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L’Accord-cadre
sur les dispositifs médicaux a été signé le 16 décembre dernier, peut-on dire
que cela est historique et comment cela s’est-il déroulé ?
Il s’agit en effet du
premier du genre. Depuis 17 ans, un accord-cadre existe et a été renouvelé dans
le domaine du médicament. Deuxième caractéristique majeure : pour le
médicament, il n’y a qu’un seul interlocuteur : le LEEM.
En revanche, dans le domaine du DM, compte tenue de la diversité des acteurs et
des syndicats, ce ne sont pas moins de 26 signataires qui sont impliqués. Et
certains pourraient encore utiliser un article qui permet d’intégrer l’Accord
en cours de route.
Le texte a été négocié
entre fin mars et début septembre 2011 avec 13 organisations, qui concernaient
surtout des produits avec beaucoup de lignes dans la LPP (liste des produits et
prestations) ou impliquant des montants importants de remboursements. Cette
première phase était quasiment bouclée au 7 septembre et nous avons ensuite
pris contact avec une vingtaine d’autres organisations sur cette base, dont la
quasi-totalité a adhéré.
Pour rappel, la prévision
d’un accord sur les DM a été décidée dans la LFSS 2011 et a donc réussi à être signé dans
l’année. Il s’agit donc d’une bonne performance.
Vue
justement la multiplicité et la diversité des signataires, une application
uniforme est-elle possible ?
Le challenge de départ
était de signer un seul accord avec l’ensemble des parties. En fonction de la
situation de chacun, il y aura un impact plus ou moins fort selon les articles.
En tout cas, une chose est
claire : mieux vaut être dedans que dehors, même pour ceux qui ne sont pas
directement concernés aujourd’hui.
Quelles
sont les principales avancées apportées par cet accord ?
Tout d’abord, les tarifs
faisaient l’objet de beaucoup de discussions et on a trouvé une modalité pour
faire fonctionner un système dans lequel on met des prix limites de vente mais
sans prix de cession fixe. Ensuite il s’agira de faire de l’observation du
marché.
On peut également souligner
de grandes avancées s’agissant des études post-inscription ; un point sur
lequel l’Accord se révèle véritablement innovant. Il est d’ailleurs probable
que le principe soit repris dans la prochaine révision de l’Accord-cadre sur
les médicaments.
Tout le monde se plaignait que les études ne se faisaient pas. On a fait en
sorte que cela soit possible, notamment via une concertation pilotée par le
Comité. Il suffit parfois de mettre quelques gouttes d’huile dans les rouages
pour que la machine reparte. La HAS
et sa CNEDIMTS (Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et
des technologies de santé) ne sont pas signataires mais il y a eu une vraie concertation
sur la rédaction et elles étaient mêmes présentes lors de la signature pour
apporter leur caution. Cela ne portera pas atteinte à l’indépendance de la HAS qui peut toujours prendre
ses décisions de façon autonome. Simplement, quand ils demanderont des études
pour pouvoir juger un produit, c’est le CEPS qui contractualisera les études et
qui aura la capacité de sanctionner en cas de non-réalisation. Il y avait un
vrai besoin de se comprendre entre les 3 parties concernées (HAS, CEPS et
entreprise) et l’accord y répond, en permettant notamment d’éviter de mauvaises
interprétations sur la demande de la CNEDIMTS. Cela va enlever beaucoup d’incertitudes
sur la compréhension de l’étude, y compris au niveau industriel. Et il y aura
davantage de visibilité sur les potentielles sanctions.
Sinon, le premier chapitre est
également intéressant puisqu’il vise à avoir de meilleurs échanges
d’informations. Nous nous sommes ainsi donnés un an pour réaliser une base de
données sur les DM. Il ne s’agira pas de s’aligner sur le GERS qui a été au
départ constitué par les laboratoires pharmaceutiques pour des intérêts
propres. Mais cela coûte très cher et les industriels du DM n’ont pas forcément
les moyens ni d’intérêt à avoir des données aussi précises. Par ailleurs, nous
avons de plus en plus d’informations de la CNAM. Aujourd’hui,
on a donc surtout besoin d’avoir des informations sur les marchés réels. Il y a
notamment tout une partie des DM sur laquelle on a une grande ignorance du fait
qu’ils ne sont pas directement remboursés par la Sécurité sociale. C’est
notamment le cas pour tous ceux qui relèvent des achats hospitaliers. La base
va donc dépendre de l’objectif final mais aussi de ce que pourront vouloir les
entreprises.
Cela
va-t-il permettre de répondre à la volonté de connaître davantage le secteur du
DM, exprimée dans le cadre de la
Loi de sécurité sanitaire ?
Déjà, la négociation de
l’accord a permis d’établir un dialogue plus important avec les représentants
des entreprises. Les Assises du médicament et la Loi « Mediator » appellent
effectivement à avoir une meilleure connaissance sur ce secteur. Mais il n’est
pas sûr que le prochain Mediator sera un DM, contrairement à ce que certains
proclament. En tout cas, il n’y a pas plus de raisons que pour un autre
produit. Que ce soit sur Mediator ou s’agissant des prothèses mammaires PIP, il
s’agissait a priori une fraude. Il faut que la Loi sur la sécurité sanitaire permette de lutter
davantage contre ce type de pratiques.
Quelles
pourraient être les suites de l’Accord. S’agit-il d’un premier pas vers un
encadrement plus poussé des tarifs ?
Il faut d’abord rappeler
que, pour un médicament, les marges sont fixées ; ce qui n’est pas le cas
des DM où ces règles n’existent pas. Aujourd’hui, il existe certains prix
limites de vente dans la LPP
mais très peu de prix de cession fixes. Nous avons trouvé un équilibre avec les
fabricants et les pharmaciens dans l’article 26 de l’Accord. Celui-ci permet
notamment de prévoir des prestations de services associés aux dispositifs, y
compris au niveau des pharmaciens (ex : formation du patient, impacté
directement dans le tarif fixé). Il faut par ailleurs faire attention à ce que
les baisses de tarifs ne génèrent pas de reste à charge trop important pour le
patient. Cela devrait donc passer par des prix limites de vente puis une phase
d’observation, notamment sur les marges, comme cela est fait depuis 2 ans sur
la nutrition par exemple. Il n’est donc pas prévu de généraliser des prix de
cession fixes mais plutôt de construire des objectifs.
S’agissant des produits
remboursables, une étude IGAS de novembre 2010 montrait que cette enveloppe qui
ne représentait pas grand-chose il y a 15 ans, connaît la plus forte croissance
et représente aujourd’hui 7 à 8%. Il faut donc se pencher sur les raisons de
cette croissance et tenter d’identifier les dépenses inutiles. Par exemple, les
dépenses de maintien à domicile, qui ne sont pas toujours compensées par une
baisse au niveau des hôpitaux.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet