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“Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats”

Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations à l’Université d’Oxford - 01/01/70

“Public et privé doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats”<br><br>Entretien avec le Dr. Richard Barker, Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations à l’Université d’Oxford Nextep : Quels sont, selon vous, la situation et les principaux problèmes concernant l’innovation thérapeutique dans le monde, à l’heure de la crise financière ?

Richard Barker :
Quand on regarde à la santé, il ne faut pas seulement se focaliser sur les deux ou trois prochaines années car les systèmes changent très lentement. Les nouveaux médicaments et l’innovation thérapeutique n’émergent que sur des périodes de 5, 10 voire 15 ans. La tendance globale est que tous les systèmes de santé font aujourd’hui face à la crise économique, ce qui implique d’importantes pressions. Et il s’agit d’un phénomène à long terme.

La pression de la demande, le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques, les attentes croissantes ou encore les évolutions concernant la dépendance sont des changements à la fois fondamentaux et irréversibles. Nous avons donc un problème conséquent avec l’austérité du moment alors que nous avons à faire face à un défi à long terme, même si l’économie commence à repartir un peu.

Alors où en est l’innovation pharmaceutique au regard de cette situation ? Elle peut créer des emplois. Elle peut créer de la croissance économique. Mais seules les innovations qui vont aider à résoudre des problèmes vont pouvoir émerger. Même si elles concernent des affections sérieuses ou des maladies orphelines, elles vont devoir démontrer qu’elles peuvent permettre un parcours de soins plus efficient. Et si cela pose des questions économiques, les producteurs vont devoir batailler pour faire reconnaître leur innovation par les agences telles que le NICE, la HAS ou la procédure AMNOG en Allemagne. Et même, s’ils y parviennent, les systèmes de couverture sociale seront de plus en plus stricts quand t au remboursement des nouveaux produits. C’est pourquoi il sera de plus en plus nécessaire de disposer de données économiques solides en plus d’une démonstration clinique irréfutable.


Nextep :
Voyez-vous des solutions ou un moyen de créer un environnement plus favorable à l’innovation thérapeutique ? Particulièrement, quels devraient être les rôles respectifs des autorités publiques et du secteur privé ?

Richard Barker :
Le secteur privé doit évoluer pour ne plus être simplement un fournisseur de produits mais un véritable partenaire pour les meilleures pratiques de soins possibles. Cela signifie être engage dans la collecte et l’analyse des retours et impliqué dans l’activité de délivrance des soins. En contrepartie, il serait nécessaire d’aligner les incitations afin que ceux qui produisent l’innovation puissent aider ceux qui sont à l’hôpital et, de plus en plus, à domicile dans une démarche qui soit davantage tournée vers un rapport coût-efficacité.

De manière générale, je pense que ni le système public ni les fournisseurs privés ne devraient rester dans la situation actuelle. Ainsi, ils doivent expérimenter de nouvelles formes de partenariats.


Nextep :
Pensez-vous que les partenariats public-privé (PPP) sont des outils à promouvoir dans cette optique ?

Richard Barker:
Pour certains besoins, tels que la lutte contre la résistance aux antibiotiques, nous avons besoin de trouver de nouveaux moyens d’aligner le public et le privé afin d’obtenir une meilleure collaboration. Les PPP peuvent ainsi être une solution, mais il ne faut pas oublier que le secteur privé reste principalement tributaire des incitations économiques.


Nextep :
Quels sont les enjeux majeurs pour la prochaine décennie et la suivante, qui font l’objet de votre livre « 2030 - The Future of Medicine » ?

Richard Barker:Il est nécessaire de réformer fondamentalement les mécanismes de R&D et de régulation. Il est notamment important de passer de procédures d’évaluation lentes et basiques, qui répondent essentiellement à la question « oui ou non » s’agissant de l’approbation de nouveaux produits à davantage de flexibilité, basée sur le « quand et le pourquoi », le « quand » renvoyant au type de patients. C’est ce que nous appelons au Royaume-Uni la médecine stratifiée, plus connue sous le terme personnalisée. Dans ce contexte, il devient crucial d’être en mesure d’identifier ces patients de manière plus précise qu’actuellement. Nous bénéficions aujourd’hui de bien meilleures technologies qu’auparavant. Les différents acteurs doivent donc échanger et partager ensemble non seulement sur ce qui doit être approuvé ou non mais aussi sur ce qui est censé être remboursable pour différentes catégories de la population, en recourant à des outils modernes tels que la génomique ou les biomarqueurs.

