« Les Assises ont raté l’occasion de donner aux pouvoirs publics les outils d’une véritable politique du médicament »
Entretien avec le Pr. Jean-Jacques Zambrowski - 01/01/70
Nextep : Pouvez-vous d’abord nous
décrire le climat dans lequel se sont déroulées ces Assises du médicament ?
Jean-Jacques
Zambrowski
: Le climat a été sérieux mais il a également
été complexe. Par ailleurs, le groupe 5 sur la gouvernance a passé beaucoup de
temps à parler de sécurité sanitaire et pharmacovigilance, comme si les
questions posées à l’occasion de l’affaire du Mediator se résumaient à ces
champs. Or, il est clair que, de manière sous-jacente et dans l’esprit du
Ministre, il s’agissait de se demander si globalement notre système est le
mieux profilé pour s’occuper des questions du médicament tout au long de son
cycle de vie. Cette approche me paraît rater l’occasion d’une nécessaire
revisite de notre dispositif dans son ensemble. Le format même du travail ne
paraissait pas adapté à cette problématique, que ce soit en termes de délais, d’organisation
des réunions ou de nombre de participants.
Il aurait fallu remettre à plat le système,
sans faire table rase du passé mais au moins se poser la question. Au moment où
nous avons installé ce système, les problématiques se posaient de manière
différente et à l’évidence il présente aujourd’hui des failles puisqu’un
événement que tout le monde déplore a pu survenir. Il ne s’agit pas de dénoncer
les carences des uns ou des autres mais de se demander ensemble comment faire
pour améliorer et éviter que cela ne se reproduise. Toutes les parties
prenantes (régulateurs, législateurs, producteurs, prescripteurs, patients…)
étaient là mais la méthode utilisée n’a pas permis d’aller jusqu’au bout.
Pour un certain nombre d’entre nous, il
aurait fallu s’interroger sur les instances, les tutelles et les limites de
pouvoir des différentes institutions (HAS, AFSSAPS, InVS…). Est-ce que les
bornages sont bien définis, faut-il laisser perdurer des agences dites
indépendantes opérer côte à côte ? Il aurait été ainsi préférable d’oublier
un moment le système actuel et de se demander quels sont les besoins, quel
dispositif faudrait-il idéalement pour y répondre et avons-nous dans nos
agences des structures capables de prendre en charge ces missions.
Nextep : Quelles orientations ont finalement
été retenues s’agissant de la question de la gouvernance ?
Jean-Jacques
Zambrowski
: Nous sommes partis dans des
réglages de détails corporatistes mais sans réflexion de fond de l’ensemble des
organes de régulation du médicament. Au final, les recommandations se résument
à maintenir, sous réserve d’ajustements, l’architecture d’ensemble du système
d’agences sanitaires. C’est donc un statut quo avec la demande de clarifier les
missions des différentes instances, alors que c’était à mon sens précisément ce
sur quoi nous aurions dû répondre.
Les Assises ont ainsi pêché par
faute de temps et faute de moyens. Peut-être était-il urgent de ne pas se
précipiter à apporter une réaction à la triste affaire du benfluorex. Car,
justement, celle-ci est probablement due au fait que les responsabilités et les
articulations entre les uns et les autres n’étaient pas bien posées. Les
acteurs ont opéré à l’intérieur de leurs champs de compétence ; qui
n’étaient sans doute pas suffisamment bien définis. Par exemple, était-il
normal que l’Assurance-maladie rembourse un antidiabétique pour des
patients qui n’étaient manifestement pas diabétiques ? Etait-il possible de le
savoir ? N’y a-t-il pas moyen d’utiliser les moyens informatiques
d’aujourd’hui au service du bon usage ?
Nextep : Cela revient donc à redonner
la main au Ministre et ses conseillers pour élaborer le projet de
réforme ?
Jean-Jacques
Zambrowski
: Tout à fait. Je regrette que
l’occasion n’ait pas été utilisée pour donner aux pouvoirs publics les outils
d’une véritable politique du médicament. Le problème réside dans le format
choisi pour ces Assises qui n’a pas permis de travailler sur les besoins du
futur et répondre aux exigences du Ministre qui étaient de donner à notre pays
les moyens d’une politique du médicament.
Ma suggestion serait de ne pas laisser les
seuls services du Ministère plancher sur la refonte totale du système. Il me
semblerait ainsi opportun de prévoir un groupe ad hoc pour prolonger le travail
amorcé et aider les services dans cette réflexion de fond. Il est en tout cas
important de prendre quelques mois de plus, quitte à dépasser l’échéance du
PLFSS, afin de ne pas sortir un texte dans l’urgence, avant d’être prêt.
Propos
recueillis par Guillaume Sublet
Le Pr. Jean-Jacques Zambrowski est
médecin hospitalier et enseignant universitaire. Praticien qualifié en Médecine
Interne, il exerce son activité clinique au CHU Bichat (AP-HP). Ses
activités académiques portent sur les politiques et l’économie de la santé,
plus particulièrement sur l'organisation des systèmes de santé, le coût de la
santé et l’économie des médicaments et dispositifs médicaux. C'est sur ces
matières que portent ses enseignements et ses travaux de recherche au sein de
l’Université Paris Descartes. Ses travaux récents portent en particulier sur la
prise en charge des pathologies les plus lourdes, ainsi que sur l'optimisation
des composantes organisationnelles et économiques des réformes en cours dans le
système de soins, en France et dans le monde.
Jean-Jacques Zambrowski assure régulièrement sur ces sujets des missions de
coopération, d’échanges, de médiation et de conseil auprès d'instances
gouvernementales, ou professionnelles françaises, européennes et étrangères Il
est membre de l’Advisory Board de Nextep.
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