car les systèmes changent très lentement. Les nouveaux médicaments et l’innovation thérapeutique n’émergent que sur des périodes de 5, 10 voire 15 ans. La tendance globale est que tous les systèmes de santé font aujourd’hui face à la crise économique, ce qui implique d’importantes pressions. Et il s’agit d’un phénomène à long terme.

La pression de la demande, le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques, les attentes croissantes ou encore les évolutions concernant la dépendance sont des changements à la fois fondamentaux et irréversibles. Nous avons donc un problème conséquent avec l’austérité du moment alors que nous avons à faire face à un défi à long terme, même si l’économie commence à repartir un peu.

Alors où en est l’innovation pharmaceutique au regard de cette situation ? Elle peut créer des emplois. Elle peut créer de la croissance économique. Mais seules les innovations qui vont aider à résoudre des problèmes vont pouvoir émerger. Même si elles concernent des affections sérieuses ou des maladies orphelines, elles vont devoir démontrer qu’elles peuvent permettre un parcours de soins plus efficient. Et si cela pose des questions économiques, les producteurs vont devoir batailler pour faire reconnaître leur innovation par les agences telles que le NICE, la HAS ou la procédure AMNOG en Allemagne. Et même, s’ils y parviennent, les systèmes de couverture sociale seront de plus en plus stricts quand t au remboursement des nouveaux produits. C’est pourquoi il sera de plus en plus nécessaire de disposer de données économiques solides en plus d’une démonstration clinique irréfutable.


Nextep :
Voyez-vous des solutions ou un moyen de créer un environnement plus favorable à l’innovation thérapeutique ? Particulièrement, quels devraient être les rôles respectifs des autorités publiques et du secteur privé ?

Richard Barker :
Le secteur privé doit évoluer pour ne plus être simplement un fournisseur de produits mais un véritable partenaire pour les meilleures pratiques de soins possibles. Cela signifie être engage dans la collecte et l’analyse des retours et impliqué dans l’activité de délivrance des soins. En contrepartie, il serait nécessaire d’aligner les incitations afin que ceux qui produisent l’innovation puissent aider ceux qui sont à l’hôpital et, de plus en plus, à domicile dans une démarche qui soit davantage tournée vers un rapport coût-efficacité.

De manière générale, je pense que ni le système public ni les fournisseurs privés ne devraient rester dans la situation actuelle. Ainsi, ils doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats.


Nextep :
Pensez-vous que les partenariats public-privé (PPP) sont des outils à promouvoir dans cette optique ?

Richard Barker:
Pour certains besoins, tels que la lutte contre la résistance aux antibiotiques, nous avons besoin de trouver de nouveaux moyens d’aligner le public et le privé afin d’obtenir une meilleure collaboration. Les PPP peuvent ainsi être une solution, mais il ne faut pas oublier que le secteur privé reste principalement tributaire des incitations économiques.


Nextep :
Quels sont les enjeux majeurs pour la prochaine décennie et la suivante, qui font l’objet de votre livre « 2030 - The Future of Medicine » ?

Richard Barker:Il est nécessaire de réformer fondamentalement les mécanismes de R&D et de régulation. Il est notamment important de passer de procédures d’évaluation lentes et basiques, qui répondent essentiellement à la question « oui ou non » s’agissant de l’approbation de nouveaux produits à davantage de flexibilité, basée sur le « quand et le pourquoi », le « quand » renvoyant au type de patients. C’est ce que nous appelons au Royaume-Uni la médecine stratifiée, plus connue sous le terme personnalisée. Dans ce contexte, il devient crucial d’être en mesure d’identifier ces patients de manière plus précise qu’actuellement. Nous bénéficions aujourd’hui de bien meilleures technologies qu’auparavant. Les différents acteurs doivent donc échanger et partager ensemble non seulement sur ce qui doit être approuvé ou non mais aussi sur ce qui est censé être remboursable pour différentes catégories de la population, en recourant à des outils modernes tels que la génomique ou les biomarqueurs.

