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« Le CODEEM est le signe de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique »Entretien ...« L?efficacité d?un médicament, ce n?est pas la même chose que son utilité ! »Entretien avec le Pr Bernard Bégaud, ...« Proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne »Entretien avec Alain-Michel Ceretti, conseiller Droits des malades ...« L?hôpital n?est ni une entreprise ni une administration »Entretien avec Christophe Gautier, président du Syndicat des Managers Publics de ...?Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats?Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating ...Médecine : Les priorités pour le prochain quinquennatEntretien avec le Dr Michel Chassang, président de la CSMFNouvelle convention pharmaceutique : « Une révolution en douceur » Entretien avec Philippe Gaertner, Président de la Fédération des Syndicats ...« Les agences sanitaires se privent aujourd?hui de bénéficier d?une expertise de qualité » Entretien avec le Dr Robert Cohen, ...
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« Le CODEEM est le signe de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique »<br><br>Entretien avec Yves Medina, Président du Comité de Déontovigilance des Entreprises du Médicament (CODEEM)
« Le CODEEM est le signe de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique »

Entretien avec Yves Medina, Président du Comité de Déontovigilance des Entreprises du Médicament (CODEEM) - Le 4/12/2012

Nextep : Quels sont les grands principes qui ont conduit à la mise en place du CODEEM par les représentants de l’industrie pharmaceutique ? Yves Medina : Ce qui est intéressant avec la mise en place de cet outil, c’est que c’est la profession elle-même qui fait le pari de l’autorégulation. L’idée est de voir ce qu’il est possible de faire au plan déontologique sans le recours à la Loi ou au décret. Ainsi, le CODEEM est-il véritablement le symbole de la prise en main par le secteur pharmaceutique de sa responsabilité déontologique. Certes, l’affaire Servier a accéléré les choses mais il faut reconnaître que la réflexion avait commencé bien avant.

Par ailleurs, l’indépendance indispensable du CODEEM est garantie par le fait que ses membres, soumis à déclarations d’intérêts, sont désignés pour une durée de trois ans renouvelable, mais que leur mandat n’est pas révocable. Il faut également rappeler qu’il y a seulement 3 représentants de l’industrie sur les 11 membres du Comité ; ils sont donc largement minoritaires au sein de cette instance tripartite. Et que le CODEEM bénéfice d’un budget important lui permettant d’être autonome par rapport à l’institution.

Tout cela constitue un véritable gage d’impartialité. Il s’agit là d'un dispositif tout à fait original et je ne connais pas de structure analogue dans les autres organisations professionnelles


Quels sont les principaux objectifs et missions du CODEEM ?

Le CODEEM est prévu dans les statuts du LEEM. Il est envisagé comme un outil d’accompagnement et de promotion des bonnes pratiques comportementales des laboratoires. Il est chargé parallèlement d’une mission de sanction et de médiation en cas de manquements. La priorité est ainsi donnée au respect et à la promotion des règles de bon comportement.

L’autre mission majeure du Comité est d’adresser des recommandations au Conseil d’administration du LEEM, pour qu’il les entérine et fasse ainsi évoluer certaines dispositions ou qu'il en adopte de nouvelles. A l’image par exemple de la Cour des comptes, nous adressons dans un premier temps au Conseil d’administration du Leem une proposition de recommandation provisoire puis, compte tenu des commentaires et des observations en retour des administrateurs, nous adoptons dans un deuxième temps une recommandation définitive qui est rendue publique. Le Conseil d’Administration du LEEM prend alors ses responsabilités en décidant d’adopter ou non la règle proposée


Est-ce que le CODEEM a déjà eu à intervenir depuis son installation ?


Nous sommes effectivement intervenus suite à la décision de fermeture d’un laboratoire par l’AFSSAPS (désormais ANSM) et nous avons, à partir de ce cas, recommandé une suspension automatique de tout adhérent qui se trouverait dans cette situation. Le Conseil d’administration a adopté cette recommandation et a même fait rajouter ce point dans les statuts de l’organisation professionnelle. Il s’agit par contre d’une suspension temporaire, le temps que le litige soit jugé, car nous n’avons naturellement pas à nous immiscer dans une procédure administrative ou judiciaire. Notre action relève de l’action disciplinaire.


Quelles sont les principales problématiques sur lesquelles vous avez commencé à travailler ?

Nous travaillons actuellement sur la dimension déontologique de l’information médicale qui paraît dans la presse spécialisée. Il s’agit de s’assurer que c’est une information fiable et pas par exemple de la promotion déguisée.

Il y aura également très prochainement la publication d’une recommandation sur les congrès et l’hospitalité offerte aux participants. Nous devrions aller vers une hospitalité - c’est à dire l’invitation gratuite des professionnels de santé - qui soit à minima, un renforcement du caractère véritablement scientifique de ces congrès et la volonté d’éviter les aspects festifs et touristiques qui ont parfois cours lors de ces congrès. La recommandation devrait également inviter le Leem à une rencontre avec les autres acteurs (c’est-à-dire les organisateurs de congrès et les sociétés savantes), afin de repenser certaines modalités techniques et comptables d’organisation des congrès. Il faut reconnaître que ce mouvement est déjà assez largement engagé par le secteur mais notre intervention devrait conduire à renforcer encore plus les exigences en la matière.

Nous avons également la volonté de mettre en place un véritable système de déontovigilance. En effet, pour assurer une fonction de veille sur les pratiques et les dérives collectives, il est nécessaire de réfléchir à un dispositif organisé. Cela peut apparaître assez compliqué techniquement et requiert que les professionnels de santé et associations de patients soient dans la boucle et participent à la réflexion. Mais nous sommes en train de faire un benchmark sur ce type de dispositif à l’étranger et avons la volonté d’aboutir dès 2013.

Actuellement, nous disposons d’un recueil de dispositions déontologiques professionnelles (DDP) qui portent sur plusieurs sujets importants (VM, information sur Internet, relations avec les médecins…). Ce qui nous manque, c’est une réflexion globale sur les grands principes éthiques du secteur qui se traduirait par l’établissement d’une sorte de « plate-forme éthique commune ». Cela devrait permettre d’abord de faciliter nos missions car pour sanctionner ou faire une médiation, il vaut mieux pouvoir s’appuyer sur une telle base doctrinale. Et, vis à vis de l’extérieur, cela aurait vocation à devenir une véritable charte des valeurs des entreprises du secteur.

