« Pour les études et la recherche en santé publique, il faut pouvoir disposer de données »
Entretien avec Christian Babusiaux, président de l’Institut des données de santé - Le 1/2/2012
Quelle est la portée de l’arrêté relatif à l'accès aux données de santé qui vient de paraître (le 22 janvier 2012) ?
Pour les études et la recherche en santé publique, il faut pouvoir disposer de données. Or, certaines bases sont si difficiles d'accès que bon nombre de chercheurs jettent l'éponge. L’arrêté permet l’approbation d’un protocole signé le 2 février 2011 et étend les obligations du SNIIR-AM (Système national d’informations inter-régimes de l’assurance-maladie). Jusqu’ici conservées deux ans plus l’année en cours, les données - qui portent sur le remboursement de l’ensemble des Français - seront désormais archivées pendant dix années supplémentaires. Il s’agit d’une avancée importante en matière d’épidémiologie.
Selon la même logique, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a désormais accès aux données individuelles anonymisées du SNIIR-AM. Les statistiques agrégées seront quant à elles accessibles aux structures membres de l’Institut du développement social, aux agences sanitaires, à certains instituts de recherche ainsi qu’aux ARS.
De surcroit, les complémentaires santé qui participent au projet Monaco - qui vise à apparier des prestations remboursables par les organismes d’Assurance maladie complémentaire et celles des régimes d’Assurance maladie obligatoire et combinant à la fois les soins ambulatoires et hospitaliers - disposent désormais d’un accès aux données « anonymisées » de santé.
Le projet Monaco, qui s’intéresse à une cohorte de 2 500 à 3 000 patients, est en phase expérimentale jusqu’à la fin du premier semestre 2012. Se posera alors à l’issue de cette période, d’une part, la question de l’exploitation utile des données ainsi rapprochées et, d’autre part, celles de la généralisation et de l’utilisation courante de l’outil. Inéluctablement donc, le débat de l’accès des complémentaires aux données se posera.
Cela est l’aboutissement de l’expérimentation que vous avez initiée en 2003 ; pouvez-vous nous rappeler quels en étaient les principes ?
Nombreuses complémentaires santé réclamaient de longue date l’accès aux données relatives à la consommation de produits de santé, jusqu’alors réservées à l’Assurance-maladie. Il était impossible de leur accorder l’accès à ces données sans le consentement du patient. J’ai donc effectué, à la demande de Jean-François Mattei, un rapport préconisant deux voies d’action, qui ont toutes les deux été testées : la télétransmission de données anonymisées et la présentation d’une carte spécifique en officine autorisant la télétransmission des données.
Le concept va au-delà de ne plus considérer les mutuelles comme des payeurs aveugles. L’objectif de est au final de permettre aux complémentaires santé de proposer des contrats adaptés aux besoins des patients. Une offre adaptée devrait infléchir à moyen ou long terme les pratiques des patients et améliorera leur santé. Mais il est encore beaucoup trop tôt pour déduire l’impact sur la consommation, de médicaments comme d’autres produits de santé.
Mais, aujourd’hui, on est sur quelque chose d’encore plus global. En effet, quand on constate l’extraordinaire insuffisance des études épidémiologiques, l’insuffisance extrême des systèmes de veille sanitaire et la méconnaissance dans la prise en charge des patients, le tout exacerbé par des crises comme celle du Mediator, on voit bien qu’il y a un énorme besoin de connaissances.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Accord-cadre sur les DM : « Mieux vaut être dedans que dehors »
Entretien avec André Tanti, Vice-président du CEPS - Le 6/1/2012
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L’Accord-cadre
sur les dispositifs médicaux a été signé le 16 décembre dernier, peut-on dire
que cela est historique et comment cela s’est-il déroulé ?
Il s’agit en effet du
premier du genre. Depuis 17 ans, un accord-cadre existe et a été renouvelé dans
le domaine du médicament. Deuxième caractéristique majeure : pour le
médicament, il n’y a qu’un seul interlocuteur : le LEEM.
En revanche, dans le domaine du DM, compte tenue de la diversité des acteurs et
des syndicats, ce ne sont pas moins de 26 signataires qui sont impliqués. Et
certains pourraient encore utiliser un article qui permet d’intégrer l’Accord
en cours de route.
Le texte a été négocié
entre fin mars et début septembre 2011 avec 13 organisations, qui concernaient
surtout des produits avec beaucoup de lignes dans la LPP (liste des produits et
prestations) ou impliquant des montants importants de remboursements. Cette
première phase était quasiment bouclée au 7 septembre et nous avons ensuite
pris contact avec une vingtaine d’autres organisations sur cette base, dont la
quasi-totalité a adhéré.
Pour rappel, la prévision
d’un accord sur les DM a été décidée dans la LFSS 2011 et a donc réussi à être signé dans
l’année. Il s’agit donc d’une bonne performance.
Vue
justement la multiplicité et la diversité des signataires, une application
uniforme est-elle possible ?
Le challenge de départ
était de signer un seul accord avec l’ensemble des parties. En fonction de la
situation de chacun, il y aura un impact plus ou moins fort selon les articles.
En tout cas, une chose est
claire : mieux vaut être dedans que dehors, même pour ceux qui ne sont pas
directement concernés aujourd’hui.
Quelles
sont les principales avancées apportées par cet accord ?
Tout d’abord, les tarifs
faisaient l’objet de beaucoup de discussions et on a trouvé une modalité pour
faire fonctionner un système dans lequel on met des prix limites de vente mais
sans prix de cession fixe. Ensuite il s’agira de faire de l’observation du
marché.