En France, il y a eu récemment des scandales qui reposaient sur des comportements humains individuels mais qui ont conduit à une nouvelle couche de régulation pour tout le monde. Je pense que c’est une erreur de construire des lois basées sur des actions criminelles isolées. Il y a un vrai besoin de lancer un débat public sur les bénéfices et les risques mais il faut aussi comprendre que chaque fois qu’une nouvelle régulation est introduite, cela influence la façon dont nous pourrons bénéficier de nouveaux traitements à l’avenir.


Nextep:
Quelle est votre perception de la France sur les questions de R&D et d’attractivité en sciences du vivant, notamment en comparaison du Royaume-Uni ?

Richard Barker:
Les sciences du vivant seront florissantes là où il y aura un engagement sincère entre le système de santé et les producteurs d’innovation. Le Royaume-Uni essaye actuellement d’agir en ce sens. Il s’agit de faire des efforts pour obtenir des relations constructives avec l’industrie innovante. Sur ce point, la France a parfois été meilleure. Par exemple, la capacité à avoir accès aux innovations est bien meilleure et cela s’avère très intéressant.

Globalement, il faut beaucoup plus de dialogue et de compréhension ; et cela peut intervenir dans le cas des PPP précédemment évoqués. Désormais, les producteurs doivent prouver la valeur de leurs nouveaux produits. Mais le système de santé doit aussi démontrer qu’il souhaite réellement améliorer la situation de l’innovation et partager les gains résultant d’un parcours de soins davantage coût-efficace.

Il est difficile de dire si la France est meilleure ou non que le Royaume-Uni mais, ce qui est sûr, c’est que les pays qui auront du succès dans les sciences du vivant seront ceux qui auront un dialogue sincère et productif et qui accepteront un partage des bénéfices entre l’industrie et le secteur public.


Nextep:
Si l’on regarde les Etats-Unis ou des pays émergents comme l’inde ou la Chine, pensez-vous qu’il serait plus approprié d’élever ces problématiques au niveau européen, au-delà des concurrences nationales ?

Richard Barker :
Cela dépend en fait du type d’actions à mener. Certains problèmes, tels que la création de nouvelles définitions pour des maladies ou des produits, devraient être traités au niveau européen. Mais, honnêtement, le pilotage des systèmes de santé reste essentiellement national. L’impact des discussions au niveau européen reste ainsi très limité. Et je n’ai jamais vraiment noté de conséquences réelles des discussions à Bruxelles sur de meilleures façons de gérer les systèmes de et les professionnels de santé. Je pense ainsi que je limiterai la progression de l’intervention européenne au fait de savoir comment la réglementation et l’innovation peuvent créer un environnement plus productif pour l’ensemble de l’économie européenne. Sinon, comme vous le souligniez, les Etats-Unis et de manière croissante la Chine deviendront les seules endroits pour la production d’innovation.

Au Centre pour l’accélération des innovations médicales, nous souhaitons être un acteur clé dans les échanges européens sur les problèmes de productivité d’innovation thérapeutique. Il nous semble important de considérer cette problématique comme sociétale. Il faut créer une innovation durable avec l’ensemble des parties prenantes : économistes, professionnels de santé et bien d’autres nouvelles disciplines ; plutôt que de se limiter à un dialogue entre industrie et régulateur, qui reste important cela dit. Notamment, tout changement significatif doit être politiquement acceptable et cela implique certainement un engagement fort de la part des patients.


Propos recueillis par Guillaume Sublet





Richard Barker a passé la majeure partie de sa carrière dans le domaine de la santé, en tant que dirigeant d’associations telles que le syndicat de l’industrie pharmaceutique britannique (ABPI). Ses champs d’intervention ont couvert les thérapies, diagnostics et informatique, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Il a récemment été désigné comme l’une des 50 personnes les plus influentes sur la santé au Royaume-Uni et conseille ou siège à la direction de plusieurs organismes spécialisés en santé et sciences du vivant. Il est notamment Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations et également Président de Stem Cells for Safer Medicines, un partenariat public-privé qui développe des technologies basées sur les cellules souches pour prédire le profil de sécurité de nouveaux médicaments. Son récent livre sur le future du système de soins ‘2030 - The Future of Medicine: Avoiding a Medical Meltdown’ est publié par Oxford University Press.