Nous avons aussi lancé une enquête sur ces DDP, qui fait ressortir que ce recueil est connu des laboratoires mais qu’il reste peu utilisé. Notamment, les petites structures, qui représentent plus des deux tiers des membres du LEEM, n’ont pas vraiment les moyens humains et financiers de faire un suivi précis de ces dispositions et de prévoir des procédures internes spécifiques. Une des missions du CODEEM sera de les aider et c’est pourquoi nous allons mettre en place un programme d’information et de soutien déontologique aux PME du secteur.

Sur la transparence des liens, la Loi a déjà fait beaucoup, même si l’on est toujours en attente de la publication des textes d’application du fameux Sunshine Act (notamment sur la question des seuils et des modalités de déclarations). C’est donc déjà bien bordé. La situation est plus nouvelle s’agissant de la VM collective et nous pourrions réfléchir aux bonnes pratiques à promouvoir dans le cadre de cet exercice. En 2013, il serait vraiment intéressant de travailler également sur les relations des laboratoires avec les associations de patients. Cela fera partie des premières demandes que le CODEEM adressera à Hervé Gisserot, nouveau Président du LEEM.

Au total, la première année du CODEEM aura été un peu difficile car nous étions en  période d’apprentissage de nouvelles procédures et de rodage. Nous entrons maintenant dans l’année de la maturité.


  Propos recueillis par Guillaume Sublet





Yves Medina est Conseiller-maître honoraire à la Cour des comptes. Diplômé de HEC, de Sciences-Po et de l’ENA, il a participé de 1977 à 1981 aux cabinets de Simone Veil à la Santé (conseiller technique santé) et de Monique Pelletier à la Famille (directeur de cabinet). De février 1999 à novembre 2010, il a été associé du cabinet PricewaterhouseCoopers, en charge des questions d’éthique professionnelle, de RSE et de gouvernance d’entreprise. Il a été vice-président fondateur de l’Observatoire sur la Responsabilité sociétale des entreprises (ORSE) créé en 2000 et est l’auteur de l’ouvrage « La déontologie : ce qui va changer dans l’entreprise » (2003). En 2010, il est nommé par le Premier Ministre membre de la Commission de déontologie de l’Etat et, dernièrement, de la Commission pour la transparence financière de la vie politique. Il est également Président à la Cour Nationale du Droit d’Asile et Président du Cercle d’éthique des affaires. Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE

« L’efficacité d’un médicament, ce n’est pas la même chose que son utilité ! »<br><br>Entretien avec le Pr Bernard Bégaud, pharmaco-épidémiologiste, Inserm-Université de Bordeaux
« L’efficacité d’un médicament, ce n’est pas la même chose que son utilité ! »

Entretien avec le Pr Bernard Bégaud, pharmaco-épidémiologiste, Inserm-Université de Bordeaux - Le 2/10/2012

Nextep : Que vous inspire le nouvel ouvrage des professeurs Even et Debré : le "Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux" ?

Bernard Bégaud : Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes du médicament, de la santé publique ou de la pharmaco-épidémiologie, mais ils ont une certaine légitimité à s’exprimer. Pour autant, on sent quelques lacunes à la lecture du livre. Il reprend d’ailleurs des idées développées depuis longtemps – non sans raison – par Philippe Even : les médicaments ont des AMM trop permissives, on n’étudie pas assez leur rapport bénéfices/risques... Mais il y a dans leur analyse un gros biais : l’efficacité d’un médicament, ce n’est pas la même chose que son utilité ! C’est là un débat très important, qui suscite souvent des réactions ultra-violentes...


Nextep : Quelle est justement cette distinction entre efficacité et utilité d’un médicament ?


Bernard Bégaud : Même si un médicament n’est pas doté d’une efficacité évidente, démontrée par l’evidence based medicine (la preuve issue des essais cliniques), il peut avoir une certaine utilité. Si ce médicament a une efficacité modeste ou que le patient y croit, ce dernier n’est pas traité par un autre principe actif, certes être plus efficace, mais aussi doté de plus d’effets indésirables et plus coûteux... Prenons l’exemple de l’Euphytose, cet extrait de plantes très utilisé contre l’anxiété ou les troubles du sommeil légers : il a été déremboursé en 2005. Une bonne part des patients sous Euphytose sont alors passés aux benzodiazépines, beaucoup plus chères et avec de nombreux effets secondaires... Ni la santé publique ni l’assurance maladie n’y ont gagné ! Au final, une ânerie monumentale...

Nextep : Que pensez-vous des montants d’économies avancés ?


Bernard Bégaud : Les auteurs nous disent : « on va économiser 10 milliards d’euros en déremboursant les médicaments inutiles ». Mais si on les dérembourse, cela revient à les tuer – parce que le patient n’y croit plus. Et si l’on supprime ces médicaments, dont certains sont très prescrits, les patients qui les prenaient vont très souvent, nous l’avons vu, se voir prescrire d’autres molécules – souvent plus efficaces, mais aussi plus dangereuses et plus chères. C’est pourquoi l’analyse doit être macro-économique : quelles vont être les conséquences sanitaires et économiques de la suppression d’un ou plusieurs médicaments ?


Nextep : Pensez-vous qu’il y ait réellement trop de médicaments sur le marché ?
Bernard Bégaud : Sur les 4500 principes actifs de notre pharmacopée, on pourrait facilement en enlever la moitié sans conséquences thérapeutiques. Le Royaume-Uni ou les pays du nord, par exemple, ont une pharmacopée beaucoup plus réduite que nous. L’idéal serait d’avoir 1000 à 1200 médicaments sur le marché, reconnus efficaces ou utiles et peu dangereux. Même un médecin très bon, avec une patientèle très variée, ne peut prescrire et connaître plus de quelques centaines de médicaments ! Mais si l’on voulait supprimer beaucoup de médicaments, il faudrait le faire avec intelligence et progressivement – sinon les effets pourraient être catastrophiques, les gens se précipitant sur des alternatives aussi dangereuses sinon pires...

