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Opinion Santé
« L’ANSES, un modèle d’agence sanitaire unique en Europe »
Entretien avec Marc Mortureux, DG de l’ANSES - Le 1/9/2010
Nextep :
Quel est la raison d’être de l’ANSES, résultant de la fusion
de l'Afssa et de l'Afsset[1] ? Quel seront son rôle et ses
priorités ?
Marc Mortureux : La création de l’Anses conjugue la garantie d’une expertise en santé
publique indépendante et l’ouverture aux préoccupations de la société civile
face aux risques globaux et quotidiens. La France se dote ainsi d’un modèle
d’agence sanitaire unique en Europe.
Il ne s’agit pas de réaliser une simple fusion d’entités administratives
mais à la fois d’assurer la continuité des travaux engagés sous l’égide de
l’Afssa et de l’Afsset et de tirer tout le bénéfice des synergies nouvelles.
L’ANSES reprend ainsi les acquis et les valeurs - compétence scientifique,
indépendance dans l’évaluation des risques, ouverture de l’expertise -
pour les mettre au service d’une lecture plus globale et transversale des
questions sanitaires.
Sa mission principale est de contribuer à la sécurité sanitaire humaine
dans les domaines de l’environnement, du travail et de l’alimentation. Grâce à
son large champ de compétences, l’Anses est à même d’appréhender l’ensemble des
expositions auxquelles l’homme est soumis, volontairement ou non, à chacun des
âges et à chacun des moments de sa vie – travail, domicile, déplacements,
loisirs…
Quelle
influence est-elle amenée à avoir en matière de santé publique ? Et
quelles seront vos relations avec les autres agences sanitaires telles que
l’AFSSAPS ?
L’Agence contribue à la santé publique en assurant la protection et le
bien-être des animaux (étude, prévention et traitement des maladies animales),
la protection de la santé des végétaux (évaluation des produits de traitement
des cultures) et l’évaluation des propriétés nutritionnelles et fonctionnelles
des aliments. Et on a vu à travers les récentes crises sanitaires que ces domaines
sont très importants pour la santé humaine, avec des conséquences directes et
souvent très importantes.
L’idée est évidemment de se coordonner avec les autres organismes qui
travaillent sur les questions de santé publique. Avec l’AFSSAPS, les liens sont
assez naturels de par la complémentarité que nous pouvons avoir en matière de
médicaments. Si celle-ci est en charge des autorisations concernant les traitements
humains, nous délivrons les AMM pour les produits phytopharmaceutiques et les médicaments
vétérinaires. La question des résidus dans l’eau de médicaments, qu’ils soient
d’origine humaine ou vétérinaire, est d’autant plus un sujet de concertation
qu’elle renvoie à la compétence environnementale de l’ANSES.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Agé de 49 ans, ingénieur des Mines, Marc Mortureux
a exercé des responsabilités aussi bien dans le secteur public que dans le
privé. Son parcours l’a en effet mené du contrôle des installations classées
pour la protection de l’environnement, en administration régionale, à la Compagnie
générale de géophysique, en passant par l’Institut Pasteur où il a occupé le
poste de directeur général adjoint de 2005 à 2008. Marc Mortureux a dirigé
en 2008 et 2009 le cabinet de Luc Chatel, alors secrétaire d’Etat à l’industrie
et à la consommation et porte-parole du gouvernement. Déjà directeur général de
l’Afssa avant sa fusion avec l’Afsset, il a été nommé DG de la nouvelle entité
(ANSES) le 7 juillet 2010.
[1] Respectivement Agence française de sécurité sanitaire
des aliments et Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du
travail
«Les États membres doivent renforcer leur coopération en matière de R&D»
Entretien avec Ruxandra Draghia-Akli, Directrice Santé à la DG Recherche de la Commission européenne - Le 3/8/2010
Nextep :
Quelles sont les principales initiatives européennes mises en place par l’Union
Européenne pour stimuler la R&D et l’innovation dans le domaine de la santé
et les sciences de la vie ?
Ruxandra Draghia-Akli : Le 7ème
programme-cadre de recherche et développement (PCRD-2007/2013) aura pour objet
de financer divers projets à hauteur de 32.4 milliards d’euros. C’est notre
cœur de métier. L’un de nos objectifs est d’améliorer la santé de citoyens
européens et de stimuler la compétitivité des industries et des entreprises
dans le secteur de la santé. La santé est le thème majeur et il représentera un
investissement de 6.1 milliards d’euros.
Au sein de nos
diverses activités, l’Innovative Medicines Initiative (IMI)[1]
est un partenariat public-privé entre l’industrie pharmaceutique (représentée
par l’EFPIA) et l’Union européenne (représentée par la Commission européenne).
Son objectif est de faire de l’Europe le leader en recherche pharmaceutique au
service de l’économie et de la société. Nous avons déjà fait de bonnes avancées
et la deuxième phase du processus d’appel à projet est en cours. Le Joint
technology Initiative est centré sur un secteur industriel précis, qui à
l’origine faisait partie de l’IMI, devenu autonome l’an dernier.