En France, il y a eu récemment des scandales qui reposaient sur des comportements humains individuels mais qui ont conduit à une nouvelle couche de régulation pour tout le monde. Je pense que c’est une erreur de construire des lois basées sur des actions criminelles isolées. Il y a un vrai besoin de lancer un débat public sur les bénéfices et les risques mais il faut aussi comprendre que chaque fois qu’une nouvelle régulation est introduite, cela influence la façon dont nous pourrons bénéficier de nouveaux traitements à l’avenir.


Nextep:
Quelle est votre perception de la France sur les questions de R&D et d’attractivité en sciences du vivant, notamment en comparaison du Royaume-Uni ?

Richard Barker:
Les sciences du vivant seront florissantes là où il y aura un engagement sincère entre le système de santé et les producteurs d’innovation. Le Royaume-Uni essaye actuellement d’agir en ce sens. Il s’agit de faire des efforts pour obtenir des relations constructives avec l’industrie innovante. Sur ce point, la France a parfois été meilleure. Par exemple, la capacité à avoir accès aux innovations est bien meilleure et cela s’avère très intéressant.

Globalement, il faut beaucoup plus de dialogue et de compréhension ; et cela peut intervenir dans le cas des PPP précédemment évoqués. Désormais, les producteurs doivent prouver la valeur de leurs nouveaux produits. Mais le système de santé doit aussi démontrer qu’il souhaite réellement améliorer la situation de l’innovation et partager les gains résultant d’un parcours de soins davantage coût-efficace.

Il est difficile de dire si la France est meilleure ou non que le Royaume-Uni mais, ce qui est sûr, c’est que les pays qui auront du succès dans les sciences du vivant seront ceux qui auront un dialogue sincère et productif et qui accepteront un partage des bénéfices entre l’industrie et le secteur public.


Nextep:
Si l’on regarde les Etats-Unis ou des pays émergents comme l’inde ou la Chine, pensez-vous qu’il serait plus approprié d’élever ces problématiques au niveau européen, au-delà des concurrences nationales ?

Richard Barker :
Cela dépend en fait du type d’actions à mener. Certains problèmes, tels que la création de nouvelles définitions pour des maladies ou des produits, devraient être traités au niveau européen. Mais, honnêtement, le pilotage des systèmes de santé reste essentiellement national. L’impact des discussions au niveau européen reste ainsi très limité. Et je n’ai jamais vraiment noté de conséquences réelles des discussions à Bruxelles sur de meilleures façons de gérer les systèmes de et les professionnels de santé. Je pense ainsi que je limiterai la progression de l’intervention européenne au fait de savoir comment la réglementation et l’innovation peuvent créer un environnement plus productif pour l’ensemble de l’économie européenne. Sinon, comme vous le souligniez, les Etats-Unis et de manière croissante la Chine deviendront les seules endroits pour la production d’innovation.

Au Centre pour l’accélération des innovations médicales, nous souhaitons être un acteur clé dans les échanges européens sur les problèmes de productivité d’innovation thérapeutique. Il nous semble important de considérer cette problématique comme sociétale. Il faut créer une innovation durable avec l’ensemble des parties prenantes : économistes, professionnels de santé et bien d’autres nouvelles disciplines ; plutôt que de se limiter à un dialogue entre industrie et régulateur, qui reste important cela dit. Notamment, tout changement significatif doit être politiquement acceptable et cela implique certainement un engagement fort de la part des patients.


Propos recueillis par Guillaume Sublet






Richard Barker a passé la majeure partie de sa carrière dans le domaine de la santé, en tant que dirigeant d’associations telles que le syndicat de l’industrie pharmaceutique britannique (ABPI). Ses champs d’intervention ont couvert les thérapies, diagnostics et informatique, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Il a récemment été désigné comme l’une des 50 personnes les plus influentes sur la santé au Royaume-Uni et conseille ou siège à la direction de plusieurs organismes spécialisés en santé et sciences du vivant. Il est notamment Directeur du Centre for Accelerating Medical Innovations et également Président de Stem Cells for Safer Medicines, un partenariat public-privé qui développe des technologies basées sur les cellules souches pour prédire le profil de sécurité de nouveaux médicaments. Son récent livre sur le future du système de soins ‘2030 - The Future of Medicine: Avoiding a Medical Meltdown’ est publié par Oxford University Press.

 

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