Un autre message important : les médicaments « sacralisés », parce que reconnus efficaces, sont-ils bien utilisés ? N’y a-t-il pas un gaspillage énorme, supérieur à celui généré par les médicaments « sans efficacité » ? La France est très pauvre en études sur l’usage des médicaments. Si la moitié des gens traités pour dépression, par exemple, arrêtent leur traitement beaucoup trop tôt, c’est inefficace mais aussi dangereux – avec un risque vital – et bien plus cher, car les rechutes seront itératives. Le grand défi concerne ces « grands médicaments efficaces », souvent très chers et parfois risqués. Toute prescription inadéquate, tout traitement prolongé indûment ou arrêté trop tôt génèrent des impacts médico-économiques énormes. Mais personne n’en parle...


                                                           Propos recueillis par Guillaume Sublet




Bernard Bégaud (PU-PH) est professeur de Pharmacologie à l'Université de Bordeaux. Il a dirigé le Département Hospitalo-Universitaire de Pharmacologie de Bordeaux de 1995 à 2003 et a été doyen de la Faculté de médecine de Bordeaux de 1997 à 2002. Le Pr Bégaud a ensuite été élu Président de l'Université de Bordeaux2 de 2002 à 2008. Il est à présent Directeur de l'Unité de Recherche INSERM U657 "Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l'impact des produits de santé sur les populations". Il est aussi Président du Département du transfert de la recherche et des finances de l'Université de Bordeaux.

« Proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne »<br><br>Entretien avec Alain-Michel Ceretti, conseiller Droits des malades au Défenseur des Droits
« Proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne »

Entretien avec Alain-Michel Ceretti, conseiller Droits des malades au Défenseur des Droits - Le 3/9/2012

Nextep : Au vu notamment de votre position de conseiller santé au Défenseur des droits, pensez-vous qu’il serait temps d’élaborer une nouvelle Loi de santé publique et/ou de protection des patients ? Et selon quels grands principes ?

Alain-Michel Ceretti : Le Défenseur des droits, s’attache davantage aux questions liées à la protection des droits des personnes malades qu’aux questions de santé publique à proprement parler. Notre mission est notamment d’informer les personnes sur leurs droits en leur facilitant un certain nombre de démarches qui apparaissent difficiles a priori, que ce soit sur les aspects médico-économiques du soin ou sur les questions autour de l’indemnisation des accidents médicaux.

Ainsi, il y a évidemment du grain à moudre sur l’amélioration des droits individuels de la personne malade. Il serait ainsi bon de toiletter la Loi Kouchner et de la rendre plus effective. J’ai pour ma part remis un rapport l’an dernier au Ministre de la santé[1]. Le Défenseur des droits de son côté a récemment insisté sur la nécessité de revoir certaines modalités du droit d’accès au dossier médical.

Nous menons également une réflexion sur la sécurité des soins. Nous sommes en effet extrêmement sollicités s’agissant d’accidents médicaux, alors que d’après les autorités sanitaires, un accident sur deux apparaît évitable. Le premier droit d’une personne malade n’est-il pas de recevoir des soins appropriés et parfaitement maitrisés ? Pour nous, cette question renvoie aussi à celle de la pertinence de soins. Il s’agit in fine de proposer le bon soin, au bon moment, à la bonne personne. Or, trop souvent, les accidents médicaux apparaissent liés à un problème d’organisation dans la chaine de soins. Entre autres, la répétition des actes suscite un risque inutile pour le patient. Mais il faut également voir la dimension médico-économique de la démarche ; l’amélioration de la pertinence des actes doit aboutir à une situation « gagnant-gagnant » pour tout le monde : comptes publics, professionnels de santé et bien entendus personnes malades.

L’action du Défenseur des Droits dans la sphère de la santé, consiste aussi à faciliter le règlement amiable des conflits, et d’éviter les conflits inutiles, en amont comme en aval des soins. Ainsi, dans cette perspective, un protocole d’accord a été signé en juin dernier entre le Défenseur des droits et l’Assurance-maladie afin de faciliter dans le respect des rôles de chacun le règlement amiable des réclamations avec les assurés. Il s’agit de rétablir une relation de confiance avec l’assuré, soit en le rétablissant si besoin est dans ses droits, soit en faisant un travail d’explication et de pédagogie. Que l’administration mette tout en œuvre afin que les réclamations et insatisfactions des usagers soient correctement prises en compte, apparait d’autant plus important pour ceux et celles qui sont actuellement touchés de plein fouet par la crise. Ce travail, participe pour nos concitoyens au renforcement de l’amortisseur social.

La Loi a conféré davantage de pouvoirs au Défenseur des droits que ce dont disposait le Médiateur de la République. Nous en usons en partant du principe que les usagers et l’administration doivent se parler et que nous sommes là pour construire des ponts entre les services publics et nos concitoyens et rétablir le dialogue quand celui-ci est rompu . Il y à ce titre un travail important avec les conseils de l’Ordre des professionnels de santé . Nous travaillons par exemple actuellement sur les médicaments génériques, car nous sommes de plus en plus sollicités sur le sujet « générique contre tiers payant », alors que le médecin prescripteur précise sur l’ordonnance le caractère « non substituable » du médicament en question. Cette disposition peut apparaitre injuste aux yeux des assurés qui se trouvent pénalisés au travers d’une décision purement médicale de leur médecin.


Nextep
: Avez-vous eu des saisines concernant la question du Mediator ? Quel est votre rôle par rapport à celui de l’ONIAM[2] ?

Effectivement, nous avons été sollicités sur ce sujet. En fait, comme souvent, les personnes qui entament des démarches de réclamations s’adressent à de nombreux interlocuteurs (Présidence de la république, Ministre de la santé et donc Défenseur des droits), afin de maximiser leurs chances.