On peut également souligner
de grandes avancées s’agissant des études post-inscription ; un point sur
lequel l’Accord se révèle véritablement innovant. Il est d’ailleurs probable
que le principe soit repris dans la prochaine révision de l’Accord-cadre sur
les médicaments.
Tout le monde se plaignait que les études ne se faisaient pas. On a fait en
sorte que cela soit possible, notamment via une concertation pilotée par le
Comité. Il suffit parfois de mettre quelques gouttes d’huile dans les rouages
pour que la machine reparte. La HAS
et sa CNEDIMTS (Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et
des technologies de santé) ne sont pas signataires mais il y a eu une vraie concertation
sur la rédaction et elles étaient mêmes présentes lors de la signature pour
apporter leur caution. Cela ne portera pas atteinte à l’indépendance de la HAS qui peut toujours prendre
ses décisions de façon autonome. Simplement, quand ils demanderont des études
pour pouvoir juger un produit, c’est le CEPS qui contractualisera les études et
qui aura la capacité de sanctionner en cas de non-réalisation. Il y avait un
vrai besoin de se comprendre entre les 3 parties concernées (HAS, CEPS et
entreprise) et l’accord y répond, en permettant notamment d’éviter de mauvaises
interprétations sur la demande de la CNEDIMTS. Cela va enlever beaucoup d’incertitudes
sur la compréhension de l’étude, y compris au niveau industriel. Et il y aura
davantage de visibilité sur les potentielles sanctions.
Sinon, le premier chapitre est
également intéressant puisqu’il vise à avoir de meilleurs échanges
d’informations. Nous nous sommes ainsi donnés un an pour réaliser une base de
données sur les DM. Il ne s’agira pas de s’aligner sur le GERS qui a été au
départ constitué par les laboratoires pharmaceutiques pour des intérêts
propres. Mais cela coûte très cher et les industriels du DM n’ont pas forcément
les moyens ni d’intérêt à avoir des données aussi précises. Par ailleurs, nous
avons de plus en plus d’informations de la CNAM. Aujourd’hui,
on a donc surtout besoin d’avoir des informations sur les marchés réels. Il y a
notamment tout une partie des DM sur laquelle on a une grande ignorance du fait
qu’ils ne sont pas directement remboursés par la Sécurité sociale. C’est
notamment le cas pour tous ceux qui relèvent des achats hospitaliers. La base
va donc dépendre de l’objectif final mais aussi de ce que pourront vouloir les
entreprises.
Cela
va-t-il permettre de répondre à la volonté de connaître davantage le secteur du
DM, exprimée dans le cadre de la
Loi de sécurité sanitaire ?
Déjà, la négociation de
l’accord a permis d’établir un dialogue plus important avec les représentants
des entreprises. Les Assises du médicament et la Loi « Mediator » appellent
effectivement à avoir une meilleure connaissance sur ce secteur. Mais il n’est
pas sûr que le prochain Mediator sera un DM, contrairement à ce que certains
proclament. En tout cas, il n’y a pas plus de raisons que pour un autre
produit. Que ce soit sur Mediator ou s’agissant des prothèses mammaires PIP, il
s’agissait a priori une fraude. Il faut que la Loi sur la sécurité sanitaire permette de lutter
davantage contre ce type de pratiques.
Quelles
pourraient être les suites de l’Accord. S’agit-il d’un premier pas vers un
encadrement plus poussé des tarifs ?
Il faut d’abord rappeler
que, pour un médicament, les marges sont fixées ; ce qui n’est pas le cas
des DM où ces règles n’existent pas. Aujourd’hui, il existe certains prix
limites de vente dans la LPP
mais très peu de prix de cession fixes. Nous avons trouvé un équilibre avec les
fabricants et les pharmaciens dans l’article 26 de l’Accord. Celui-ci permet
notamment de prévoir des prestations de services associés aux dispositifs, y
compris au niveau des pharmaciens (ex : formation du patient, impacté
directement dans le tarif fixé). Il faut par ailleurs faire attention à ce que
les baisses de tarifs ne génèrent pas de reste à charge trop important pour le
patient. Cela devrait donc passer par des prix limites de vente puis une phase
d’observation, notamment sur les marges, comme cela est fait depuis 2 ans sur
la nutrition par exemple. Il n’est donc pas prévu de généraliser des prix de
cession fixes mais plutôt de construire des objectifs.
S’agissant des produits
remboursables, une étude IGAS de novembre 2010 montrait que cette enveloppe qui
ne représentait pas grand-chose il y a 15 ans, connaît la plus forte croissance
et représente aujourd’hui 7 à 8%. Il faut donc se pencher sur les raisons de
cette croissance et tenter d’identifier les dépenses inutiles. Par exemple, les
dépenses de maintien à domicile, qui ne sont pas toujours compensées par une
baisse au niveau des hôpitaux.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
« L’Accord-cadre est le témoignage de la volonté des pouvoirs publics de comprendre les spécificités du DM »
Entretien avec Eric Le Roy, Directeur général du SNITEM, et François-Régis Moulines, Directeur Affaires publiques et juridiques et de la communication - Le 6/1/2012
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Pourquoi signer maintenant
un accord sur les dispositifs médicaux ?
La Loi avait prévu le principe d’un Accord-cadre (art.52
LFSS 2011) qui est un accord de « bonne communication » entre le
Comité et les acteurs du DM. On est aujourd’hui dans un souci de transparence.