Un programme est
spécifiquement consacré aux essais cliniques, il a pour but d’accélérer le
développement de nouveaux médicaments ou de médicaments autorisés, de vaccins
et de microbicides contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose : le
programme EDCTP (European & Developing Countries Clinical Trials
Partnership) crée en 2003. Il aide les États membres à intégrer et à coordonner
leur recherche nationale et leurs programmes de développement et de
partenariats avec les États africains. Il devrait être reconduit avec le
PCRD-2007/2013.
Nextep: Mis à part ces initiatives, quelles sont les
tendances et les perspectives dans ce domaine ?
La nouvelle Commissaire
européenne Máire Geoghegan-Quinn veut promouvoir une vision qui reflète la
politique de l’Union européenne pour 2020[2],
ce qui fait de l’innovation une de ses plus grandes priorités.En effet nous travaillons en ce moment sur le
développement d’une Union de l’Innnovation. Nous planifions l’adoption de ce
programme en septembre et la communication sera faite en décembre.
Nous avons publié,
le 20 juillet dernier, un programme de travail avec une liste d’actions à faire
pour créer un meilleur environnement pour l’innovation. 51 thèmes ont été
identifiés. Et nous voulons encourager les PME à faire partie de nos
programmes. Nous avons aussi décidé de nous focaliser sur la recherche de
pointe, qui a le plus de chance de produire des effets directement sur la
santé. 8 projets avec des essais cliniques, pour renforcer la sécurité, l’efficacité
et l’éthique dans ce domaine.
Globalement, nous
essayons de faire des projets au plus près des réalités du marché et des
attentes. Et nous essayons de couvrir le domaine entier de la santé de façon
progressive. Nous savons que nous ne pouvons pas tout faire immédiatement mais
nous avançons pas à pas. L’essentiel est d’avoir le plus d’outils pour
encourager l’innovation. Par exemple, la Commission européenne a récemment
annoncé 6.4 milliards d’euros pour l’investissement dans la recherche et l’innovation,
dont 611 millions d’euros pour la santé.
Notre Commissaire a aussi décidé de se
concentrer sur la R&D dans d’importants secteurs avec des priorités sur la
sécurité de l’énergie, sur l’environnement et sur les challenges démographiques
notamment avec le vieillissement de la population. Ce dernier point est très
important pour nous. Un projet sur Alzheimer a déjà été initié par le Président
français Nicolas Sarkozy, les États européens doivent renforcer leur
coopération pour la R&D dans ce secteur. Il est nécessaire de mettre en
commun les ressources nationales pour avoir des effets maximums. Travailler séparément
n’est pas le moyen le plus efficient. L’idée serait alors de créer un Agenda
européen pour la recherche.
Nextep:
Pouvez-vous préciser l’importance des partenariats public privé?
Dans tous nos programmes, la participation
de l’industrie est très appréciée, des grandes industries aux plus petites.
C’est pour cela que l’IMI est un des meilleurs exemples de partenariats public
privé qui génère des effets positifs.
Dans le secteur de la santé, l’une de nos
perspectives est de délivrer des produits de santé aux patients. Mais, par
exemple, les PME doivent faire face à un manque de financement. Et nous pensons
que pour résoudre ce problème, il faut un dialogue et un échange sur les
expériences passées.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Avant de prendre
laDirection Santé de la DG Recherche,
Ruxandra Draghia-Akli, MD, PhD était Vice-Présidente de VGX Pharmaceuticals et VGX
Animal Health (ADViSYS). Avec 15 ans d’expérience, elle est reconnue comme un leader
dans le domaine de l’ADN et de ses applications thérapeutiques et vaccinales. Tout
au long de sa carrière, elle a publié de nombreux articles scientifiques dans
les domaines de l’électroporation, des composants plasmides, de la croissance
et du développement, de la stimulation immunitaire, de la santé et du bien-être.
Le Dr. Draghia-Akli a également participé en tant qu’expert ad hoc auprès
d’agences d’autorisation, l’Union européenne, l’USDA et le NIH, le meeting
annuel sur la thérapie génique et des sociétés en endocrinologie, et pour de
nombreux journaux.
[1]
Sur ce sujet, vous pouvez par ailleurs lire l’interview de Nextep avec
Karen Strandgaard, EFPIA Director of
the Research Directors Group : “IMI: Europe’s R&D and
pharmaceutical innovation challenging initiative”
[2]
Europe 2020 stratégie adoptée en mars 2010
« Sans propriété intellectuelle, la carte à puce n’aurait pas pu émerger »
Entretien avec Roland Moreno, inventeur de la carte à puce et Président d’Innovatron - Le 2/7/2010
Nextep :
Au vu de votre expérience, pensez-vous qu’il existe des moyens de créer un
environnement favorable à l’émergence de l’innovation ?
R. Moreno : Je me garderais bien de donner la moindre
leçon sur la façon dont il faudrait s’y prendre pour favoriser l’émergence de
l’innovation. Je suis moi-même autodidacte et mon parcours a été assez disparate
avant d’en arriver à l’invention de la carte à puce. Le plus important reste de
ne pas se brider et d’avoir le temps (et les moyens) de tester ses idées. Le
facteur de conservation, qui est extrêmement puissant dans nos sociétés, est
évidemment très néfaste en matière d’innovation ou de créativité.