Par rapport à l’ONIAM (Office Nationale d’Indemnisation des accidents Médicaux), dans le cadre de l’affaire Médiator, la loi donnant à l’office la possibilité d’indemniser les victimes avant de se retourner contre le laboratoire, le Défenseur des Droits peut intervenir auprès de cet établissement public s’il est saisi d’une réclamation. La plupart du temps, les personnes ont besoin avant tout d’être informés car, sur ces sujets aussi, la règlementation est complexe. Je rappelle enfin que le Défenseur des Droits n’intervient pas dans le cadre d’un conflit entre personnes privés (laboratoire/patient en l’occurrence). Et qu’il ne prend pas position à la suite d’une décision de justice. Cependant, il est susceptible de pouvoir intervenir auprès de l’institution judiciaire si un disfonctionnement du service public de la justice apparait. Par ailleurs la loi permet au Défenseur des Droits de présenter des observations devant les juridictions civiles, administratives et pénales ; procédure qu’il met en œuvre sur, des sujets d’importance d’une portée particulière.


Nextep : Lors des Assises du médicament, vous avez présidé le groupe de travail sur l’information sur les produits de santé. Que pensez-vous des dispositions relatives à la visite médicale prévues[3] par la Loi relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé dite Loi Bertrand?

Alain-Michel Ceretti : A titre personnel, en tant qu’ancien Président du groupe 4 des assises du médicament et bien entendu en aucun cas sans que cela engage l’institution du Défenseur des Droits,ces dispositions législatives m’apparaissent très insuffisantes. La seule proposition d’une visite médicale (VM) collective en établissements de santé, ne répond pas aux problèmes posés, centrés sur les questions de la promotion du médicament. Il faudrait peut-être commencer par arrêter de baser la rémunération variable des visiteurs médicaux exclusivement sur les volumes des ventes en officines. Pendant les assises, un certain nombre de laboratoires semblaient être prêts à y renoncer, et mettre en place, comme les Américains s’apprêtent à le faire, un observatoire de la VM permettant de disposer d’indicateurs individuels de qualité des visiteurs médicaux. En tout cas, il faut noter que lorsque j’ai proposé un vote à main levée pour une éventuelle suppression de la visite médicale, pas une voix – même parmi les plus réfractaires – ne s’est prononcée en faveur de cette voie. Le sujet de la promotion du médicament, est donc encore loin d’être réglé. 

Enfin, la question cruciale de l’indépendance des experts apparait réellement complexe. On voit par exemple que les Etats-Unis (pays d’origine du « Sunshine Act ») sont en train de marquer le pas car, à vouloir laver plus blanc que blanc, les agences rencontrent des difficultés majeures pour recruter des experts de qualité n'ayant aucun lien d’intérêt avec l’industrie. Pour autant , en France, il faut tenir bon et parvenir à mettre en place un système transparent et intransigeant garantissant l’absence de conflits d’intérêts des experts qui participent à la décision publique en faisant bien la distinction entre conflit et lien d’intérêt. Une bonne mise en œuvre de la loi relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé améliorera certainement la situation antérieure.


                                                                    Propos recueillis par Guillaume Sublet




Chef d’entreprise dans l’industrie électronique depuis 1986, Alain-Michel Ceretti, a créé en 1997 l’association des victimes du Xénopi (affaire de la Clinique du Sport), puis, en mars 1998, l’association Le Lien : Lutte Information Etudes des infections Nosocomiales. En 1999, Le Lien intègre le CISS et Alain-Michel Ceretti devient porte-parole du CISS pendant la période préparatoire au vote de la loi Kouchner des droits des malades du 4 mars 2002. En mars 2006, il se voit confier par le Ministre de la Santé la présidence du dispositif expérimental de médiation et de signalement par les patients des accidents médicaux (Midiss), rattaché à la HAS et qui préfigurera le Pôle santé et Sécurité des Soins du Médiateur de la République. Alain-Michel Ceretti devient alors conseiller santé auprès du Médiateur de la République, devenu Défenseur des droits en 2011.




[1]Rapport sur "le bilan et les propositions de réformes de la loi du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé" (Loi Kouchner) - Alain-Michel Ceretti et Laure Albertini ; remis à l’occasion de l’année du patient.
[2] Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales
[3] Expérimentation d’une visite collective à l’hôpital, pour certains types de produits ; un rapport-bilan devant être rendu au 1er juin 2013

« L’hôpital n’est ni une entreprise ni une administration »<br><br>Entretien avec Christophe Gautier, président du Syndicat des Managers Publics de Santé (SMPS)
« L’hôpital n’est ni une entreprise ni une administration »

Entretien avec Christophe Gautier, président du Syndicat des Managers Publics de Santé (SMPS) - Le 1/8/2012

Nextep: Dans quel état d’esprit prenez-vous la Présidence du SMPS ?

Christophe Gautier : En ce qui me concerne, je souhaite ouvrir une nouvelle page pour notre organisation syndicale. Toute institution est soumise à des cycles de vie. Nous devons nous projeter vers l’avenir. Je n’aurai donc pas de regard critique sur ce qui a été réalisé dans un contexte difficile où il fallait digérer une avalanche de réformes. De plus les pouvoirs publics n’ont toujours respecté la parole donnée.


Nextep :
Quelles vont être les relations avec le nouveau Gouvernement en place ?

Christophe Gautier :
L’indépendance du syndicat est une question primordiale. C’est ce qui fait notre force. Nous avons d’ailleurs vocation à accueillir toutes les sensibilités en tant que syndicat professionnel. Notre unité repose sur nos valeurs, à savoir l’attachement au service public hospitalier. Cela sera un axe prioritaire de mon action. Il faudra notamment revenir sur le contenu de l’article premier de la loi, avec le rattachement des missions de service public à l’hôpital public. Par ailleurs, l’hôpital public doit être résolument moderne et s’adapter aux nouvelles exigences. Pour autant, l’hôpital n’est ni une entreprise, ni une administration.


Nextep : Quel regard portez-vous sur la loi HPST et le rôle joué au quotidien par les ARS ?

Christophe Gautier : Une évaluation, lucide, exigeante et objective, est nécessaire. Le sentiment qui domine exprime un investissement insuffisant des ARS dans le champ de la régulation, des coopérations, de la permanence des soins dans les territoires. En revanche, certaines agences manifestent parfois une ingérence dans la gestion au quotidien de nos établissements. C’est une tendance relevée sur l’ensemble de l’Hexagone. Il nous faut progresser dans le respect des prérogatives des uns et des autres.


Nextep : Sur quels critères souhaiteriez-vous être jugé à l’issue de votre mandat ?