Une partie seulement des produits sont à prix administré et relève dans ce
cadre de la liste des produits et prestations remboursables, domaine de
compétence du comité économique des produits de santé (CEPS). Le mérite de
l’Accord-cadre est ainsi de donner de la visibilité, notamment aux fabricants. Tous
n’ont pas l’habitude de négocier avec le CEPS et ont besoin de savoir comment
travailler ; ce qui est difficile sans référentiel. Cela est d’autant plus
important que le secteur compte de nombreuses TPE. Or, le seul élément qui existait
jusque-là était la partie consacrée au DM dans le rapport annuel du CEPS.
L’Accord permet ainsi de poser des définitions, préciser des pratiques, la
doctrine du CEPS et établir le cas
échéant des procédures.
Quelles sont les
mesures phares de l’Accord ?
Il y a quatre principaux chapitres. Tout d’abord, le partage
d’informationcar Il n’y a actuellement pas de données statistiques exhaustives.
Et il faudra donc veiller sur ce sujet à
la soutenabilité économique pour les opérateurs du secteur.
Le chapitre 2 sur les études post inscription est un grand apport car il pose
par écrit un mécanisme de coordination entre la HAS et le CEPS. Cela dénote une
véritable volonté de pragmatisme pour les dispositifs.
La troisième partie porte sur le cadre conventionnel. Il est
important de donner une lisibilité sur la doctrine et les pratiques du CEPS. A
ce titre, l’Accord est en quelque sorte un mode d’emploi sur la façon de
travailler avec le CEPS.
Vu le nombre de
signataires, la mise en œuvre de l’Accord ne risque-t-elle pas être
difficile ?
L’existence même de l’Accord-cadre montre que la principale difficulté
a été surmontée ; ce qui n’était pas a priori évident il y a un an, avant
le début des négociations.
Cette signature
représentant une première étape historique pour le secteur, comment pourrait
évoluer l’Accord par la suite ?
L’Accord prévoit un Comité de suivi. Nous allons donc voir,
en fonction de la pratique, les points qui mériteront d’évoluer. Au moins une
fois par an, nous aurons une réunion d’évaluation avec toutes les parties
signataires. Tout va cependant dépendre de la façon dont le CEPS va appliquer le
texte en pratique. A ce titre, le SNITEM sera particulièrement vigilant sur
l’équilibre des décisions qui seront prises sur cette base. Cela nécessite en
tout cas une compréhension de notre secteur qui est très
particulier et très varié. Nous ne sommes pas du tout dans les mêmes masses de
volumes que pour le médicament.
De façon générale, il est important de rappeler que l’Accord
s’inscrit dans le cadre de la Loi et des réglementations existantes et ne peut
leur suppléer. Mais, de toute façon, l’intérêt de la démarche est de construire
un dialogue avec le Comité ; ce qui fait de l’Accord un véritable
« gentleman agreement ». Nous l’avons signé car il est propre au
secteur Cet Accord est, selon nous, le
témoignage de la volonté des pouvoirs publics de comprendre les spécificités du DM et ne pas appliquer
brutalement des recettes qui qui ne correspondent pas à la réalité de notre
secteur.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Accord-cadre sur les DM : « Pour soutenir l’innovation, il reste aujourd’hui nécessaire de travailler à des solutions alternatives»
Entretien avec Frédérique Debroucker, Directeur des Affaires économiques, et Antoine Audry, Directeur des Affaires publiques de Medtronic France - Le 6/1/2012
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Pouvez-nous
nous rappeler les raisons de cet Accord historique pour le secteur des
dispositifs médicaux ?
Cet accord s’inscrit dans l’évolution
naturelle du dialogue entre les entreprises du Dispositif Médical et l’Etat. Le
périmètre thérapeutique et de prise en charge du Dispositif Médical évolue très
rapidement et ce secteur d’activité connait donc une croissance assez forte. Il
était somme toute logique que les autorités renforcent encore leur attention
sur cette ligne budgétaire.
Comment se sont
déroulées les négociations, vu notamment le nombre de participants ?
La négociation s’est passée dans de très
bonnes conditions, ce qui est à souligner compte tenu de la diversité des
organisations syndicales autour de la table. Chacun était convaincu que la
démarche se voulait positive et il existait une réelle volonté commune
d’aboutir rapidement à un consensus sur une première version assez précise.
La tentation était forte pour les
pouvoirs publics d’appliquer au Dispositif Médical des recettes qui existaient
déjà dans le domaine du médicament. Le point le plus crucial était donc de
définir un système propre au DM, mais aussi améliorer ce qui se faisait déjà.
Dans ce cadre, Medtronic a été force de
proposition, en parfaite synergie avec le SNITEM et l’ensemble des acteurs qui
devaient être intégrés dans ce processus de création. L’éventail de nos
activités nous permet en effet de donner des éclairages très concrets et
pratiques, notamment sur les études post-inscription. Nous avions déjà un
dialogue ouvert et constructif avec le Comité et nous avons pu aboutir
rapidement à un texte équilibré, intégrant la diversité et la complexité de
notre secteur d’activité.
Quels
sont justement les principaux apports de cet Accord, notamment pour un groupe
comme Medtronic ?