Si la capacité d’innovation et de façon générale la
démarche « créative » correspondent à des mécanismes personnels,
relevant du registre intime de l’individu, elles présentent aussi une certaine
importance pour l’entreprise. Pourquoi ? Parce, selon un théorème infaillible
propre à l’économie de marché, les produits ne rapportent vraiment d’argent que
dans la première partie de leur vie. Dès la fin de cette première phase, la
concurrence se développe et le profit associé à ces produits diminue
automatiquement. Une entreprise doit donc sans cesse créer de nouveaux
produits, et pour cela s’entourer de collaborateurs à l’imagination audacieuse.
D’ailleurs, quand à partir de
1994, les principaux brevets de la carte à mémoire ont commencé à tomber dans
le domaine public, ma société Innovatron a connu de graves difficultés
financières tandis que d'autres entreprises, comme Gemplus, ont prospéré sur la
base de mon idée. Il a fallu rebondir et trouver de nouveaux concepts, liés ou
non à l’exploitation de la carte mémoire (comme le pass Navigo pour le métro par exemple).
Certains estiment que le concept de propriété intellectuelle est
aujourd’hui dépassé. Pensez-vous que votre invention aurait pu voir le jour
sans cela ?
Aujourd’hui il est
effectivement de bon ton de se prononcer contre la propriété intellectuelle. Je
ne comprends cependant pas comment les gens gagnent de l’argent avec le libre
accès, notamment sur Internet. Quand on voit Firefox ou Wikipédia, c’est
extraordinaire : avec un accès complètement gratuit à de tels services et
des mises à jour en continu, sans rien demander.
Cependant, sans propriété
intellectuelle, et surtout sans royalties, la carte à puce n’aurait pas pu
émerger. Il aurait été impossible d’aller voir les banques pour financer le
développement d’une mémoire sur circuit imprimé. C’est déjà assez dur comme
cela, et mes associés et moi avons d’ailleurs souvent failli abandonner. Tout
inventeur est confronté à cela. Il doit trouver des partenaires financiers, qui
se révéleront vite indispensables à l’avancement du projet. Il doit surtout être
prêt à s’investir et à investir pour protéger son invention.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Après quelques
« petits boulots » (successivement employé de bureau à la MNEF,
employé aux écritures au ministère des Affaires sociales, monteur de luges,
journaliste-reporter à Détective, garçon de courses à L'Express, éditorialiste
à L'Écho de la Presse et de la Publicité, secrétaire de rédaction à
Chimie-actualités…), il décide de « vendre des idées » et crée pour
cela en 1972 la société Innovatron, atelier de créativité expérimentale et
appliquée. Passionné d'électronique, il crée dans sa jeunesse différents
gadgets, il invente la carte à puce en 1974. Il est également l’auteur de la
Théorie du Bordel Ambiant, dans laquelle il retrace son parcours et livre ses
réflexions sur le monde.
2ème plan Maladies Rares : « le projet actuel paraît intéressant, avec des propositions de mesures plus que raisonnables»
Entretien avec Christel Nourissier, Secrétaire générale d’Eurordis - Le 20/6/2010
Nextep :
Quel bilan tirez-vous du premier plan maladies rares 2005-2008 ?
C. Nourissier : Le premier plan a été un succès énorme et
a placé la France
en pointe dans ce domaine au niveau européen. Il a été longuement évalué, avec
de nombreuses auditions, pour la construction, toujours en cours, du deuxième.
Ce ne sont pas moins de 226 experts, 7 groupes de travails et 6 mois qui auront
été nécessaires pour construire ce deuxième volet. Au final, le projet actuel
paraît intéressant et pas cher, avec des propositions de mesures plus que
raisonnables. Le problème est qu’il n’a pas été annoncé assez vite (NDLR : il devait être dévoilé le 28
février, à l’occasion de la
Journée mondiale des Maladies Rares) et que les consignes
budgétaires du Gouvernement se sont depuis nettement durcies. Nous verrons ce
qu’il ressortira de notre prochain rendez-vous, fin juin, avec le cabinet santé
qui devrait s’avérer décisif. Il est en tout cas primordial que le plan sorte
sans être amputé d’éléments essentiels.
Quelles sont vos attentes s’agissant du deuxième plan pour 2010-2014,
qui devrait être prochainement annoncé ?
Nous avons identifié quatre
soucis principaux par rapport au premier plan, que nous avons notamment
détaillés dans une lettre adressée aux Ministres en charge du sujet :
1) Le
pilotage a été le véritable point faible du premier plan, en dehors du Comité
de labellisation des centres de référence. Il faut l’améliorer sérieusement et
de façon pérenne, notamment dans le domaine de la recherche. Nous avons
également besoin d’une coordination des actions au niveau européen, voire
international mais aussi régional, avec les ARS. Ces dernières ne connaissent
pas les maladies rares. Il y a donc des articulations à construire, des réseaux
à monter autour des centres de référence. Cela doit également s’inscrire dans
la volonté d’une égalité d’accès aux soins et au diagnostic, mais aussi dans la
prise en compte du handicap ; ces maladies étant souvent très
invalidantes.
2) Sur
l’accompagnement des malades, il y a là aussi un travail à faire avec les
ARS. Des propositions sont faites en ce sens dans le plan II mais il
s’agit à ce stade seulement d’expérimentations, de surcroît sur 5 ans. Nous
souhaiterions que cela soit davantage à l’image de ce qui s’est fait pour le
plan Alzheimer, moins restrictif.