Christophe Gautier :
Il y a des critères objectifs comme le résultat aux prochaines élections professionnelles ou l’évolution du nombre d’adhérents. Nous serons également sensibles, paramètre plus subjectif à l’audience, à la visibilité de notre organisation.


Nextep: Face à la crise économique, comment trouver de nouvelles ressources ?

Christophe Gautier :
Nous appelons à une évolution des modes de financement de l’hôpital public avec l’arrêt de la convergence tarifaire intersectorielle, une meilleure reconnaissance de la valorisation des missions d’intérêt général. Nous n’appelons pas à un abandon de la T2A mais à un rééquilibrage des modèles. Enfin nous refusons la fusion des directeurs des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux (D3S) et des directeurs d’hôpitaux. Ces métiers ont des vocations partagées mais aussi des spécificités qui doivent être valorisées.



Propos recueillis par Guillaume Sublet

“Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats”<br><br>Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations à l’Université d’Oxford
“Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats”

Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations à l’Université d’Oxford - Le 3/7/2012

Nextep : Quels sont, selon vous, la situation et les principaux problèmes concernant l’innovation thérapeutique dans le monde, à l’heure de la crise financière ?

Richard Barker :
Quand on regarde à la santé, il ne faut pas seulement se focaliser sur les deux ou trois prochaines années car les systèmes changent très lentement. Les nouveaux médicaments et l’innovation thérapeutique n’émergent que sur des périodes de 5, 10 voire 15 ans. La tendance globale est que tous les systèmes de santé font aujourd’hui face à la crise économique, ce qui implique d’importantes pressions. Et il s’agit d’un phénomène à long terme.

La pression de la demande, le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques, les attentes croissantes ou encore les évolutions concernant la dépendance sont des changements à la fois fondamentaux et irréversibles. Nous avons donc un problème conséquent avec l’austérité du moment alors que nous avons à faire face à un défi à long terme, même si l’économie commence à repartir un peu.

Alors où en est l’innovation pharmaceutique au regard de cette situation ? Elle peut créer des emplois. Elle peut créer de la croissance économique. Mais seules les innovations qui vont aider à résoudre des problèmes vont pouvoir émerger. Même si elles concernent des affections sérieuses ou des maladies orphelines, elles vont devoir démontrer qu’elles peuvent permettre un parcours de soins plus efficient. Et si cela pose des questions économiques, les producteurs vont devoir batailler pour faire reconnaître leur innovation par les agences telles que le NICE, la HAS ou la procédure AMNOG en Allemagne. Et même, s’ils y parviennent, les systèmes de couverture sociale seront de plus en plus stricts quand t au remboursement des nouveaux produits. C’est pourquoi il sera de plus en plus nécessaire de disposer de données économiques solides en plus d’une démonstration clinique irréfutable.


Nextep :
Voyez-vous des solutions ou un moyen de créer un environnement plus favorable à l’innovation thérapeutique ? Particulièrement, quels devraient être les rôles respectifs des autorités publiques et du secteur privé ?

Richard Barker :
Le secteur privé doit évoluer pour ne plus être simplement un fournisseur de produits mais un véritable partenaire pour les meilleures pratiques de soins possibles. Cela signifie être engage dans la collecte et l’analyse des retours et impliqué dans l’activité de délivrance des soins. En contrepartie, il serait nécessaire d’aligner les incitations afin que ceux qui produisent l’innovation puissent aider ceux qui sont à l’hôpital et, de plus en plus, à domicile dans une démarche qui soit davantage tournée vers un rapport coût-efficacité.

De manière générale, je pense que ni le système public ni les fournisseurs privés ne devraient rester dans la situation actuelle. Ainsi, ils doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats.


Nextep :
Pensez-vous que les partenariats public-privé (PPP) sont des outils à promouvoir dans cette optique ?

Richard Barker:
Pour certains besoins, tels que la lutte contre la résistance aux antibiotiques, nous avons besoin de trouver de nouveaux moyens d’aligner le public et le privé afin d’obtenir une meilleure collaboration. Les PPP peuvent ainsi être une solution, mais il ne faut pas oublier que le secteur privé reste principalement tributaire des incitations économiques.


Nextep :
Quels sont les enjeux majeurs pour la prochaine décennie et la suivante, qui font l’objet de votre livre « 2030 - The Future of Medicine » ?

Richard Barker:Il est nécessaire de réformer fondamentalement les mécanismes de R&D et de régulation. Il est notamment important de passer de procédures d’évaluation lentes et basiques, qui répondent essentiellement à la question « oui ou non » s’agissant de l’approbation de nouveaux produits à davantage de flexibilité, basée sur le « quand et le pourquoi », le « quand » renvoyant au type de patients. C’est ce que nous appelons au Royaume-Uni la médecine stratifiée, plus connue sous le terme personnalisée. Dans ce contexte, il devient crucial d’être en mesure d’identifier ces patients de manière plus précise qu’actuellement. Nous bénéficions aujourd’hui de bien meilleures technologies qu’auparavant. Les différents acteurs doivent donc échanger et partager ensemble non seulement sur ce qui doit être approuvé ou non mais aussi sur ce qui est censé être remboursable pour différentes catégories de la population, en recourant à des outils modernes tels que la génomique ou les biomarqueurs.

En France, il y a eu récemment des scandales qui reposaient sur des comportements humains individuels mais qui ont conduit à une nouvelle couche de régulation pour tout le monde. Je pense que c’est une erreur de construire des lois basées sur des actions criminelles isolées. Il y a un vrai besoin de lancer un débat public sur les bénéfices et les risques mais il faut aussi comprendre que chaque fois qu’une nouvelle régulation est introduite, cela influence la façon dont nous pourrons bénéficier de nouveaux traitements à l’avenir.


Nextep:
Quelle est votre perception de la France sur les questions de R&D et d’attractivité en sciences du vivant, notamment en comparaison du Royaume-Uni ?

Richard Barker:
Les sciences du vivant seront florissantes là où il y aura un engagement sincère entre le système de santé et les producteurs d’innovation. Le Royaume-Uni essaye actuellement d’agir en ce sens. Il s’agit de faire des efforts pour obtenir des relations constructives avec l’industrie innovante. Sur ce point, la France a parfois été meilleure. Par exemple, la capacité à avoir accès aux innovations est bien meilleure et cela s’avère très intéressant.