Le principal point d’avancée porte sur
les études post-inscription. Le CEPS souhaitait améliorer la mise en œuvre de
ces études dont le nombre a explosé depuis la mise en place de la LPP en 2000
et qui ont connu de réelles difficultés de mise en œuvre. En l’absence de
système clair, seule la moitié d’entre elles avait pu être réalisée. L’objectif
était de définir un schéma pragmatique et c’est désormais chose faite sur le
papier. Pour la première fois, il existe une vraie procédure de mise en œuvre
des études, avec une concertation HAS/CEPS, des échéances précises et un principe
d’équilibre économique. Ce point, introduit à la demande du Snitem, est
essentiel car il vise à rendre compatible le coût de mise en œuvre de ces
études et les CA des produits pris en charge. L’encadrement est ainsi clarifié.
Il est aussi plus strict puisqu’il introduit des pénalités en cas de manquement.
Soulignons ici l’écoute des pouvoirs publics quant aux problèmes économiques et
de faisabilité de ces études. Il reste bien sûr à évaluer en pratique ce
nouveau dispositif, mais les avancées sont significatives.
Le deuxième point majeur de cet accord
concerne le partage des informations. Des données statistiques additionnelles seront
demandées sur l’accès au marché. Cela ne changera pas fondamentalement notre
façon de travailler car ces données sont déjà collectées via le SNITEM. De
plus, les attentes des autorités restent en accord avec la réalité de nos
marchés car il aurait pu être tentant de s’aligner sur le GERS pour les
médicaments. Par contre, si la volonté est à terme d’obtenir des données très
précises, notamment hospitalières, cela risque de s’avérer en pratique très difficile,
notamment du fait du nombre très élevé de références que compte ce secteur
d’activité.
Avec
de nombreux signataires et des DM de natures différentes, peut-on envisager
une application uniforme de l’Accord ?
Le texte en lui-même est relativement
simple car il pose le principe d’un accord « chapeau ». Mais on ne
peut naturellement pas demander la même chose à un fabriquant d’implant, un
fournisseur de services ou un distributeur de pansements ! Il sera donc crucial
d’adapter la mise en œuvre de l’accord à chacune des situations.
Cet
Accord peut-il être un premier pas vers le même type d’encadrement des tarifs
que pour les médicaments ?
Tout en assurant l’accès aux patients,
le CEPS affiche très clairement ses objectifs et tout particulièrement pour ce
qui concerne la maitrise des dépenses. Les tarifs en général, et celui des lignes
génériques en particulier, sont déjà très encadrés avec une révision régulière pour
chaque catégorie..
Comment
cet Accord s’inscrit par rapport à la recherche de compétitivité des acteurs du
DM ?
En France, la régulation de l’accès et
de la diffusion du Dispositif Médical est particulièrement complexe. La réforme
de la sécurité sanitaire et les dispositions issues de la LFSS pour 2012 vont
encore renforcer ce constat. Ce n’est plus un secret, l’accès aux innovations est
ainsi beaucoup plus rapide en Allemagne.
L’esprit de cet accord cadre, c’est
précisément de fluidifier les procédures et les relations. Seul l’usage nous
dira si cet objectif est atteint. La mise en pratique est en effet toujours le
point critique. On a par exemple perdu beaucoup de temps sur l’application de l’article
L165-1-1du Code de la Sécurité sociale
– dispositif permettant de faciliter l’accès et la diffusion des innovations,
particulièrement adapté aux spécificités du DM - alors même qu’il existait une
réelle volonté politique.
Au final, l’Accord-cadre
apparaît comme l’un des éléments positifs dans un contexte de plus en plus contraint.
Cet environnement pourrait devenir un véritable défi pour la France en termes
d’attractivité. Pour soutenir l’innovation, il reste aujourd’hui nécessaire de
travailler à des solutions alternatives, à l’image de cet article L165-1-1 ou
des dispositions issues du Grand Emprunt. Des choses intéressantes sont d’ores
et déjà à l’étude dans le cadre des travaux constitutifs du prochain CSIS[1], mais aussi au sein de l’ARIIS, en partenariat avec
l’AVIESAN. Nous croyons enfin beaucoup à l’intérêt des Agences Régionales de
Santé pour construire des programmes innovants en réponse aux enjeux de santé
locaux. La diffusion de nouvelles technologies, pratiques et métiers qui
doivent progressivement s’intégrer dans le système de soin passera par l’implication
d’acteurs nouveaux.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
« Il faut à tout prix éviter la déstabilisation économique de l’officine »
Entretien avec Philippe Gaertner, Président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF) - Le 1/12/2011
Nextep : Où en sont
les mesures envisagées pour faire face à la crise que traversent actuellement
les officines ?
Philippe
Gaertner : Nous avons estimé qu’il était nécessaire de revoir le
mode de rémunération de l’activité. Pour replacer dans le cadre historique, le
système mis en place en 2000 tenait compte de l’augmentation des prix des
médicaments et des volumes, mais n’est plus pertinent avec des prix qui sont désormais à la baisse. Du coup, la marge des
officines se retrouve à l’étal depuis 2006.
En 2011, l’évolution tendancielle
du marché ne compense plus les mesures, prévues notamment dans les PLFSS et qui
aboutissent à un ONDAM négatif pour l’officine. Ainsi, un ONDAM à 2,5% [prévu pour l’an prochain – NDLR] représente
en fait -3% pour l’officine. Le delta est énorme ! On ne peut plus rester
sur ce modèle de marge. D’où la lettre de mission à l’IGAS en début d’année, amenant
aux évolutions prévues à l’article 39 [74 dans la numérotation issue du
vote définitif – NDLR] du PLFSS 2012. Celui-ci apporte notamment
une modification importante de la portée de la convention avec
l’Assurance-maladie avec une marge pouvant être mixte, à la fois basée sur les
prix mais aussi avec une partie d’honoraires. Il est également prévu une sorte
de pendant à la convention médicale avec des possibilités de paiement à la performance
et des objectifs liés aux nouvelles missions du pharmacien.