3) Le
soutien aux investissements en recherche dans le domaine des maladies rares
doit progresser. L’industrie pharmaceutique ne demande pas mieux que d’y aller.
L’industrie doit être un partenaire. Il est d’ailleurs intéressant de voir que
pour d’autres maladies le concept de médecine personnalisée, avec le traitement
d’un petit groupe de malades, implique un rapprochement avec le modèle des
maladies rares. Sans compter que le développement de médicaments orphelins peut
s’avérer par la suite utile dans d’autres pathologies. Et on en a déjà des
exemples, comme les tumeurs rares, ou la thérapie géniquepour les déficits immunitaires sévères,
l’adrénoleucodystrophie, la myopathie de Duchenne, l’amyotrophie spinale, et
l’amaurose congénitale de Leber (10 à
20% des enfants aveugles).
Il y a par
ailleurs des gens extraordinaires en recherche fondamentale en France et en
Europe ; et le cadre français permet à des chercheurs de travailler
longtemps sur ces maladies afin d’aboutir à des résultats. De plus, en France,
les maladies rares sont bien diagnostiquées, ce qui permet de réaliser des
essais cliniques.
4) Il
faut subvenir aux besoins financiers mêmes minimes ; sans quoi les projets
n’aboutiront pas, faute notamment de ressources humaines. Les maladies rares
concernent tout de même environ 3 millions de personnes, et cela est peut-être
encore sous-diagnostiqué.
Plus généralement, il est
crucial de créer le réflexe chez les professionnels de santé de consulter les
centres de référence. Car ils ne peuvent pas connaître toutes les maladies
rares. Or, un des principaux problèmes, aujourd’hui encore, ce sont les délais
de diagnostic qui restent terriblement importants, partout en Europe.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Depuis
2000, Christel Nourissier est Secrétaire générale d’Eurordis, association
européenne des maladies rares créée en 1997. Elle représente notamment
l’association au sein de la task-force de la Commission européenne
dédiée au sujet et est conseillère dans le cadre du projet Europlan. Elle est également
co-fondatrice de l’Association « Prader-Willi France ». En France,
elle a notamment participé à l’élaboration du premier plan Maladies Rares
(2005-2008) en France et fait partie du groupe de travail préparant le
deuxième.
« Les maladies rares appellent un système de santé performant mais aussi des réponses et actions spécifiques »
Entretien avec le Dr. Ségolène Aymé, directrice d’Orphanet et membre du comité de suivi du Plan national Maladies rares - Le 2/6/2010
Nextep :
Quel bilan tirez-vous du premier plan maladies rares 2005-2008 ?
S. Aymé : Le bilan du premier plan est
globalement très positif. D’abord, il s’agissait d’un signe politique très fort
car il positionnait les maladies rares comme une des cinq priorités
de santé publique suite à la Loi de Santé publique de 2004.
La France est le
premierpays au monde à avoir fait ça. Et
cela est justifié d’un point de vue de santé publique car même si les maladies
sont rares, les patients ne le sont pas. En outre, il s’agit de maladies importantes,
invalidantes et avec des répercussions fortes pour les malades et leur
entourage.
Par ailleurs il s’agit d’un
domaine qui appelle un système de santé performant mais aussi des réponses et actions
spécifiques. Et le premier plan y répondait parfaitement.
Il y a eu notamment
des avancées importantes dans trois domaines bien identifiés :
· L’information ;
qui est un pivot s’agissant de cette problématique. Si les maladies rares ne
sont pas enseignées, les professionnels de santé ne peuvent pas les connaître mais il faut qu’ils
accèdent à l’information au moment où ils en ont besoin. Depuis 1997, Orphanet s’est imposé comme le site ressource sur les maladies
rares à l’échelon mondial. Et cela est la conséquence directe du plan via
notamment le financement obtenu. Cela a permis en particulier de développer une
encyclopédie grand public vulgarisée mais aussi un outil de diagnostic en
ligne, des recommandations pour la pratique clinique… Le Ministère a
également fait des cartes d’urgence pour éviter de pratiquer des gestes non-recommandés
dans le cadre de certaines maladies.
· L’organisation
des soins ; notamment grâce à la création de centres de référence
nationaux puis régionaux, qui ont permis une approche basée sur la multidisciplinarité
et l’élaboration de guides de bonne pratique. Il s’agit d’un bilan à faire sur
le plus long terme mais on peut déjà dire que le fléchage et les moyens
supplémentaires ont permis d’améliorer les pratiques. L’approche française est
par ailleurs intéressante dans la durée car chaque centre s'est fixé ses objectifs d'amélioration sur 5 ans. Aujourd’hui, les objectifs sont presque tous remplis ; ce qui représente un vrai plus pour les patients.
· La
recherche : les maladies rares appellent des besoins spécifiques sur ce
point et notamment la nécessité de collaboration, tout particulièrement au plan
international. La France a ainsi constitué des réseaux et initié le financement
de collaboration entre 7 grands pays car il faut rappeler qu’aucun pays n’est capable
de financer à lui seul la recherche.