Globalement, il faut beaucoup plus de dialogue et de compréhension ; et cela peut intervenir dans le cas des PPP précédemment évoqués. Désormais, les producteurs doivent prouver la valeur de leurs nouveaux produits. Mais le système de santé doit aussi démontrer qu’il souhaite réellement améliorer la situation de l’innovation et partager les gains résultant d’un parcours de soins davantage coût-efficace.

Il est difficile de dire si la France est meilleure ou non que le Royaume-Uni mais, ce qui est sûr, c’est que les pays qui auront du succès dans les sciences du vivant seront ceux qui auront un dialogue sincère et productif et qui accepteront un partage des bénéfices entre l’industrie et le secteur public.


Nextep:
Si l’on regarde les Etats-Unis ou des pays émergents comme l’inde ou la Chine, pensez-vous qu’il serait plus approprié d’élever ces problématiques au niveau européen, au-delà des concurrences nationales ?

Richard Barker :
Cela dépend en fait du type d’actions à mener. Certains problèmes, tels que la création de nouvelles définitions pour des maladies ou des produits, devraient être traités au niveau européen. Mais, honnêtement, le pilotage des systèmes de santé reste essentiellement national. L’impact des discussions au niveau européen reste ainsi très limité. Et je n’ai jamais vraiment noté de conséquences réelles des discussions à Bruxelles sur de meilleures façons de gérer les systèmes de et les professionnels de santé. Je pense ainsi que je limiterai la progression de l’intervention européenne au fait de savoir comment la réglementation et l’innovation peuvent créer un environnement plus productif pour l’ensemble de l’économie européenne. Sinon, comme vous le souligniez, les Etats-Unis et de manière croissante la Chine deviendront les seules endroits pour la production d’innovation.

Au Centre pour l’accélération des innovations médicales, nous souhaitons être un acteur clé dans les échanges européens sur les problèmes de productivité d’innovation thérapeutique. Il nous semble important de considérer cette problématique comme sociétale. Il faut créer une innovation durable avec l’ensemble des parties prenantes : économistes, professionnels de santé et bien d’autres nouvelles disciplines ; plutôt que de se limiter à un dialogue entre industrie et régulateur, qui reste important cela dit. Notamment, tout changement significatif doit être politiquement acceptable et cela implique certainement un engagement fort de la part des patients.


Propos recueillis par Guillaume Sublet





Richard Barker a passé la majeure partie de sa carrière dans le domaine de la santé, en tant que dirigeant d’associations telles que le syndicat de l’industrie pharmaceutique britannique (ABPI). Ses champs d’intervention ont couvert les thérapies, diagnostics et informatique, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Il a récemment été désigné comme l’une des 50 personnes les plus influentes sur la santé au Royaume-Uni et conseille ou siège à la direction de plusieurs organismes spécialisés en santé et sciences du vivant. Il est notamment Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations et également Président de Stem Cells for Safer Medicines, un partenariat public-privé qui développe des technologies basées sur les cellules souches pour prédire le profil de sécurité de nouveaux médicaments. Son récent livre sur le future du système de soins ‘2030 - The Future of Medicine: Avoiding a Medical Meltdown’ est publié par Oxford University Press.

Médecine : Les priorités pour le prochain quinquennat<br><br>Entretien avec le Dr Michel Chassang, président de la CSMF
Médecine : Les priorités pour le prochain quinquennat

Entretien avec le Dr Michel Chassang, président de la CSMF - Le 2/5/2012

Nextep : A quelques jours du dénouement des élections présidentielles, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ?

Michel Chassang :
La CSMF travaillera avec le nouveau président et le nouveau gouvernement quels qu’ils soient. Nous tenons à jouer cartes sur table. Le retour de Xavier Bertrand au ministère de la santé en 2010 a certes permis de relancer des dossiers jusque-là bloqués. Il y a notamment eu des avancées importantes en 2011 : le nettoyage de la loi HPST, la réforme de l’ASV, la réforme de la RCP et surtout la signature d’une nouvelle convention médicale.

Dans un contexte économique difficile, nous avons pu éviter la reconduction tacite de la convention et négocier un nouveau texte qui comporte des avancées tarifaires importantes dès le 22 mars. Cette dynamique retrouvée doit se poursuivre. Pour cela, nous avons acté en assemblée générale de quinze propositions à concrétiser dans les 100 premiers jours du nouveau quinquennat.

Quelles seront vos priorités pour le prochain quinquennat ?


Pour conforter la convention médicale et donner des moyens indispensables aux soins de ville, nous réclamons en priorité un rééquilibrage des moyens en faveur des soins de ville, au sein de l’ONDAM notamment, ainsi qu’une prise en compte des transferts entre l’hôpital et la ville. Il est tout particulièrement nécessaire d’individualiser un budget permettant les transferts entre l’hôpital et la ville. Cela concerne les médicaments, les réseaux de soins ou encore la prise en charge des urgences.

Les engagements pris dans la convention médicale 2011 doivent être respectés selon le calendrier prévu : la réforme des consultations cliniques en 2013, la mise en place d’un secteur optionnel… Par ailleurs, la sanctuarisation de la convention médicale qui doit rester nationale est nécessaire. Nous n’excluons pas les déclinaisons régionales mais le système conventionnel ne doit pas être modifié par le Parlement, comme ce fut le cas du secteur optionnel ou encore les stabilisateurs économiques.

Afin de rendre attractive la médecine libérale, nous estimons que plusieurs mesures seront nécessaires telles que la création d’un avantage social maladie et maternité, destiné à ramener le délai de carence de 90 jours à 3 jours avant de percevoir des indemnités journalières par exemple , la mise en place de nouvelles mesures pour aménager la retraite ASV ou encore favoriser la carrière universitaire des médecins libéraux, la poursuite de l’amélioration de la permanence des soins ou encore l’aide aux regroupements…

Nous considérons également que la refonte du dossier médical personnel est nécessaire en considérant que le socle doit en être le volet médical de synthèse. Idem pour l’encadrement strict de l’article 21 de la loi HPST prévoyant la généralisation des expérimentations locales de coopération interprofessionnelle. Nous sommes favorables à la coopération mais en concertation. Aujourd’hui, les expérimentations prévues sont hospitalières non adaptées à l’exercice libéral.

