Grippe A H1N1 : « Il est logique d'essayer d'arrêter et de limiter cette pandémie si on a un vaccin efficace »
Entretien avec le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'Institut de Microbiologie et Maladies Infectieuses - 01/01/70
Faut-il réellement craindre une pandémie en France s’agissant de la grippe A H1N1 alors que
certains experts en minimisent la portée ?
On s'attend à une pandémie au
Nord durant l'automne 2009. Le niveau de cette pandémie est encore très
difficile à chiffrer. Le virus H1N1 n'est pas très virulent et il devrait donc
s’agir d'une grippe, somme toute, assez banale. Mais il est particulier par sa
grande contagiosité, ce qui laisse supposer un risque de vraie pandémie en
France. Il est donc logique d'essayer d'arrêter et de limiter cette pandémie,
si on a un vaccin efficace, suffisamment tôt.
A l'heure actuelle le virus n'est
pas grave, il n'y pas de raison qu'il mute et devienne dangereux. C’est un
risque de désorganisation plus sociétale que médicale qui est surtout possible durant
l'automne voire l’hiver. Mais, si le gouvernement actuel ne prenait pas
l'ensemble des mesures qui sont en train d'être discutées, on lui reprocherait
d'être inactif. Beaucoup de choses sont encore inconnues, y compris par les
meilleurs experts. Le risque de pandémie est bien là, sans oublier qu’il existe
des formes graves du virus H1N1 qui sont – pour le moment - peu fréquentes.
Qu’en est-il de la fourniture de vaccins ? Seront-ils prêts à
temps et seront-ils sûrs ?
Le vaccin actuellement en cours
de préparation est dirigé contre le virus H1N1 qui est isolé, tant au Nord
qu'au Sud. Et comme je le disais, ce virus n'a, pour l'instant, pas muté. Les
premiers essais vaccinaux avec le vaccin anti H1N1 ont débuté aux Etats-Unis et
Europe, il y a 15 jours. Nous attendons les premiers résultats de tolérance et
d'immunogénéicité (capacité à induire une réponse immunitaire) pour fin
septembre. Par contre, beaucoup de tests vaccinaux avaient été réalisés par les
mêmes compagnies avec le vaccin H5N1, avec une bonne tolérance. Et nous avons
déjà beaucoup de recul avec le vaccin antigrippal classique.
D'ici mi-octobre, on peut
considérer qu'il y aura des résultats chez quelques milliers de volontaires,
avec les différents types de vaccins. Les vaccins contre le virus H1N1 ne
seront disponibles en large quantité qu'à partir de fin octobre, début
novembre. Les recommandations françaises sur qui vacciner en priorité font
l'objet d'une réflexion actuelle par un groupe d'experts, et devraient être
présentées dans la première quinzaine de septembre par la ministre de la Santé.
Selon vous, la stratégie de vaccination qu’envisage le
Gouvernement français sera-t-elle vraiment efficace ? Quelles devraient en être
les orientations ?
Pour l'instant, aucune décision
n'a été prise sur une vaccination de masse. Il serait illusoire de penser qu'en
vaccinant, par exemple, la majorité d'un pays, on serait protégé contre la grippe H1N1, car les
échanges entre les différents pays ne vont pas s'arrêter du jour au lendemain,
et le virus continuera à passer à travers les frontières, si la politique n'est
pas la même d'un pays à un autre.
Les inconvénients d'une
vaccination de masse résident dans le fait que le vaccin est une « forme de
médicament », et comme tout médicament, sur une large population, il y aura des
effets secondaires. La décision va donc être difficile à prendre, c'est ce
qu'on appelle en médecine « évaluer le bénéfice/risque ». Cela oppose dans une
certaine mesure l'intérêt de santé public au sein d'une population et le
problème individuel.
Jean-François
Delfraissy est chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital du
Kremlin-Bicêtre et dirige l'Institut de Microbiologie et Maladies Infectieuses
à l’INSERM. Il est également Directeur de l’Agence Nationale de Recherche sur
le Sida et les hépatites virales (ANRS) depuis juillet 2005. Depuis début mai,
à son initiative, plusieurs équipes de recherche pluridisciplinaires se sont
réunies pour organiser les différents thèmes de recherche sur la nouvelle grippe
A et essayer de répondre aux nombreuses questions qui restent posées sur la
progression de l'épidémie, les cas graves, les vaccins, les tests rapides ou
encore les risques de résistance.