L’avenant à la Charte de la Visite médicale, qui vient d’être signé entre le CEPS et le LEEM, prévoit la réduction des contacts avec les médecins pour certaines classes de médicaments, à définir. Mais, quel est le véritable objectif de cette mesure : la santé publique, des économies pour la Sécurité sociale, voire idéalement les deux ?
L’information médicale est sujette, dans pratiquement tous les pays, à une situation paradoxale : souvent remise en cause car délivrée par des sociétés privées, il n’existe que rarement un équivalent public. En France, l’expérience du FOPIM1 semble aujourd’hui au point mort malgré son rattachement à la Haute Autorité de Santé, laissant ainsi la responsabilité et la charge financière de l’information aux laboratoires pharmaceutiques. Les pouvoirs publics ont d’ailleurs reconnu, il y a quelques années, que la visite médicale remplissait une part de service public2. Ils ont aujourd’hui décidé de l’encadrer très strictement, déniant toute possibilité d’autogestion à l’industrie3… comme aux médecins.
La première raison invoquée à l’adoption de restrictions quantitatives est qu’elles devraient favoriser « le bon usage des médicaments ». Et puis, « Xavier Bertrand attend qu’elles contribuent aux actions de maîtrise médicalisée des dépenses de médicaments »4. Il est ainsi clairement sous-entendu que le nombre de visites influence la prescription des médecins… quand bien même celles-ci rempliraient tous les critères de qualité, fondement de la Charte initiale5 ?
Finalement, la question principale, qui reste sous-jacente, touche à la consommation. La Charte prévoit d’encadrer plus fortement l’offre. Mais, qu’en est-il de la demande ? Où en est la responsabilisation du patient, objet de toutes les conversations… avant la réforme de l’an dernier ? N’oublions pas que l’information sur le médicament doit contribuer à la diffusion de l’innovation. A ce titre, elle n’a pas vocation à se focaliser exclusivement sur les cas de surconsommation mais doit également permettre de répondre aux cas de sous-utilisation. Encore faut-il afficher l’ambition de concilier les visions économiques et de santé publique.
1 Fonds de Promotion de l’Information Médicale et Médico-Économique lancé en 2001.
2 Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2002 - Article 20
3 Le LEEM avait élaboré un référentiel de bonnes pratiques dès 2003 et s’est engagé à respecter la très contraingnante charte de l’EFPIA. Le LIR a, quant à lui, lancé en juin un programme de bonnes pratiques.
4 Communiqué du Ministère de la Santé – 21 juillet 2005
5 Signée le 22 décembre 2004, elle était prévue par la Réforme d’août 2004.