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Les logiques scientifique et économique diluées à dose homéopathique - 01/01/70

En France, la prise en charge (ou non) d’un médicament par l’Assurance-maladie est déterminée à partir de la notion de « service médical rendu » (SMR) qui reprend des critères bien définis[1], dont l’efficacité du produit. En rappelant les doutes qui entourent l’homéopathie d’un point de vue scientifique, l’Académie de médecine dénonce non seulement la différence de traitement à l’égard des autres médicaments mais également un coût a priori non-justifié pour la société.

Les critiques de l’Académie de médecine à l’encontre de l’homéopathie portent moins sur le procédé utilisé (dilution, mémoire de l’eau) que sur le manque d’études prouvant incontestablement son efficacité (notamment : test de comparaison avec un placebo en double-aveugle). A ce titre, le régime dérogatoire dont bénéficie l’homéopathie[2] constitue une discrimination organisée vis-à-vis des autres traitements ; d’autant moins justifiable quand on connaît la rigueur qui entoure l’évaluation des produits de santé. Et ce débat pourrait encore rebondir s’il s’avérait que la nationalité des producteurs en soit à l’origine (l’essentiel du marché étant détenu par des firmes françaises). Les juges européens sont en effet très scrupuleux sur les éventuels discriminations nationales pouvant entraîner des restrictions d’accès aux marchés.

Reste que l’homéopathie jouit, en France, d’un véritable succès populaire (10 millions de consommateurs environ) et que ses défenseurs semblent disposer d’une large tribune publique. Ceci rend difficile les décisions qui touchent à son remboursement. En renvoyant la responsabilité à la Haute Autorité de Santé, Philippe Douste-Blazy, exploite pleinement ce pour quoi sa réforme a été, en partie, réalisée : débarrasser le politique de la délicate définition du panier de soins pour la confier à une instance réputée indépendante et strictement scientifique.

Selon de nombreux experts, dont l’Académie de médecine, il devrait logiquement être difficile à la Haute Autorité de Santé de préconiser, sur la base d’éléments purement scientifiques, la poursuite du remboursement de l’homéopathie. Si cela devait cependant perdurer, on pourrait se demander quelle est la légitimité à donner des privilèges à ces produits et pas davantage à des innovations qui ont véritablement fait leur preuve. On pense notamment à la procédure de « dépôt de prix », qui prévoit un accès plus rapide au marché et n’a pour le moment bénéficié qu’à un très faible nombre de médicaments… tandis que les mesures d’économies[3] décidées par Jean-François Mattei en contrepartie ont, elles, été appliquées sans attendre.


[1] Gravité de la pathologie, efficacité et effets indésirables, autres thérapies disponibles, place dans la stratégie thérapeutique, caractère curatif, préventif ou symptomatique, intérêt pour la santé publique (Règlement intérieur de la Commission de la Transparence)
[2] Décidé en 1984 alors que Georgina Dufoix était Ministre de la Santé.
[3] Baisses des taux de remboursement, déremboursements et TFR notamment

 

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