Cela va se mettre en place
en deux temps : il faut tout d’abord attendre la parution de la Loi puis il
s’agira d’entamer la négociation de la convention début 2012. Les évolutions attendues
doivent permettre d’arrêter la spirale infernale de baisse. Surtout lorsque
l’on voit les nouvelles mesures, notamment dans le PLFSS 2012, sur les
génériques.
Nextep : S’agissant
des génériques, les pharmaciens ont-ils encore un rôle à jouer pour leur
développement ?
Tout à fait. Il existe encore
des marges de manœuvre importantes sur les génériques, et même probablement plus
importantes dans les années qui viennent. Dernièrement, le taux de substitution
a baissé, non par la faute des pharmaciens mais du fait de l’absence de
réaction des pouvoirs publics à la mention non-substituable sur les ordonnances
et à la remise en cause de la qualité du générique, avec une suspicion qui s’est
encore accentuée avec l’affaire du Mediator. Par contre, des molécules
importantes vont prochainement arriver dans le Répertoire. Simplement, il ne
faudra pas casser la dynamique, avec de nouveaux TFR par exemple.
Par ailleurs, la qualité
doit être garantie en amont sur les produits qu’il est possible de substituer.
Sinon, c’est un impact négatif qui rejaillit sur l’ensemble des génériques. De
même pour le non-substituable qui remet implicitement en cause la qualité du
générique. Cela nécessite des mesures coordonnées, notamment de l’UNCAM et de
l’AFSSAPS. En tout cas, l’officine ne peut pas contrer à elle seule l’atmosphère
ambiante de défiance et de doute.
Quant à la potentielle ouverture
du Répertoire, il s’agit avant tout d’une décision politique, pour des raisons
d’économies. Ce que l’on attend, par exemple sur le respiratoire, c’est la
garantie de l’équivalence donnée par l’AFSSAPS.
Nextep : Un peu plus
d’un an après la mise en place des ARS, quelle vision en avez-vous, notamment en termes de coordination ?
S’agissant des ARS, on est
encore dans une phase d’installation, tout particulièrement dans la mise en
place des relations avec les professionnels de santé. Pour les officines, les enjeux
apparaissent moins immédiats, car il n’y a pas de problème de permanence des
soins ni de répartition territoriale. Les officines ne sont donc clairement pas
dans les priorités d’accès aux soins des Agences. Il faudra cependant faire attention
à l’avenir à ne pas déstabiliser le réseau officinal, notamment dans le cadre
de l’émergence de maisons pluridisciplinaires.
Par ailleurs, alors que les
ARS sont censées participer au décloisonnement, les projets sont encore aujourd’hui
essentiellement hospitalo-centrés, même s'ils sont tournés vers la ville. On favorise toujours
l’hôpital par rapport à la ville, ce qui est un vrai problème pour l’activité libérale.
Nextep : Pour revenir
sur les négociations de la convention, qui devraient être le point critique de
l’an prochain, quelles sont vos attentes ?
Ce que l’on veut éviter à
tout prix, c’est la déstabilisation économique de l’officine. Il faut prendre
en compte notre différence. Nous sommes des entreprises et pas simplement des
professionnels de santé et fonctionnons ainsi de manière beaucoup plus
comparable à la radiologie qu’à la médecine libérale. Notre volonté est de
parvenir à la mise en œuvre de la Loi HPST, notamment dans le cadre du pharmacien
correspondant, pour un meilleur suivi et une meilleure observance des
traitements. Nous pouvons ainsi largement participer à l’objectif d’efficience,
à condition de cibler les patients à accompagner car nous ne pourrons pas
accompagner tout le monde.
Par ailleurs, la participation
des réseaux de ville aux EHPAD d’ici 2013 sera un enjeu crucial pour l’officine,
qui ne peut pas se permettre de perdre ce marché. Et il faudra également
réfléchir, de manière connexe, à la place que l’on peut donner aux préparations
des doses administrées qui sont à la fois un enjeu économique et de société.
Propos recueillis par Guillaume Sublet
PLFSS : « S'agissant des dépenses, leur maîtrise est tout aussi nécessaire qu'elle doit être efficace »
Entretien avec Yves Daudigny, Sénateur de l’Aisne et Rapporteur pour le PLFSS 2012 - Le 2/11/2011
Nextep : Dans le contexte actuel
de crise, quelles orientations souhaitez-vous donner au PLFSS 2012 en tant que
Rapporteur ?
Yves Daudigny : Le projet de loi de financement de la sécurité
sociale (PLFSS) annuel porte sur trois exercices. Son examen offre au Parlement
la possibilité de considérer en même temps les tableaux d’équilibre de l’année
précédente – en l’occurrence 2010 –, ceux de l’année en cours et les prévisions
de recettes et les objectifs de dépense pour l’année à venir.
Encore
le terme « d’équilibre » est-il fort mal approprié, s’agissant de
tableaux dont le solde est constamment négatif depuis dix années
successives !
J'entends,
pour ma part, faire un constat de vérité, dans une approche financièrement plus
responsable à l'égard des générations futures, économiquement plus efficace –
parce que les dépenses, c'est aussi bon pour la santé ! -, socialement plus
équilibrée et plus juste.
