Début décembre, la presse anglo-saxonne reprenait les propos d’un responsable d’un grand laboratoire pharmaceutique international tenus lors d’une conférence sur la pharmacogénomique. Le scoop ? 50% des médicaments utilisés par les patients seraient inefficaces [1]. Retour sur une déformation ordinaire.
Que voulait vraiment dire Allen Rogers, Vice-président en charge de la génétique chez GSK ? Certainement pas que les traitements que les patients prennent tous les jours sont inefficaces. Il s’agissait en fait de reprendre une opinion largement répandue chez les spécialistes selon laquelle les patients ne réagissent pas tous de la même manière aux médicaments, en raison notamment de la diversité génétique qui existe entre les êtres vivants. Ceci explique d’ailleurs pourquoi plusieurs produits co-existent souvent dans le traitement d’une même affection. A l’avenir, la pharmacogénomique (qui était précisément le thème de la conférence) devrait renforcer la précision du ciblage thérapeutique et permettra une optimisation dans le choix des traitements. Tout cela a été précisé par la suite, à l’initiative de l’industrie, mais n’a, pour le coup, pas vraiment été relayé dans les médias.
En remettant en cause l’efficacité des médicaments, ce genre de médiatisation décrédibilise l’industrie pharmaceutique toute entière mais également la qualité et le sérieux des chercheurs. Pourtant, dans tous les pays, une procédure d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) prévaut à toute commercialisation de médicaments. Et ceux-ci sont soumis à des tests très poussés qui comprennent notamment des essais cliniques sur l’animal puis sur l’homme. Dès lors, pourquoi l’Assurance maladie irait-il dépenser des millions pour des produits qui ne marchent pas ?
Une nouvelle fois, la confusion semble relever d’un problème de terminologie [2]. Sur ce point, les autorités françaises n’ont pas toujours aidé à une meilleure compréhension, notamment lorsque cela leur permettait de justifier plus facilement des mesures touchant les médicaments à SMR [3] insuffisants. Il suffit de relever les termes utilisés dans la presse à cette période (« inefficaces », « jugés peu efficaces », « insuffisamment efficace ») et de constater que les pouvoirs publics ne sont pas intervenus pour les démentir.
Finalement, l’industrie souffre encore d’un a priori négatif des médias et, par conséquent, de l’opinion publique. Les journalistes n’étant pas toujours des experts dans les domaines qu’ils traitent, il appartient aux industriels de renforcer leur communication pour éviter de nouveaux impairs. Il serait, en effet, temps d’améliorer l’image d’une corporation engagée dans la recherche de « solutions pour une vie meilleure ». Le paradoxe est que ce genre de slogan aurait plus d’impact s’il s’agissait de matériel informatique que de médicaments pouvant soulager la souffrance, guérir des maladies, allonger la durée de vie et bien plus encore.
Reste donc encore bien du chemin avant que les grandes découvertes en matière de santé ne soient légitimement réattribuées à leurs inventeurs, et que la recherche soit enfin porteuse d’un message d’avenir et d’espoir par rapport aux maladies… d’aujourd’hui.
[1] Notamment : première page de The Independent – 8/12/2003
[2] Voir news Nextep du mois de septembre 2002
[3] Service Médical Rendu