Médecine : Les priorités pour le prochain quinquennat<br><br>Entretien avec le Dr Michel Chassang, président de la CSMF
Médecine : Les priorités pour le prochain quinquennat

Entretien avec le Dr Michel Chassang, président de la CSMF - Le 2/5/2012

Nextep : A quelques jours du dénouement des élections présidentielles, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ?

Michel Chassang :
La CSMF travaillera avec le nouveau président et le nouveau gouvernement quels qu’ils soient. Nous tenons à jouer cartes sur table. Le retour de Xavier Bertrand au ministère de la santé en 2010 a certes permis de relancer des dossiers jusque-là bloqués. Il y a notamment eu des avancées importantes en 2011 : le nettoyage de la loi HPST, la réforme de l’ASV, la réforme de la RCP et surtout la signature d’une nouvelle convention médicale.

Dans un contexte économique difficile, nous avons pu éviter la reconduction tacite de la convention et négocier un nouveau texte qui comporte des avancées tarifaires importantes dès le 22 mars. Cette dynamique retrouvée doit se poursuivre. Pour cela, nous avons acté en assemblée générale de quinze propositions à concrétiser dans les 100 premiers jours du nouveau quinquennat.

Quelles seront vos priorités pour le prochain quinquennat ?


Pour conforter la convention médicale et donner des moyens indispensables aux soins de ville, nous réclamons en priorité un rééquilibrage des moyens en faveur des soins de ville, au sein de l’ONDAM notamment, ainsi qu’une prise en compte des transferts entre l’hôpital et la ville. Il est tout particulièrement nécessaire d’individualiser un budget permettant les transferts entre l’hôpital et la ville. Cela concerne les médicaments, les réseaux de soins ou encore la prise en charge des urgences.

Les engagements pris dans la convention médicale 2011 doivent être respectés selon le calendrier prévu : la réforme des consultations cliniques en 2013, la mise en place d’un secteur optionnel… Par ailleurs, la sanctuarisation de la convention médicale qui doit rester nationale est nécessaire. Nous n’excluons pas les déclinaisons régionales mais le système conventionnel ne doit pas être modifié par le Parlement, comme ce fut le cas du secteur optionnel ou encore les stabilisateurs économiques.

Afin de rendre attractive la médecine libérale, nous estimons que plusieurs mesures seront nécessaires telles que la création d’un avantage social maladie et maternité, destiné à ramener le délai de carence de 90 jours à 3 jours avant de percevoir des indemnités journalières par exemple , la mise en place de nouvelles mesures pour aménager la retraite ASV ou encore favoriser la carrière universitaire des médecins libéraux, la poursuite de l’amélioration de la permanence des soins ou encore l’aide aux regroupements…

Nous considérons également que la refonte du dossier médical personnel est nécessaire en considérant que le socle doit en être le volet médical de synthèse. Idem pour l’encadrement strict de l’article 21 de la loi HPST prévoyant la généralisation des expérimentations locales de coopération interprofessionnelle. Nous sommes favorables à la coopération mais en concertation. Aujourd’hui, les expérimentations prévues sont hospitalières non adaptées à l’exercice libéral.

Parmi les autres priorités, nous réclamons sans surprise l’abrogation du volet ambulatoire de la loi HPST, la redéfinition du rôle des complémentaires santé et la réforme de l’hôpital public et privé.




Propos recueillis par Guillaume Sublet


Rechercher une Opinion Santé

Recherche par mot-clé Si vous souhaitez affiner votre recherche


 
 
Actualites
 

Nextep Cabinet de conseil spécialisé dans le secteur de la santé - Paris Lobbying santé - Aide à la négociation auprès des autorités sanitairesEntrée sur le marché des médicaments
Coaching et Business Development
Veille réglementaire médicale et pharmaceutique