L'analyse
que je fais de la situation passée et actuelle et des perspectives tracées par
ce PLFSS 2012 diffère en effet largement de celle des ministres auditionnés par
la Commission des affaires sociales.
Ce
budget nous est présenté comme celui du « rétablissement », qui
porterait « la marque du redressement des comptes sociaux », avec un
ONDAM « tenu » pour la première fois. Or la satisfaction affichée
semble quelque peu méconnaître une dette sociale qui sera de 141 milliards
d’euros fin 2011 et qui a plus que doublé depuis 2002 – année où l’ONDAM
n’était effectivement pas tenu mais où les comptes étaient, eux, à l’équilibre.
Est-il
responsable de continuer à accumuler toujours plus de dette sous le tapis de la
CADES et d'en laisser le prix à payer à nos enfants ? Etait-il responsable de
se priver de la garantie des 33 milliards du fonds de réserve des retraites,
qui nous feront défaut en 2020 ? Est-il raisonnable de livrer la dette aux
caprices des marchés comme cela a été fait avec l'augmentation du plafond de
découvert de l'Acoss et le recours aux billets de trésorerie ? Je ne le pense
pas et c'est de cette spirale d'endettement dont nous devons sortir.
Comment
? S'agissant des dépenses, leur maîtrise est tout aussi nécessaire qu'elle doit
être efficace. A l'heure actuelle, l'accumulation des mesures de
déremboursements et franchises est totalement contre-productive comme en
atteste l'augmentation des renoncements aux soins. La dernière augmentation de
la TSCA sur les contrats complémentaires santé "solidaires et
responsables" est exemplaire du transfert finalement opéré sur l'assuré.
De même que l'est l'étouffement financer des structures de soins et d'accompagnement.
Des marges d'économies existent pourtant, à conditions d'appréhender
globalement la santé publique, en premier lieu en termes de prévention et de la
structurer avec et non pas contre les professionnels de santé, ce que les
"machineries administratives" que sont les ARS, telles que mises en
place, n'ont ni les moyens ni pleinement vocation à réaliser.
S'agissant
du choix des ressources, là encore un changement de paradigme s'impose qui doit
substituer à une politique de fonds de tiroirs et d'exonérations improductives
pour la collectivité une juste répartition des contributions : stock-options,
retraites "chapeau", exonération des heures supplémentaires…
Je
rappellerai aussi le principe constitutionnel de sincérité des comptes qui
s'impose au Gouvernement dans l'élaboration de son projet de loi de financement
alors qu'il vient seulement d'être reconnu ce que nul n'ignorait avec l'annonce
de la révision à la baisse des indicateurs de croissance utilisés à la
construction des prévisions.
Nextep : Cette année, l'industrie pharmaceutique est tout
particulièrement mise à contribution ; pensez-vous qu'il existe d'autres
sources de financement qui soient politiquement tenables à quelques mois des
échéances présidentielles et législatives ?
Je
viens d'en tracer partie des lignes. Elles sont politiquement recevables car
elles sont socialement justes et, à cet égard, l'attente de nos concitoyens est
extrêmement forte.
Mais
une politique de vérité, c'est aussi de dire que le stade d'endettement où nous
ont mené les choix – pour ne pas dire les dogmes – des dix dernières années, et
le contexte persistant de crise n'autorisent aucune illusion. Le financement de
la sécurité sociale s'inscrit dans un tout, qui impose, pour sortir du court-termisme
actuel, d'agir sur tous les fronts en même temps : enseignement, environnement,
emploi, justice, fiscalité… qui, tous, interagissent entre eux.
En ce
sens, la refondation de notre protection sociale impose nécessairement une
réforme de notre fiscalité.
Nextep : Quelle peut être la portée du
changement de majorité au Sénat, sachant que l'Assemblée nationale conserve le
dernier mot ?
Le Sénat est un lieu de réflexion. Le
travail que nous entendons poursuivre, quelle qu'en soit l'issue, ne peut être
qu'un apport. C'est aussi un signal fort donné à nos concitoyens qui espèrent,
contrairement à l'antienne d'Etat, qu'une autre politique est encore possible.
Laissez-moi ne citer que l'exemple du
sauvetage de DEXIA : le texte présenté par le Gouvernement a été voté le 19
octobre à l'immense majorité de la Haute assemblée, assorti, à l'initiative des
sénateurs socialistes, des contreparties qui auraient dû être imposées aux
banques dès la mise en œuvre du plan de sauvetage en octobre 2008.
Je proposerai notamment la suppression de l'augmentation
de la TSCA sur les contrats complémentaires santé solidaires, compensée par la
hausse du forfait social : cette suppression est de l'intérêt des personnes
financièrement les plus fragiles, dont les étudiants, dans l'intérêt de la
santé publique en évitant d'augmenter les renoncements ou les retards de soins,
dans l'intérêt des finances sociales en évitant les prises en charges tardives
de pathologies aggravées… L'intérêt général convaincra-t-il ?
Propos recueillis par Guillaume Sublet
Ancien professeur de physique, Yves Daudigny est Sénateur de l’Aisne (depuis
2008) dont il est également le Président du Conseil général. Membre du groupe
socialiste et apparentés, il a été nommé Rapporteur Général de la Commission
des affaires sociales à l’issue des élections sénatoriales partielles de
septembre 2011 qui ont provoqué un changement de majorité au Sénat. A ce titre,
il est notamment en charge du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale
pour 2012 (PLFSS 2012).