En revanche, ce qui est moins
positif et manque :
· Le
dispositif des centres de référence n’est pas optimal car il a été basé sur un système
d’appel d’offres libre qui a entrainé de trop grandes disparités, des chevauchements ainsi qu’une répartition
inégale des dotations alors que ces structures n’ont pas toutes les mêmes
besoins. Il aurait été préférable d’avoir une approche mieux organisée mais on
n’était probablement pas assez mûrs pour cela il y a 6 ans. D’autres
pays qui copient le système français réfléchissent à une approche permettant à
toutes les maladies rares d’être couvertes.
· L’épidémiologie
et les outils pour la recherche clinique n’ont pas été suffisamment développés.
Rien n’a été fait notamment car on avait confié des missions de collecte des
données par les centres de référence mais sans encadrement sur la façon de le faire.
Du coup, il n’y a pas beaucoup de données sur les patients à exploiter à la fin
du plan.
Quelles sont vos attentes s’agissant du deuxième plan pour 2010-2014,
qui devrait être prochainement annoncé ?
Il s’agira essentiellement de
renforcer ce qui marche bien, corriger ce qui est imparfait et développer
ce qui manque. Le deuxième plan est prévu et j’espère qu’il va se faire
prochainement. Les arbitrages financiers ne sont pas encore arrêtés mais les
grandes orientations ne devraient plus beaucoup bouger.
Sur la question
épidémiologique, il est prévu de mettre en place un entrepôt de données
nationales, avec des données minimales à faire remonter des centres de référence et qui seront définies conjointement. Cela permettra un suivi
en longitudinal des patients qui ont approché les centres.
Il faut par ailleurs améliorer
la connaissance de l’impact des maladies rares. Celles-ci ne sont en effet pas
traçables dans les systèmes d’information faute de codes dans la Classification Internationale des Maladies (CIM10). Il n’est donc pas possible d’exploiter les données du
PMSI. Sur ce point, il est acté que la nomenclature Orphanet, qui est
exhaustive et structurée, pourra être utilisée et permettra ainsi une véritable
exploitation des données. Le travail avec l’ATIH est en cours. C’est un dossier
qui avance, et d’autant mieux qu’Orphanet sert de référence pour la
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révision de la CIM10 ; la prochaine édition étant attendue en 2014.
Il faudra également procéder
aux corrections des imperfections du dispositif des centres de référence. Il s’agira ainsi
notamment de revoir le périmètre de sorte à assurer que toutes les maladies
rares soient couvertes, équilibrer le poids entre les différents centres en
fonction de leurs attributions et apporter plus de lisibilité car il existe parfois
des chevauchements. Il conviendra également de mieux répartir les dotations et
de prévoir notamment un financement sur projet.
En matière de recherche, il
est prévu la création d’une fondation de coopération scientifique pour
développer les partenariats public-privé dans ce domaine. Il y a certainement de
grandes opportunités en la matière. Il s’agit d’une recherche très innovante et
l’on veut que les industriels s’intéressent à cette recherche. A la fin, ce que les maladies attendent, ce sont des thérapeutiques
efficaces et accessibles.
Quelle est la position de la France sur ce sujet dans le contexte
européen (en avance, en retard) ?
La France est leader en Europe
du fait de l’initiative du premier plan maladies rares de 2004. Elle a ensuite porté
ce dossier devant la scène européenne. Il a ainsi été créé en 2004 une task-force
dont j’ai la présidence en ma qualité de française et Directrice d’Orphanet car
ce sont là des modèles d’actions sur ce sujet. Cela a conduit en 2008 à une
communication de la Commission européenne « Les maladies rares : un
défi pour l'Europe » qui a montré la nécessité de collaboration entre les
pays. Celle-ci faisait suite à une consultation publique qui a généré plus de
600 contributions, ce qui constituait un record. Et cela a aboutit en juin 2009
à une recommandation du Conseil des Ministres de la Santé à tous les Etats
d’avoir une stratégie ou un plan national d’ici 2014. L’Espagne, la Bulgarie et la Grèce en ont
déjà sorti et d’autres sont en préparation. La France présente donc plusieurs
longueurs d’avance.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Médecin généticienne et épidémiologiste,
Ségolène Aymé est directrice de recherche à l’INSERM, directrice d’Orphanet (portail
des maladies rares et des médicaments orphelins) et membre du comité de suivi
du Plan national Maladies rares. Elle a également des responsabilités
internationales, notamment à l’OMS.
« Il ne s’agit pas de rationner les soins mais de rechercher l’efficience et l’équité »
Entretien avec Jean-Claude K. Dupont, Chercheur en philosophie du droit et membre de la Commission Evaluation Economique et Santé Publique de la HAS - Le 3/5/2010
Nextep : L’évaluation des offres de
soins devient de plus en plus importante pour aider les décideurs publics à
faire des choix, notamment en matière de prise en charge. Quel est le rôle de
la CEESP, récemment créée, dans ce contexte ?
JC. Dupont :
L’importance croissante de l’évaluation en santé répond à une double-dynamique.
