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Les laboratoires ne peuvent s'occuper seuls de la santé dans les PVD - 01/01/70
L’idée a fait long feu selon laquelle les problèmes de santé dans les pays défavorisés pouvaient être réglés par la seule distribution de médicaments. Les PVD en avaient fait une revendication fondamentale lors du dernier sommet de l’OMC à Doha. Pourtant, malgré leur « victoire », ajoutée aux efforts poursuivis par les laboratoires, force est de constater que les problèmes sont loin d’être solutionnés. Ainsi, en rendant récemment public un rapport mettant en avant les avantages à investir dans la santé des pays pauvres, l’OMS a confirmé l’idée émergente d’une nouvelle conception de la Santé mondiale.
L’idée s’est faite, de plus en plus forte, qu’en matière de santé, tout ne peut être réglé par la distribution « gratuite », par les laboratoires, de médicaments. Tout d’abord, parce que cela ne serait pas viable, à terme, pour ces entreprises - créant de surcroît une pénalisation de celles exploitant les spécialités concernées - et que cela aurait un impact, à plus ou moins long terme, sur la recherche qui est, en fait, le métier des laboratoires; pénalisant inévitablement la découverte de nouveaux traitements.
Cette tendance découle également d’une prise en considération des faits. Les grands laboratoires, ayant abaissé de manière conséquente le prix de leurs produits (jusqu’à 10 fois moins chers qu’en Europe ou aux Etats-Unis), ont ainsi répondu à une requête unique1 de l’opinion publique mondiale. L’accès à des médicaments à bas prix n’a toutefois pas solutionné le problème des pandémies.
Il existe plusieurs explications à cela. La première réside dans le manque flagrant d’infrastructures sanitaires. Les PVD manquent également de personnes qualifiées, notamment faute de formation appropriée. Il en résulte une véritable carence en matière de prévention, prescription, délivrance et également de logistique sanitaire. Un récent congrès organisé à Baltimore est ainsi parvenu à la conclusion que la baisse de prix des anti-rétroviraux ne serait pas suffisante pour rendre ces traitements accessibles au plus grand nombre. Le point de vue est partagé par de nombreux spécialistes2 qui déclarent qu’un investissement massif dans la logistique est indispensable et que les programmes de soins devront s’accompagner de campagnes de prévention soutenues.
D’autre part, il apparaît que les Etats concernés ne s’impliquent manifestement pas suffisamment. Pour exemple, l’accord d’Abuja, signé en 2000, prévoyait de consacrer 15% des budgets nationaux à la santé ; mais il n’est que peu respecté. Le Gouvernement sud-africain vient, lui, d’être condamné par la Haute Cour de Justice de son propre pays; d’une part parce qu’il n’autorisait pas la distribution du médicament qui permet de réduire de façon conséquente les risques de transmission du VIH de la mère à l’enfant ; et d’autre part parce que sa politique de lutte contre le SIDA s’avérait largement insuffisante.
Une étape a été franchie avec la publication des travaux de la commission sur la macroéconomie et la santé commandée par l’OMS, relayés par un article3 de son président, Jeffrey Sachs de l’Université de Harvard. Selon lui, le fardeau des « maladies bourgeonnantes qui ravagent les pays les plus pauvres, particulièrement l’Afrique Noire […] constitue une barrière fondamentale à leur développement économique ». Il fait ainsi appel aux « pays riches » pour aider les « pays pauvres » à se procurer les technologies existantes et nécessaires. La commission les invite, par ailleurs, à prélever 1 % de leur PNB afin de d’assurer le financement des actions nécessaires. Il reste que la mise en œuvre d’une mesure s’apparentant à une « taxe Tobin sanitaire » s’avère, comme pour l’originale, particulièrement complexe et politiquement peu probable.
Au delà de l’effet d’annonce, reposant toutefois sur un constat réel, l’OMS a pris le contre-pied des idées préconçues en s’adressant aux Etats et non au secteur privé. Il semble, en effet, temps de responsabiliser les pays occidentaux qui ont laissé jusqu’ici les entreprises, et notamment les laboratoires pharmaceutiques, se débrouiller avec un sujet particulièrement sensible et complexe. De fait, la question sur la légitimité à faire contribuer uniquement les firmes pharmaceutiques semble enfin se poser.
1 La pharmacie reste le seul secteur privé à être sollicité de la sorte dans l’aide au développement 2 Dont Thomas Quinn et Ronald Gray de l’Université John Hopkins et Seth Berkeley président de l’Initiative internationale pour un vaccin contre le SIDA mais également des organisations comme l’OMS ou ONUSIDA. 3 Les Echos. Lundi 7 janvier 2002. « Investir dans la santé pour favoriser le développement économique »