« Le premier impact d’un déremboursement est une baisse immédiate de la prescription du médicament »
Entretien avec le Dr. Catherine Sermet, Directrice adjointe de l’IRDES - Le 14/10/2011
Nextep :
Entre 2002 et 2011, combien de médicaments toujours commercialisés ont été
déremboursés, dans quelles grandes classes thérapeutiques et sur quels critères
?
Catherine Sermet : Tous les médicaments
dont le service médical rendu (SMR) est considéré comme insuffisant par la
Commission de la transparence de la Haute Autorité de santé devraient, en
théorie, être déremboursés, ainsi que le précise l’article R.163-3 du code de
la Sécurité sociale. La décision finale de dérembourser un médicament est prise
par le ministère de la Santé.
Or, en mars 2011, sur les 486 présentations
de médicaments dont le SMR est insuffisant et qui sont toujours
commercialisées, un peu moins de 76 % ont été effectivement déremboursées (soit
369 présentations) tandis que 24 % restent remboursées, principalement à un
taux de 15 %.
Les médicaments à SMR insuffisant qui ont
été déremboursés se répartissent dans 32 classes thérapeutiques différentes
mais sont principalement concentrées sur la classe des antidiarrhéiques,
anti-inflammatoires et anti-infectieux intestinaux, les vasculoprotecteurs, les
psycholeptiques et les médicaments du rhume et de la toux.
Nextep :
Quels ont été les effets immédiats de ces déremboursements sur l’industrie
pharmaceutique mais aussi en termes d’automédication et de prescriptions
d’autres classes de médicaments ?
La plupart des médicaments visés par les
déremboursements sont encore sur le marché actuellement. Dans l’objectif de
limiter les pertes de part de marché, les laboratoires pharmaceutiques ont en
effet proposé de nouvelles présentations, conditionnées pour la vente en automédication,
accessibles en pharmacie avec ou sans ordonnance et dont les prix sont
librement fixés. Le premier impact d’un déremboursement est une baisse
immédiate de la prescription du médicament concerné. L’automédication peut
prendre le relais de la prescription, mais elle ne compense que très
partiellement la diminution des volumes car les patients doivent supporter la
totalité du prix du médicament. Enfin, les déremboursements se traduisent
fréquemment par des augmentations de prescription d’autres classes
thérapeutiques toujours remboursées, ce qui peut s’interpréter comme un effet
de substitution.
Nextep :
Ces reports sont-ils toujours efficaces en termes de santé publique et ne
remettent-ils pas en cause les économies visées ?
Une étude récente de l’Irdes souligne une
augmentation de la prescription des antitussifs, surprenante sur le plan
médical, survenue de façon concomitante au déremboursement des mucolytiques en
mars 2006 et qui n’a pas pu être attribuée à des événements épidémiologiques ou
à l’apparition de nouveaux médicaments antitussifs. Les antitussifs indiqués en
cas de toux non productive (toux sèche) ne devraient en effet pas être
prescrits à des patients soignés pour des toux grasses qui sont l’indication
des mucolytiques. Par ailleurs, au-delà des considérations de santé publique,
les économies réalisées suite au déremboursement des mucolytiques et
expectorants ont été amoindries compte tenu des effets de reports. L’Irdes
évalue que les économies qui auraient dû être réalisées suite au déremboursement
des mucolytiques et des expectorants sur le seul périmètre des diagnostics
aigus (70,5M€ quatre ans après le déremboursement) sont réduites à 32,5M€ en
raison de l’augmentation de la prescription des antitussifs et des
bronchodilatateurs intervenue concomitamment.
« Il est important au niveau national de prendre en compte la réalité du terrain »
Entretien avec Bernadette Devictor, Présidente de la Conférence nationale de santé - Le 8/9/2011
Nextep : Pouvez-vous nous
rappeler la nature et les missions de la Conférence nationale de santé, dont
vous êtes la Présidente ?
Bernadette Devictor : La Conférence nationale de santé est une instance consultative qui est
placée auprès des Ministres en charge de la Santé, des solidarités et de la cohésion sociale. Elle a
pour mission de donner un avis sur les politiques de santé, dans le cadre de
projets de Loi ou d’élaboration de plans notamment. La nouveauté est que son
champ est élargi à l’ensemble de la santé, donc y compris le médico-social.
Nous publions par ailleurs un rapport annuel d’évaluation du respect
des droits des usagers du système de santé sur la base notamment des rapports
des conférences régionales. Enfin nous avons une mission d’organisation de
débats publics en santé.
Nextep : Dans le cadre de votre mission
consultative, avez-vous déjà été sollicitée sur la réforme de la sécurité
sanitaire des produits de santé et le PLFSS 2012 ?
Bernadette Devictor : Généralement, la CNS est sollicitée au moment de l’élaboration du
projet de Loi. Mais cette fois, le délai était trop court entre la date
d’installation de la Conférence et le moment où le Gouvernement a rédigé son
projet de Loi sur les produits de santé. Maintenant, le travail est au
Parlement mais un des objectifs de mon mandat est justement de réussir à
développer des liens avec les commissions parlementaires, afin de pouvoir échanger
sur nos travaux. Même s’il n’y aura pas de saisine officielle, cela n’empêchera
pas la Conférence de se prononcer. Pour l’instant, notre position n’est pas
encore arrêtée car nous commençons juste le processus de réflexion de fond sur
ces sujets.