Tout d’abord historique puisque depuis le milieu du XXème
siècle et l’affirmation de la médecine
scientifique, la qualité en santé repose sur une démarche épidémiologique et les
connaissances partagées dans la communauté des chercheurs et des médecins. Ensuite,
il y a une prise de conscience générale que, si la santé est bien un droit
fondamental, ni les biens ni les ressources en matière de santé ne sont
illimités. Se pose alors la question de leur bonne (ou de leur meilleure)
utilisation.
L’installation
de la CEESP en juillet 2008, sous la présidence du Pr. Lise Rochaix, s’inscrit
dans ce double-contexte en visant à compléter l’identification de l’apport des
offres de soins en termes d’efficacité par une recherche de l’efficience. A ce
titre, il convient de souligner que la Commission n’intervient qu’en
post-inscription car le souci économique ne saurait prévaloir sur l’efficacité
thérapeutique. Et s’il est possible d’opérer des comparaisons strictement
scientifiques sur la base d’essais cliniques, ce n’est pas le cas pour
l’évaluation médico-économique qui requiert davantage de s’appuyer sur des
données en vie réelle.
Par
ailleurs, il est important de préciser que le travail dans un contexte de « rareté »
des ressources disponibles n’est pas synonyme de culture de la parcimonie. La
démarche économique repose la plupart du temps sur la comparaison directe ou
indirecte et la notion d’équilibre entre différents postes de dépenses, avec la
volonté de trouver un point d’optimalité. Et, s’il s’agit de donner des
indications sur le fait de mieux dépenser, cela peut aussi bien vouloir dire
dépenser autrement que dépenser plus dans certains cas où l’investissement
s’avérerait utile. En tout cas, il ne s’agit pas de mettre en place des outils
de régulation mais de documenter les enjeux en matière de santé pour aider à la
décision publique.
Comment s’intègrent les dimensions
éthiques et sociétales dans cette évaluation ? Quel peut-être leur
poids dans les recommandations aux pouvoirs publics ?
L’apport
des sciences humaines et sociales (économie, droit, sociologie, philosophie)
dans l’évaluation permet de compléter la dimension technique et scientifique.
Il s’agit d’élargir le spectre des méthodes d’évaluation dans une démarche commune
de validité et d’objectivité ; nous pourrons ainsi mieux identifier les
incertitudes et mieux aider le décideur public. La CEESP a conscience que des
résistances existent chez certains acteurs (médecins, patients, industriels…)
et qui sont fondées sur des soucis légitimes de leur point de vue. La volonté
de la Commission n’est pas de les ignorer mais de les identifier et d’expliquer
la démarche médico-économique, notamment le fait qu’il ne s’agit pas de
rationner les soins mais de rechercher l’efficience et l’équité.
A
ce titre, l’exemple du travail effectué sur les statines est tout à fait
parlant. La Commission est partie d’une évaluation scientifique sur le principe
de l’evidence-based medicine (EBM) intégrant une revue de littérature et une
méta-analyse. Ensuite a été entreprise une démarche de consultation publique
pour recueillir l’avis des acteurs impactés. Les recommandations finales ne
sont pas encore publiées (elles devraient
l’être en juin – NDLR) car la phase d’arbitrage pour l’intégration des
commentaires est encore en cours et témoigne de la volonté de ne pas aller trop
vite sur cette étape qui nous paraît éminemment importante sur le plan du débat
public et démocratique. En effet, il faut préciser que les méthodes
d’évaluation ne sont absolument pas figées mais amenées, notamment dans les
premiers temps, à être adaptées en fonction des sujets et ont vocation à être
améliorées en permanence.
Comment se gère dans ce contexte la
question des conflits d’intérêt ?
A
mon sens, il est important de savoir dans quelle mesure le conflit d’intérêt
peut impacter la décision finale. On ne peut pas tendre à vouloir imposer à
tout prix un consensus qui reposerait sur une discussion idéalisée dans
laquelle chacun serait parvenu à faire abstraction de ses intérêts au nom du
bien commun. Au contraire, de mon point de vue de philosophe, il me paraît
essentiel que s’expriment des intérêts concurrents et que ceux-ci puissent être
mis en balance dans le débat. Après tout, la prise en compte et la pondération
des intérêts des différents acteurs est une méthodologie qui est utilisée en
économie comme en droit.
Il
faut également envisager les limites concrètes qu’une interprétation trop
rigoureuse des conflits d’intérêt ferait peser sur l’évaluation. Les experts ne
peuvent pas se permettre d’être déconnectés de la réalité. Sur certains sujets,
ils sont tout simplement rares et il peut être difficile de trouver des
personnes susceptibles d’apporter des éclairages. Et puis le fait d’écarter
trop de monde pourrait à terme nuire à la représentativité dans le processus de
réflexion, ce qui s’en ressentirait sans doute dans l’adhésion et le suivi des recommandations.
Pour
autant, ces éléments de réflexion ne doivent pas occulter les efforts et l’attention
de la HAS sur cette question essentielle. A la CEESP, la politique de gestion
des conflits d’intérêts repose sur les principes d’indépendance et de libre
concurrence dans le cas d’un marché public. Et le souci est surtout de protéger
le processus d’évaluation et donc de décision en écartant des débats les experts
qui ont déclaré un intérêt majeur en rapport avec le sujet discuté.
Pensez-vous que ces évaluations
peuvent/doivent se décliner au niveau régional, afin notamment de lutter contre
les inégalités d’accès aux soins ?