Parmi les autres priorités, nous réclamons sans surprise l’abrogation du volet ambulatoire de la loi HPST, la redéfinition du rôle des complémentaires santé et la réforme de l’hôpital public et privé.




Propos recueillis par Guillaume Sublet

Nouvelle convention pharmaceutique : « Une révolution en douceur »<br><br> Entretien avec Philippe Gaertner, Président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF)
Nouvelle convention pharmaceutique : « Une révolution en douceur »

Entretien avec Philippe Gaertner, Président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF) - Le 2/4/2012

Nextep : Alors que les négociations en vue d’une nouvelle convention pharmaceutique viennent de s’achever, pouvez-vous nous rappeler ce qui les guidait ?

Philippe Gaertner : Vus les problèmes de marges rencontrés par les officines depuis 2006, accrus par l’empilement des mesures d’économies, notamment sur les génériques, il était plus que nécessaire de revoir le mode de rémunération de l’activité. Cette convention a pris en compte la modification du champ conventionnel de l’article 74 de la LFSS 2012 avec le passage à une rémunération mixte à partir de 2012. L’objectif était ainsi de rendre moins sensible la marge aux variations de volumes et de prix. Tout cela est par ailleurs bien en conformité avec la Loi HPST et une logique qui oriente davantage le pharmacien en tant que professionnel de santé.

Il est heureux que les négociations se soient terminées dans les délais prévus par un accord car le temps politique ne permettait certainement pas la prolongation de la négociation. Il a fallu mettre d’accord un certain nombre d’acteurs, y compris du côté des officinaux. Mais, au final, les trois Présidents représentant les pharmaciens ont signé le protocole de fin de négociations ; ce qui augure de grandes chances que l’accord soit ratifié.

Au niveau de la FSPF, nous avons estimé que tous les objectifs ont été atteints. Et je suis particulièrement satisfait que la proposition que j’ai présentée ait obtenu un mandat à l’unanimité générale (sauf 2 abstentions pour les DOM mais pas sur le principe). Cela est d’autant plus remarquable qu’il n’est jamais évident de procéder à un changement, notamment de cet acabit, sur les marges.

Il faut que dire que c’est une révolution mais en douceur car cela va se faire progressivement. Les belges l’ont fait de manière brutale car ils avaient une marge linéaire qui le permettait davantage, par rapport à l’éclatement de la marge en France qui n’aurait pas permis de sauvegarder l’équité entre les officines. Nous aurons ainsi jusqu’à la fin de l’année pour faire un avenant qui précisera la méthode de bascule, notamment pour tenir compte de la LFSS 2013 et de son lot habituel de mesures d’économies.

 

N’y a-t-il pas un risque à ce que cette réflexion aboutisse après les échéances électorales ?

Il n’y a pas de raison car il s’agit d’un accord conventionnel donc qui devra s’appliquer. Seul devra être corrigé l’arrêté de marge. Les ministres, quel que soit leur bord, devront prendre cette mesure quoiqu'il arrive. En plus, l’idée de passer à un principe d’honoraires est largement partagée, que ce soit à droite comme à gauche.

 

Quelles sont les principales nouveautés de cet accord ?

La première et principale nouveauté est évidemment le passage à une rémunération intégrant une partie de type honoraires et plus seulement liée au prix des produits. Une transition progressive a été prévue pour porter en 5 ans la partie d’honoraires à 25% de la rémunération ; avec une première étape qui débutera en 2013 sur une base de 12,5%. Cela devrait représenter environ 700 millions d’euros et amènera nécessairement une correction de la marge pour compenser ce transfert.

Le deuxième grand changement, c’est le paiement à la performance sur la base d’objectifs individualisés, reposant notamment sur la prévention, le dépistage et l’accompagnement des patients chroniques. Sur ce dernier point, deux éléments ont été ciblés pour l’instant. Nous commencerons tout d’abord au 1er janvier 2013 un suivi des patients sous anticoagulants afin de limiter les réhospitalisations liées aux incidents iatrogènes. Cet accompagnement devrait notamment passer par deux rendez-vous par an, dans un lieu de confidentialité aménagé à l’officine, pour être sûr que le traitement est bien compris et qu’il n’y a pas de problème d’interactions avec d’autres produits. Pour chaque patient, un forfait de 40€ par an sera versé. Le protocole détaillé reste à préciser d’ici là et sera soumis à la HAS pour validation. Le deuxième thème, qui sera ouvert à partir du 1er juillet 2013, portera sur le suivi des patients asthmatiques. Il s’agira là de travailler sur une sous population, qui pourrait par exemple être celle des grands consommateurs de Ventoline, car nous ne pourrons raisonnablement pas couvrir l’ensemble des asthmatiques. Dans les deux cas, l’objectif sera de mieux accompagner la prescription du médecin.

On voit bien en tout cas la volonté de montée en charge progressive, afin de mener à bien ces évolutions complètement nouvelles. Sur les nouveaux services du pharmacien, on commence ainsi par l’accompagnement mais le dépistage et la prévention sont également prévues. Ils seront seulement à voir ultérieurement car désormais, nous avons comme les médecins une convention qui va nous amener à nous voir plus régulièrement afin de creuser chacun des principes entérinés.

Nous avons par ailleurs obtenu de rééquilibrer les marges sur les conditionnements trimestriels, qui pesaient jusque-là fortement et uniquement sur l’officine. Celles-ci ne devraient ainsi être baissées que de 10% au lieu de 37% en moyenne actuellement. La modification de l’arrêté de marge correspondant devrait être applicable au 1er juillet. En outre, ni les grossistes ni les laboratoires ne seront impactés car les autorités ne voulaient pas aller au-delà des baisses de prix fortes prises sur 2012.

Enfin, la permanence des soins a été revalorisée avec des astreintes qui seront désormais rémunérées comme pour les médecins (150 euros) ; de même que les indemnités de gardes pour les dimanches et la nuit qui ont été revues à la hausse.

 

Nextep : La nouveauté du paiement à la performance va également rejoindre l’objectif plus ancien de substitution. De quelle manière ?