Nextep : Alors que vous entamez la
Présidence de la Conférence, quels sont vos principaux objectifs ?
Bernadette Devictor : Une des raisons pour lesquelles je me suis présentée est la volonté d’apporter
le regard des usagers. Il est en effet
important de faire entendre leur parole sur l’ensemble du système de santé en
termes d’attentes, d’évaluation, de difficultés auxquelles ils peuvent être
confrontés.
Il est également important de prendre en compte au niveau national la
réalité du terrain. Cela veut dire faire remonter les points positifs et
promouvoir ainsi ce qui marche. Et il faut aussi faire entendre les difficultés
rencontrées.
Le troisième volet de mon programme est de développer l’articulation
entre les différents niveaux : la planification au national, la prise en
compte des spécificités régionales et le développement de la coopération des
acteurs au local.
S’agissant justement du niveau
national, quel regard portez-vous sur la mise en place des ARS ?
Selon vous, Quelles problématiques devraient-elles traiter en priorité ?
Bernadette Devictor : Il s’agit vraiment d’une très grosse
réforme. En tant qu’usagers, nous avons soutenu la Loi HPST notamment dans son
objectif de décloisonnement du système de santé car il s’agit d’un point très
pénalisant pour les usagers comme les professionnels de santé. Les ARS ont
également d’autres missions auxquelles on ne peut qu’adhérer telles que la
réduction des inégalités de santé ou encore l’amélioration de la qualité des
soins. Ensuite, pour la mise en œuvre, il y a une énorme mécanique fortement
pilotée par le Comité national et qui mobilise beaucoup les ARS sur cette phase
de planification.
En attendant, la réalité du terrain
continue à s’imposer avec notamment des réductions de budgets sur plusieurs
postes. Il y a donc des tensions assez fortes et des interrogations. Pour moi,
les ARS ont ainsi une obligation de résultat, c’est-à-dire d’améliorations pour
les usagers. Il faut également rappeler que les ARS ont un objectif d’efficience.
Mais cela doit recouvrir le maintien de la qualité et de la solidarité. Le
contexte est donc très difficile à la fois pour les ARS et les acteurs du
système. Pour autant, je ne porte pas de regard négatif sur la réforme en cours
et je pense qu’il faut lui laisser le temps d’aller un peu plus loin.
S’agissant des CRSA [Conférences Régionales de la Santé et de l'Autonomie], les membres viennent
d’horizons divers et il y a donc un apprentissage à réaliser sur le travail en
commun. Un avis a déjà été donné sur la constitution des territoires de santé
et cela va être intéressant de suivre les conséquences des différents découpages
retenus dans les régions.
Concernant leurs priorités, je pense que
les ARS devraient se focaliser sur les soins de premiers recours en tenant
compte des problèmes de démographie médicale. Avec le développement des
réseaux, beaucoup d’acteurs ont appris à travailler ensemble. Tout ne se
décrète pas d’en haut et le fait de confier aux ARS ces enjeux cruciaux leur donne
la responsabilité de trouver des solutions avec ce qui existe déjà, et
notamment en favorisant les coopérations.
Nextep : Que pensez-vous du
principe de l’année du patient ? Cela aura-t-il une influence sur les
travaux de la CNS ?
Bernadette Devictor : Je trouve intéressant de pouvoir promouvoir
les projets innovants / significatifs. Par contre, il faut être prudent sur ce
que l’on promeut, être attentif à ne pas se baser uniquement sur le déclaratif et
vérifier auprès des usagers des établissements ou projets demandant le label que
cela leur apporte réellement quelque chose.
Ce que l’on peut regretter, c’est qu’il
s’agisse de l’année des patients et pas celle des usagers ; ce qui renvoie
à la notion de système de soins alors qu’aujourd’hui on parle davantage du
système de santé qui recouvre aussi les usagers de santé à domicile ou en
établissement médico-social. Il y a là toute une dynamique de respect des
droits des patients à renforcer à l’image de ce qui a été fait dans le secteur
hospitalier.
Nextep : Au final, comment jugez-vous
le système de santé français ?
Bernadette Devictor : Les critères objectifs montrent que le
système français est très bon avec notamment une espérance de vie très élevée
mais certains points encore perfectibles, comme la mortalité prématurée
évitable. Notre système de santé se caractérise par une production de soins de
qualité et dont l’accessibilité à tous est à maintenir.
En revanche, il y a des tendances à l’œuvre
qui suscitent des inquiétudes et des interrogations. On sent que beaucoup
d’acteurs sont désorientés par les nombreuses réformes et qu’il y a des
pressions très fortes, en lien notamment avec la question de l’efficience et les
budgets contraints. Il y a donc beaucoup d’interrogations sur l’avenir mais,
en même temps, nous avons tous les atouts en main sous réserve de trouver les
modalités de financement.
Propos recueillis
par Guillaume Sublet
Bernadette Devictor a été élue au poste de Présidente de la
Conférence nationale de santé le 21 juin 2011. Elle est également, depuis 2004,
présidente du Collectif interassociatif sur la santé en Rhône-Alpes (Ciss-RA)
qui rassemble plus de 90 associations d’usagers de la santé. En janvier 2006,
elle est devenue la première représentante des usagers élue présidente d'une conférence
régionale de santé (CRS), celle de Rhône-Alpes. En juillet 2010, elle a été réélue
à la tête de l’instance devenue CRSA (ajout de l’autonomie) suite à la Loi
HPST. Elle est aussi vice-présidente de l'association France Alzheimer Rhône
depuis 2005.