Sans
doute, l’apport des sciences humaines et sociales dans l’évaluation est appelé
à se renforcer au niveau local, du fait de la proximité du terrain, des
contraintes organisationnelles et des différences d’orientations importantes
qui peuvent intervenir entre les acteurs locaux ; autant d’aspects sur
lesquels l’économie et les autres disciplines mentionnées peuvent apporter des
éclairages.
Au
niveau de la CEESP, plus on élargit le spectre de l’évaluation, plus on se
rapproche des contraintes du terrain. Le bon usage reste ainsi une
préoccupation essentielle car on peut avoir une thérapeutique efficace voire
optimale qui sera sous-exploitée si l’on a un défaut d’observance. S’il est
difficile d’intervenir sur la mise en place des recommandations et la
confrontation avec la réalité du terrain, le principe n’est pas de générer de
la régulation venant d’en haut. Il faut au contraire se donner les moyens
scientifiques de conclure à l’efficacité et à l’efficience, dans un premier
temps, puis aussi d’identifier et de gérer les déterminants sociaux qui feront
que ce sera suivi d’effets.
Propos recueillis par Guillaume
Sublet
Jean-Claude
K. Dupont est membre permanent de la Commission Évaluation Économique et Santé
Publique (CEESP) à la HAS depuis sa création en 2008. Docteur en philosophie et
titulaire d’un DEA transdisciplinaire (philosophie et droit), il a été collaborateur
au Centre de Théorie Politique et chercheur au Centre Perelman de philosophie
du droit de l’Université Libre de Bruxelles, puis assistant au Collège de
France dans la Chaire de philosophie des sciences biologiques et médicales du
Pr. Anne Fagot-Largeault. Il est l’auteur de plusieurs publications, notamment
relatives aux droits de l’homme et aux questions de santé.
Les ARS, « un espace de dynamisme pour mieux prendre en charge la santé de nos concitoyens »
Entretien avec Jean-Yves Grall, Directeur général de l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Lorraine - Le 1/4/2010
Quel
est l’apport des Agences Régionales de Santé (ARS) par rapport à
l’organisation actuelle ?
Les ARS vont permettre de
réunir au sein d’un même établissement public des fonctions éclatées qui
jusqu’alors appartenaient à des responsables différents (DRASS, UNCAM,…), sur
le même territoire. Cela permettra un décloisonnement qui aboutira à une prise
en charge plus cohérente et transverse.
Les ARS auront un enjeu
structurel qui sera d’assurer leur organisation avec des services transverses.
Gérer cette transversalité sera un des enjeux de leur réussite.
Les ARS auront toutes les
mêmes missions : la prise en charge de la santé publique par le biais d’un
plan régional de santé. Mais, si leurs fonctions seront partout les mêmes,
elles ne feront pas forcément partout la même chose et de la même façon.
La mise en place des ARS
est une grande avancée à la fois par le décloisonnement induit mais aussi par
la cohérence du projet. Elle constitue également une plus-value en termes
d’efficience du dispositif, instaurant une dynamique ainsi qu’une unité de
commandement. Les ARS seront au final un espace de dynamisme pour mieux prendre
en charge la santé de nos concitoyens.
Quelle
pourrait-être la prochaine étape dans la régionalisation de la santé ?
Avant de pousser la
régionalisation plus avant, faisons la base, et faisons-la bien. Cette réforme
est tournée vers le patient et permet de donner des orientations de santé
publique grâce au décloisonnement des structures. Un travail important
d’installation sera cependant nécessaire.
Vous
avez été l’auteur d’un rapport sur le médicament à l’hôpital. Or,
l’industrie pharmaceutique se pose précisément beaucoup de questions sur les
relations qu’elle pourra entretenir avec les futures ARS ?
La régulation du médicament
et des produits de santé doit être une politique de juste prescription. Les ARS
vont jouer là-dessus. Le poste médicament est loin d’être marginal et une
action sur sa régulation au niveau régional devra être mise en œuvre. Les
politiques de bon usage trouveront une caisse de résonnance plus importante
qu’à l’heure actuelle, en raison du décloisonnement opéré.
Ce décloisonnement au sein
des ARS permettra de stimuler l’utilisation de bonnes pratiques pour les
produits de santé. Il n’y aura pas de protocoles de traitement locaux :
les AMM, tout comme les prix restent au niveau national.
Les politiques des ARS vont
déterminer un plan régional de santé pour chaque région. Il n’y aura pas de
relations institutionnelles en tant que telles entre les ARS et les industriels.
Mais, comme chaque acteur, l’industrie pharmaceutique devra suivre avec
attention les orientations des politiques de santé publique données par les ARS,
en matière de prévention par exemple.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
A
53 ans, Jean-Yves Grall vient d’être confirmé comme Directeur général de l’Agence
Régionale de Santé (ARS) de Lorraine après en avoir été le préfigurateur
pendant 6 mois et, auparavant, Directeur de l’ARH pendant 2 ans. Avant cela, il
a été Conseiller Médical auprès du Directeur de l’ARH Ile-de-France puis de la
Directrice de la DHOS. Il a également été Conseiller Général des Etablissements
de Santé au Ministère de la Santé. Médecin de formation, Jean-Yves Grall a
commencé sa carrière comme cardiologue libéral puis praticien hospitalier.