Sur la substitution, le mécanisme fonctionnera déjà sur les résultats de 2012 car la nécessité de relancer le générique est stratégique pour l’Assurance-maladie. Il faut par ailleurs noter qu’au-delà des objectifs quantitatifs, est désormais également prévu un engagement qualité autour de la stabilité de la délivrance de génériques (en termes de marque) sur une période assez longue (de 9 à 12 mois) chez les personnes âgées de plus de 75 ans. Cela doit répondre aux problèmes de suivis constatés chez cette catégorie de patients, souvent désorientés par les changements de marques.

La rémunération à la performance sera calculée ligne à ligne, par produit. Et ce ne sera pas uniquement basé sur une évolution du taux puisque ceux qui auront déjà une forte substitution auront une rémunération acquise, même sans évolution afin de ne pas les décourager. Une liste va être publiée très prochainement avec des objectifs détaillés concernant les 25 à 30 molécules les plus importantes pour l’Assurance-maladie en termes de volumes et de prix, et un objectif global pour le reste du Répertoire.

 

Propos recueillis par Guillaume Sublet

« Les agences sanitaires se privent aujourd’hui de bénéficier d’une expertise de qualité »<br><br> Entretien avec le Dr Robert Cohen, pédiatre-infectiologue et ex-président du GT de l’AFSSAPS chargé des recommandations sur les infections ORL
« Les agences sanitaires se privent aujourd’hui de bénéficier d’une expertise de qualité »

Entretien avec le Dr Robert Cohen, pédiatre-infectiologue et ex-président du GT de l’AFSSAPS chargé des recommandations sur les infections ORL - Le 1/3/2012

Après le refus de l’Afssaps de publier recommandations sur les infections ORL, tous les experts de ce groupe de travail, que vous présidiez, ont démissionné. Pourquoi ?

Il y a environ un an, l’Afssaps a nommé un groupe de travail dédié à l’actualisation des recommandations de bonne pratique pour le traitement des infections ORL. Tous les experts de ce groupe ont été choisis par l’Afssaps, tous ont déclaré leurs liens d’intérêts, et l’Afssaps n’en a récusé aucun. Le groupe de travail a abouti à des recommandations qui ont passé tous les circuits de validation de l’Afssaps. Juste avant de publier ces recommandations, le directeur de l’Afssaps, le Pr Maraninchi – dans l’ambiance actuelle "je lave plus blanc" – a demandé à la HAS son avis. Celle-ci a répondu "les experts ont des liens d’intérêt" : ceux que nous avions effectivement déclaré dès le départ. Le directeur de l’Afssaps a estimé alors qu’il ne pouvait endosser ces recommandations, tout en disant "ces recommandations sont importantes, elles sont attendues et répondent à un besoin de santé publique – mais je ne peux les valider. Je les donne aux sociétés savantes".

Si le directeur de l’Afssaps s’appuie sur l’arrêt du 27 avril 2011 du Conseil d’Etat, annulant la recommandation de 2006 de la HAS sur les traitements du diabète de type 2, pourquoi n’a-t-il pas stoppé notre groupe de travail dès cette date ? Pourquoi avoir attendu décembre pour refuser de les publier – en plein hiver, quand les médecins prescrivent le plus d’antibiotiques ? Dès le printemps nous avions proposé au directeur de l’Afssaps de démissionner, mais il nous a répondu alors que l’Afssaps avait besoin de nous… Et au final, le 15 décembre, la commission d’AMM a voté à l’unanimité pour la publication de ces recommandations et demandé à la direction de revenir sur sa décision.

 

Après les différents scandales, estimez-vous que les autorités cherchent ainsi à trop à se protéger en s’abritant derrière le principe de précaution ?

Les agences "ouvrent le parapluie" en appliquant "à la lettre" de nouvelles règles, sans se soucier de la santé publique ! Car nos recommandations répondent à une urgence sanitaire : lutter contre l’antibiorésistance. Nous préconisons une réduction des prescriptions d’antibiotiques, et parmi les antibiotiques recommandés, nous ne recommandons que l’amoxicilline, et à la rigueur l’association amoxicilline/acide clavulanique. Toutes ces molécules sont génériquées depuis plus de dix ans, et il y a plusieurs dizaines de fabricants ! Nous insistons aussi pour dire qu’il ne faut plus prescrire en première intention de céphalosporines ni de quinolones – les classes d’antibiotiques qui génèrent le plus de résistances – sauf cas très particuliers. Où sont les conflits d’intérêts ? Refuser de publier ces recommandations est pour nous un non-sens ! Ni la HAS ni l’Afssaps ne seront en mesure de réécrire des recommandations dans ce domaine d’ici 2 à 3 ans.

 

Pensez-vous que la Loi « Bertrand » sur la sécurité sanitaire des produits de santé va apporter quelque chose ou les compliquer ?

Il y a en effet de réels progrès dans ce texte. En particulier, nous approuvons totalement la transparence sur les conflits d’intérêts, avec obligation faite à tout professionnel de santé, expert interne ou externe, association de patients, mais aussi firme pharmaceutique, de déclarer tous ses liens d’intérêt, consultables sur une base publique, en précisant les sommes reçues ou versées.

Le contexte actuel de suspicion à l’égard des experts soulève par contre un problème de fond : il n’y aura bientôt plus de vrais experts à la HAS ou à l’Afssaps, du moins en infectiologie. Les agences sanitaires se privent aujourd’hui de bénéficier d’une expertise de qualité si toute personne ayant des liens d’intérêts, directs ou indirects, rémunérés ou non, ne peut plus participer aux commissions ni aux délibérations des agences sanitaires, sauf circonstances exceptionnelles. Le niveau admis de liens d’intérêt est devenu si faible, notamment avec les liens indirects, que nous sommes très inquiets : les agences auront beaucoup de mal à trouver des experts compétents et expérimentés, pertinents vis-à-vis du sujet traité, sans aucun lien d’intérêt ! Ce qui fait la richesse d’un groupe de travail, c’est la collégialité, l’échange entre un panel d’experts d’horizons différents. Les agences sanitaires trouveront certes ponctuellement un ou deux experts sans lien d’intérêts, mais la richesse du panel sera perdue ! Les recommandations futures validées par ces agences risquent d’être de qualité réduite.

 



Propos recueillis par Guillaume Sublet


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