« La Chine est un marché qui se normalise à grands pas »
Entretien avec Michel Vounatsos, Président de MSD China - Le 3/3/2010
Nextep : Comme pour d'autres secteurs, on parle aujourd'hui de la Chine comme d'un marché pharmaceutique émergent. Quelles en sont actuellement les grandes tendances ?
Michel Vounatsos : La croissance est effectivement très soutenue, entre 20 et 25% depuis plusieurs années, y compris en 2009 et en 2010, année pour laquelle les prévisions sont encore de 20%. Aujourd’hui, le marché pharmaceutique chinois est très fragmenté, avec de nombreux acteurs dont le n°1 ne détient que 2% de part de marché. Toutefois, on assiste à une concentration assez rapide du secteur.
L’immense majorité du marché repose aujourd’hui sur des produits dont le brevet est échu. L’innovation ne représente pour l’instant que 5% des traitements disponibles. Il faut toutefois noter que le cycle de vie des produits est très long en Chine. Il y a vraiment une vie après le brevet, avec des croissances toujours soutenues en volume comme en valeur. J'en veux pour preuve que 7 des 10 premiers médicaments vendus en Chine sont hors-brevet. De son côté, si l’accès au marché des produits innovants reste très long, c'est un domaine en cours de normalisation.
La médecine traditionnelle occupe toujours une place importante, et ce segment bénéficie d'un fort soutien, tant de la part des autorités que de la part de la population. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce secteur continue d'afficher une forte croissance.
Nextep : Est-il simple pour un laboratoire étranger, comme Merck, de se développer en Chine, par rapport à la réglementation mais aussi peut-être à une forme de protectionnisme ? Michel Vounatsos : Les laboratoires locaux représentent environ les trois quarts du marché chinois, laissant à peu près 25% aux entreprises étrangères. Les multinationales sont évidemment en concurrence avec les entreprises locales.
Mais la Chine est un marché qui se normalise à grands pas. Le concept du « it is good enough for China » est désormais obsolète. Le pays dispose aujourd'hui de critères de compétence et d’excellence opérationnelles comparables à ceux des pays développés. Il reste encore quelques problèmes de qualité sur certains produits, mais les autorités se montrent particulièrement vigilantes, notamment pour éviter les scandales à dimension internationale qui ont pu survenir ces derniers temps et qui ont terni l’image de la Chine.
De la même manière, la propriété intellectuelle reste un domaine à surveiller – comme dans de nombreux autres pays. Les autorités chinoises ont bien compris qu’une protection forte était nécessaire sous peine que les investissements ne suivent pas. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine des sciences du vivant.
Nextep : Quel est le positionnement de l'industrie nationale chinoise et quelles sont ses perspectives de développement, notamment à l’international ?
Michel Vounatsos : Le marché est dominé par les « branded generics » (génériques de marque). En Chine, la marque possède une valeur incontestable, notamment pour le médecin et le patient. On observe cependant aujourd’hui beaucoup d’investissements dans la R&D. Il y a ainsi une industrie nationale émergente, à commencer dans des secteurs comme les biosimilaires et les produits présentant des processus de fabrication complexes.
Les laboratoires locaux ont aujourd’hui une présence essentiellement chinoise mais il y a une grande volonté d'expansion à l’international, en particulier de la part des autorités qui visent une pénétration sur les marchés américain et européen. Elles encouragent ainsi les regroupements afin de créer de véritables champions nationaux, notamment sur des produits à haute valeur ajoutée.
Nextep : Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de la réforme de la santé, actuellement en cours ?
Michel Vounatsos : En Chine, la tendance est à une très forte urbanisation et à un rapide vieillissement de la population (tous les 5 ans, la catégorie des plus de 55 ans augmente de l’équivalent de la population espagnole). Sur le plan épidémiologique, la Chine se rapproche des pays développés, avec notamment le développement des cancers, des maladies cardio-vasculaires et la diminution des infections. Par ailleurs, on constate des différences majeures entre les sociétés urbaines et rurales mais aussi entre l’Est, plus développé, et l’Ouest, en développement.
Aussi, les autorités chinoises souhaitent construire un système de santé plus harmonieux. Pour cela, elles ont prévu des investissements massifs tant en termes d’infrastructures que de moyens – à hauteur de 125 milliards de dollars pour l’instant. Ces investissements doivent servir, entre autres, à mettre en place une couverture sociale universelle, à développer la prévention et à donner accès à la population aux médicaments considérés comme essentiels.
Les autorités chinoises partent du principe que pour garantir une croissance économique soutenue, il est nécessaire de disposer d’un système de santé performant et adéquat. Des objectifs clairs ont ainsi été déterminés dans chaque Province, et ils feront l'objet de bilans réguliers. S'il reste encore beaucoup de chemin à faire, la mise en place est très rigoureuse.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Michel Vounatsos est Président de MSD (Merck&Co) China depuis décembre 2008. Il a dirigé auparavant les filiales française, belge et polonaise du groupe.
Si vous souhaitez
reprendre tout ou partie de cet entretien pour publication, merci de citer la
source et de nous prévenir.
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